Le temps Pascal

Historique

On donne le nom de Temps pascal à cette période de semaines qui s'étend du dimanche de Pâques an samedi après la Pentecôte. Cette portion de l’Année liturgique en est la plus sacrée, celle vers laquelle converge le Cycle tout entier. On le concevra aisément, si l'on considère la grandeur de la fête de Pâques, que l'antiquité chrétienne a décorée du nom de Fête des fêtes, de Solennité des solennités, en la manière, nous dit saint Grégoire Pape, dans son Homélie sur ce grand jour, que le sanctuaire le plus auguste était appelé le Saint des saints, et que l'on donne le nom de Cantique des cantiques au sublime épithalame du Fils de Dieu s'unissant à la sainte Église. C'est, en effet, au jour de Pâques que la mission du Verbe incarné obtient l'effet vers lequel elle n'a fait que tendre jusqu'ici ; c'est au jour de Pâques que le genre humain est relevé de sa chute, et rentre en possession de tout ce qu'il avait perdu parle péché d'Adam.

Noël nous avait donné un Homme-Dieu ; il y a trois jours, nous avons recueilli son sang d'un prix infini pour notre rançon. Mais au jour de Pâques, ce n'est plus une victime immolée et vaincue par la mort que nous avons sous les veux ; c'est un vainqueur qui anéantit la mort, fille du péché, et proclame la vie, la vie immortelle qu'il nous a conquise. Ce n'est plus l'humilité des langes, ce ne sont plus les douleurs de l'agonie et de la croix ; c'est la gloire, d'abord pour lui, ensuite pour nous. Au jour de Pâques, Dieu recouvre en l'Homme-Dieu ressuscité son œuvre première ; le passage de la mort n'a pas laissé plus de trace que celui du péché dont l'Agneau divin avait daigné prendre la ressemblance ; et ce n'est pas lui seulement qui revient à la vie immortelle ; c'est la race humaine tout entière. « La mort était entrée par un homme, nous dit l'Apôtre ; par un homme aussi commence la résurrection des morts ; et de même que tous sont morts en Adam, ainsi tous recouvrent la vie dans le Christ (*). » L'anniversaire de ce sublime événement est donc chaque année le grand jour, le jour d'allégresse, le jour par excellence ; c'est à lui qu'aspire l'année tout entière ; c'est sur lui qu'elle est fondée. Mais comme ce jour est saint entre tous, puisqu'il nous ouvre les portes de la vie céleste, dans laquelle nous entrerons ressuscites comme le Christ, l'Église n'a pas voulu qu'il vînt luire sur nous avant que nous eussions purifié nos corps par le jeune et réparé nos âmes par la componction. C'est dans ce but qu'elle a institué la pénitence quadragésimale, et qu'elle nous a même avertis, dès la Septuagésime, que le temps était venu d'aspirer aux joies pures de la Pâque, et de nous disposer aux sentiments que son approche doit inspirer. Voici que nous avons achevé cette carrière de préparation, et le Soleil de la Résurrection se lève sur nous.

Mais il ne suffisait pas de fêter le jour solennel qui a vu le Christ-Lumière échapper aux ombres du tombeau ; un autre anniversaire réclamait aussi notre culte de reconnaissance. Le Verbe incarné est ressuscité le premier jour de la semaine, le jour où, Verbe incréé du Père, il avait commencé, quatre mille ans auparavant, l'œuvre de la création, en appelant la lumière du sein du chaos et en la séparant des ténèbres, inaugurant ainsi le premier des jours. Dans la Pâque. notre divin ressuscité consacre donc une seconde fois le dimanche ; et désormais le samedi va cesser d'être le jour sacré. Notre résurrection en Jésus-Christ accomplie au dimanche met le comble a la gloire de ce premier des jours : le précepte divin du sabbat va succomber avec toute la loi mosaïque ; et les saints apôtres vont intimer désormais à tout fidèle de célébrer comme jour sacré le premier jour de la semaine, en lequel la gloire de la première création s'unit à celle de la divine régénération.

La résurrection de l'Homme-Dieu devant donc s'accomplir, et s'étant, en effet, accomplie un dimanche, sa commémoration annuelle ne pouvait avoir lieu un autre jour de la semaine. De là résultait la nécessité de séparer la Pâque des chrétiens de celle des Juifs qui. fixée irrévocablement au quatorze de la lune de mars, anniversaire de la sortie d'Egypte, tombait successivement à chacun des jours de la semaine. Cette Pâque n'était qu'une figure : la nôtre est la réalité devant laquelle l'ombre s'efface. Il fallut donc que l'Église brisât ce dernier lien avec la synagogue, et proclamât son émancipation, en plaçant la plus solennelle de ses fêtes à un jour qui ne se rencontrât jamais avec celui auquel les Juifs célébraient leur Pâque désormais stérile d'espérances. Les Apôtres déterminèrent que dorénavant la Pâque pour les chrétiens ne serait plus au quatorze de la lune de mars, ce jour fût-il même un dimanche, mais que nous la célébrerions dans tout l'univers le dimanche qui suivrait le jour où le calendrier périme de la synagogue continuait à la placer.

Néanmoins, en considération du grand nombre de Juifs qui avaient reçu le baptême et qui formèrent d'abord le noyau de l'Église chrétienne, afin de ménager leur susceptibilité, il fut résolu que l'on n'appliquerait qu'avec prudence et successivement la loi relative au jour de la nouvelle Pâque. Au reste, Jérusalem ne devait pas tarder à succomber sous les coups des Romains, selon la prédiction du Sauveur ; et la nouvelle ville qui s'élèverait sur ses ruines et qui recevrait la colonie chrétienne, aurait aussi son Église, mais une Église entièrement dégagée de l'élément judaïque, que la justice de Dieu avait si clairement repoussé en ces lieux mêmes. La plupart des Apôtres, dans leurs prédications lointaines et dans la fondation des Églises qu'ils établirent en tant de régions, au-delà même des limites de l'empire romain, n'eurent pas à lutter contre les habitudes juives ; leurs principales recrues se composèrent de gentils. Saint Pierre qui, dans le concile de Jérusalem, avait proclamé la destruction du joug mosaïque, leva dans Rome l'étendard de l'affranchissement ; et l'Église, qui devenait par lui Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne connut jamais d'autre Pâque que celle qui réunit inviolablement au dimanche le souvenir du premier jour du monde, et la mémoire de la glorieuse résurrection du Fils de Dieu et de nous tous qui sommes ses membres.

Une seule province de l'Église, l'Asie-Mineure, refusa longtemps de s'unir a cet imposant concert. Saint Jean, qui prit un long séjour à Ephèse, où il termina même sa vie, avait cru pouvoir ne pas exiger des nombreux chrétiens que les synagogues avaient fournis à l'Église dans ses contrées, le renoncement à la coutume judaïque dans la célébration de la Pâque ; et les fidèles sortis de la gentilité qui vinrent accroître la population de ces florissantes chrétientés, arrivèrent a se passionner jusqu'à l'excès pour une coutume qui se rattachait aux origines des Églises de l'Asie-Mineure. Avec le cours des années cependant, cette anomalie produisait un scandale ; on y sentait comme une odeur de judaïsme, et l'unité du culte chrétien souffrait d'une divergence qui empêchait les fidèles d'être unanimes dans les joies de la Pâque et dans les saintes tristesses qui la précèdent.

Le pape saint Victor, qui gouverna l'Église dès l'an 185, porta sa sollicitude sur un tel abus, et pensa que le moment était venu de faire triompher l'unité extérieure sur un point aussi essentiel et aussi central dans le culte chrétien. Déjà, sous le pape saint Anicet, vers l'an 15o, le Siège apostolique avait tenté, par des négociations amicales, d'amener les Églises de l'Asie-Mineure à la pratique universelle ; rien n'avait pu triompher d'un préjugé qui se fondait sur une tradition réputée sacrée dans ces régions. Saint Victor crut pouvoir réussir mieux que ses prédécesseurs ; et afin d'influencer les Asiatiques par le témoignage unanime de toutes les Églises, il donna l'ordre de réunir des conciles dans les divers pays où l'Evangile avait pénétré, et d'y examiner la question de la Pâque. L'accord fut parfait en tous lieux ; et l'historien Eusèbe, qui écrivait un siècle et demi après, atteste que, de son temps, on gardait encore la mémoire des décisions qu'avaient rendues, dans cette affaire, outre le concile de Rome, ceux des Gaules, de l’Achaïe, du l'ont, de la Palestine et de l'Osrhoène en Mésopotamie. Le concile d'Ephèse, présidé par Polycrate, évêque de cette ville, résista seul aux vues du Pontife et aux exemples de l'Église entière.

Victor, jugeant que cette opposition ne pouvait être tolérée plus longtemps, publia une sentence qui séparait de la communion du Saint-Siège les Églises réfractaires de l'Asie-Mineure. Cette peine sévère, qui ne venait qu'après de longues instances de la part de Rome pour amener à fléchir les préjugés asiatiques, excita la commisération de plusieurs évêques. Saint Irenée, qui occupait alors le siège de Lyon, intervint auprès du Pape en faveur de ces Églises qui n'avaient péché, selon lui, que par défaut de lumières ; et il obtint la révocation d'une mesure dont la rigueur semblait disproportionnée à la faute. Cette indulgence produisit son effet : au siècle suivant, saint Anatolius, évêque de Laodicée, dans son livre de la Pâque écrit en 276, atteste que les Églises de l'Asie-Mineure s'étaient rangées déjà depuis quelque temps à la pratique romaine.

Par une coïncidence bizarre, vers la même époque, les Églises de Syrie, de Cilicie et de Mésopotamie donnèrent le scandale d'une nouvelle séparation sur la célébration de la Pâque. On les vit abandonner la coutume chrétienne et apostolique, pour reprendre en ce point le rite judaïque du quatorze de la lune de mars. Ce schisme dans la liturgie affligea l'Église : et l'un des premiers soins du concile de Nicée fut de promulguer l'obligation universelle de célébrer la Pâque au dimanche. Le décret fut rendu à l'unanimité ; et les Pères du concile ordonnèrent que, toute controverse étant mise de côté, les frères de l'Orient solenniseraient la Pâque au même jour que les Romains, les Alexandrins, et tous les autres fidèles (*). » La question paraissait si grave, comme intéressant l'essence même de la liturgie chrétienne, que saint Athanase, résumant les raisons qui avaient amené la convocation du concile de Nicée. assigne comme motifs de sa tenue la condamnation de l'hérésie arienne et l'unité à rétablir dans la solennité de la Pâque (*).

Le concile de Nicée régla aussi que l'évêque d'Alexandrie serait chargé de faire faire les calculs astronomiques qui aidaient chaque année à déterminer le jour précis de la Pâque. et qu'il enverrait au Pape le résultat des recherches qu'auraient opérées les savants de cette ville, qui passaient pour les plus assurés dans leurs supputations. Le Pontife romain adresserait ensuite a toutes les Églises des lettres d'intimation pour la célébration Uniforme de la grande fête du christianisme. Ainsi, l'unité de l'Église paraissait par l'unité de la sainte Liturgie ; et la Chaire apostolique, fondement de la première, était en même temps le moyen de la seconde. Au reste, déjà avant le concile de Nicée. le Pontife romain était dans l'usage d'adresser a toutes les Églises, chaque année, une encyclique pascale portant l'intimation du jour auquel la solennité de la Résurrection devait être célébrée. C'est ce que nous apprenons de la lettre synodale des Pères du nombreux concile d'Arles, en 314, adressée au pape saint Silvestre. « En premier lieu, disent les Pères, nous demandons que l'observation de la Pâque du Seigneur soit uniforme pour le temps et pour le jour, dans le monde entier, et que vous adressiez à tous les lettres à ce sujet, selon la coutume (*). » Néanmoins, cet usage ne persévéra pas longtemps après le concile de Nicée. L'imperfection des moyens astronomiques entraîna une perturbation dans la manière de supputer le jour de la Pâque. Cette grande fête, il est vrai, resta pour toujours fixe au dimanche ; aucune Église ne se permit plus de la célébrer le même jour que les Juifs ; mais, faute de s'entendre sur le moment précis de l'équinoxe du printemps, il advint que le jour propre de la solennité varia, à certaines années, selon les lieux. On s'écarta peu à peu de la règle que le concile de Nicée avait donnée de considérer le 21 mars comme le jour de l'équinoxe. Le calendrier appelait une réforme que personne n'était en état d'opérer ; les Cycles se multipliaient en contradiction les uns avec les autres, en s0orte que Rome et Alexandrie n'arrivaient pas toujours à s'entendre. La Pâque fut donc, de temps en temps, célébrée sans cet accord complet que le concile de Nicée avait voulu procurer ; mais on était de bonne foi de part et d'autre.

L'Occident se rangea autour de Rome, qui finit par triompher de quelques oppositions qui s'étaient élevées dans l'Ecosse et dans l'Irlande, dont les Églises avaient été égarées par des Cycles fautifs. Enfin la science se trouva assez avancée au XVI° siècle, pour permettre au pape Grégoire XIII d'entreprendre et de consommer la réforme du calendrier. Il s'agissait de rétablir l'équinoxe au 21 mars, selon la disposition du concile de Nicée. Par une bulle du 24 février 1581, le Pontife opéra cette mesure, en retranchant dix jours de l'année suivante, du 4 au 15 octobre ; il restaurait ainsi l'œuvre de Jules César, qui, en son temps, avait aussi porté ses soins éclairés sur les supputations astronomiques. Mais la Pâque était l'idée fondamentale et le but de la réforme opérée par Grégoire XIII. Les souvenirs du concile de Nicée et ses règlements planaient toujours sur cette question capitale de l'année liturgique ; et le Pontife romain donnait ainsi, encore une fois, l'intimation de la Pâque à l'univers, non plus pour une année, mais pour de longs siècles. Les nations hérétiques sentirent malgré elles la puissance divine de l'Église dans cette opération solennelle qui intéressait du même coup la vie religieuse et la vie civile ; elles protestèrent contre le calendrier. comme elles avaient protesté contre la règle de la foi. L'Angleterre et les Etats luthériens de l'Allemagne préférèrent garder longtemps encore le calendrier fautif que la science repoussait, plutôt que d'accepter de la main d'un pape une réforme que le monde reconnaissait indispensable. Aujourd'hui la Russie est la seule des nations européennes qui persiste, par antipathie pour la Rome de saint Pierre, à rester en retard de dix à douze jours sur le monde civilisé.

Tous ces détails, que nous sommes forcé d'abréger extrêmement, montrent assez l'importance que l'on doit attacher à la date de la fête de Pâques ; et le Ciel a plus d'une fois manifesté par des prodiges qu'il n'était pas indifférent à cette date sacrée. A l'époque où la confusion des Cycles et l'imperfection des moyens astronomiques amenèrent tant d'incertitudes sur le véritable siège de l'équinoxe du printemps, des faits miraculeux suppléèrent plus d’une fois aux indications que ni la science ni l'autorité ne pouvaient plus fournir avec certitude. Paschasinus, évêque de Lilybée en Sicile, dans une lettre adressée à saint Léon le Grand, en 444, atteste que, sous le pontificat de saint Zozime, Honorius étant consul pour la onzième fois et Constantius pour la seconde, une intervention céleste vint révéler le vrai jour de la Pâque à une population simple et religieuse. Au sein de montagnes inaccessibles et d'épaisses forêts, il y avait dans un coin écarté de la Sicile un village nommé Meltine. Son église était des plus pauvres, mais Dieu la regardait dans sa bonté ; car chaque année, durant la nuit pascale, au moment où le prêtre se dirigeait vers le baptistère pour en bénir l'eau, la fontaine sacrée se trouvait miraculeusement remplie, sans qu'il existât aucuns canaux, ni aucune source voisine pour l'alimenter. L'administration du baptême étant terminée, l'eau disparaissait d'elle-même, et laissait le bassin à sec. Or il arriva, en l'année qui vient d'être indiquée, que durant la nuit de Pâques, pour laquelle le peuple, trompé par une fausse supputation, s'était rassemblé, la lecture des prophéties étant achevée, quand le prêtre se rendit, avec son troupeau, au baptistère, la fontaine apparut sans eau. Les catéchumènes attendirent vainement la présence de l'élément par lequel la régénération devait leur être conférée, et ils se retirèrent au lever du jour. Le 22 avril suivant dix des calendes de mai, la fontaine se trouva remplie jusqu'aux bords, attestant que ce jour était la véritable Pâque pour cette année (*).

Cassiodore, écrivant, au nom du roi Athalaric, à un personnage nommé Sévère, raconte un autre prodige qui avait lieu annuellement, dans un but semblable, la nuit de Pâques, en Lucanie, près de la petite île de Leucothée, dans un lieu appelé Marcilianum. Il y avait là une large fontaine, dont les eaux étaient d'une si admirable pureté, qu'elles imitaient la transparence de l'air. On l'avait choisie pour l'administration du baptême dans la nuit de Pâques. A peine le prêtre avait-il commencé les solennelles prières de la bénédiction sous la voûte naturelle qui couvrait cette fontaine, que l'eau, paraissant prendre part aux transports de la joie pascale, croissait dans le bassin ; en sorte que si elle s'élevait auparavant jusqu'à la cinquième marche, on la voyait monter jusqu'à la septième, comme pour aller au-devant des merveilles de grâce don telle allait être l'instrument : Dieu montrant parla que la nature même insensible peut s'associer, quand il le permet, aux saintes joies du plus grand des jours de chaque année (*).

Saint Grégoire de Tours parle d'une fontaine qui existait de son temps dans une église de l'Andalousie, en un lieu nommé Osen, et dont le phénomène miraculeux servait pareillement à discerner le véritable jour de la Pâque. Tous les ans, l'évêque se rendait avec son peuple à cette église le Jeudi saint. Le lit de la fontaine était en forme de croix et orné de mosaïques. On constatait qu'elle était entièrement à sec ; et, après diverses prières, tout le monde sortait de l'église, et l'évêque en scellait la porte de son sceau. Le Samedi saint, le pontife revenait escorté de son peuple ; on ouvrait les portes, après avoir vérifié l'intégrité du sceau. Etant entre, on apercevait la fontaine remplie d'eau jusqu'au-dessus de la surface du sol. sans toutefois qu'elle répandît. L'évêque prononçait les exorcismes sur cette eau miraculeuse, et y versait le chrême. On baptisait ensuite les catéchumènes ; et lorsque le sacrement avait été conféré à tous, l'eau disparaissait immédiatement, sans que Ton sût ce qu'elle devenait (*). Les chrétientés de l'Orient étaient aussi témoins de semblables prodiges. Jean Mosch parle, au VII° siècle, d'une fontaine baptismale en Lycie que l'eau remplissait chaque année, la veille de Pâques ; mais elle demeurait les cinquante jours entiers, et tarissait tout d'un coup, après la fête de la Pentecôte (*).

Dans l'Historique du Temps de la Passion, nous avons rappelé les lois des empereurs chrétiens qui interdisaient les procédures civiles et criminelles dans tout le cours de la quinzaine de Pâques, c'est-à-dire depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à l'octave de la Résurrection. Saint Augustin, dans un sermon qu'il prononça le jour de cette octave, exhorte les fidèles à étendre à tout le reste de l'année cette suspension des procès, des querelles et des inimitiés, que la loi civile avait voulu arrêter du moins pendant ces quinze jours.

La sainte Église impose à tous ses enfants l'obligation de recevoir la divine Eucharistie à la fête de Pâques ; et ce devoir est fondé sur l'intention du Sauveur qui, s'il n'a pas fixé lui-même l'époque de l'année a laquelle les chrétiens s'approcheraient de cet auguste sacrement, a laissé à son Église le soin et l'autorité de la déterminer. Aux premiers siècles la communion était fréquente, et même journalière, selon les lieux. Plus tard, les fidèles se refroidirent à l'égard de ce divin mystère ; et nuis voyons, pour les Gaules, par un canon du concile d'Agde, en 5o6, que beaucoup de chrétiens avaient perdu sur ce point leur ferveur première. Il y est déclaré que les laïques qui ne communieront pas à Noël, à Pâques et à la Pentecôte, ne seront plus comptés pour catholiques (*). Cette disposition du concile d'Agde passa en loi presque générale dans l'Église d'Occident. On la retrouve entre autres dans les règlements d'Egbert, archevêque d'York, et dans le troisième concile de Tours. En divers lieux cependant, on voit la communion prescrite pour les dimanches du Carême, et pour les trois derniers jours de la Semaine sainte, sans préjudice de la fête de Pâques.

Ce fut au commencement du XIII° siècle, au IV° concile général de Latran, en 1215, que l'Église, témoin de la tiédeur qui envahissait toujours plus la société, détermina avec regret que les chrétiens ne seraient strictement obligés qu'à une seule communion par an, et que cette communion aurait lieu à Pâques. Afin de faire sentir aux fidèles que cette condescendance est la dernière limite qui puisse être accordée a leur négligence, le saint concile déclare que celui qui osera enfreindre cette loi pourra être interdit de l'entrée de l'église pendant sa vie, et privé de la sépulture chrétienne après sa mort, comme s'il avait renoncé lui-même au lien extérieur de l'unité catholique (*) . Ces dispositions d'un concile œcuménique montrent assez l'importance du devoir qu'elles sont destinées à sanctionner ; en même temps elles nous font apprécier douloureusement le triste état d'une nation catholique au sein de laquelle des millions de chrétiens bravent chaque année les menaces de l'Église leur mère, en refusant de se soumettre à un devoir dont l'accomplissement serait la vie de leurs âmes, en même temps qu'il est la profession essentielle de leur foi. Et quand il faut ensuite retrancher du nombre de ceux qui ne sont pas sourds à la voix de l'Église et viennent s'asseoir au festin pascal, ceux pour lesquels la pénitence quadragésimale a été comme si elle n'existait pas, on se livrerait à la crainte et à l'inquiétude sur le sort de ce peuple, si quelques indices consolants ne venaient de temps en temps relever les espérances, et promettre à l'avenir des générations plus chrétiennes que la nôtre.

La période des cinquante jours qui séparent la fête de Pâques de celle de la Pentecôte a constamment été l'objet d'un respect tout spécial dans l'Église. La première semaine, consacrée plus spécialement aux mystères de la Résurrection, devait être célébrée avec une pompe spéciale ; mais le reste de la cinquantaine n'a pas laissé d'avoir aussi ses honneurs. Outre l'allégresse qui plane sur toute cette partie de l'année, et dont l’Alléluia est l'expression, la tradition chrétienne assigne deux usages particuliers au temps pascal qui servent a le différencier du reste de l'année. Le premier consiste dans la défense de jeûner durant les quarante jours ; c'est l'extension du précepte antique qui prohibe le jeûne au dimanche ; toute cette joyeuse période devant être considérée comme un seul et unique dimanche. Les Règles religieuses les plus austères de l'Orient et de l'Occident acceptèrent cette pratique, qui parait remonter au temps des Apôtres. L'autre observance spéciale, et qui s'est conservée littéralement dans les Églises de l'Orient, consiste à ne pas fléchir les genoux dans les offices divins de Pâques à la Pentecôte. Nos usages occidentaux ont modifié cette pratique, qui a régné chez nous durant des siècles. L'Église latine a admis depuis longtemps la génuflexion à la messe dans le temps pascal ; et les seuls vestiges qu'elle ait conservés de l'ancienne discipline à ce sujet sont devenus presque imperceptibles aux fidèles qui ne sont pas familiarisés avec les rubriques intimes du service divin.

Le Temps pascal est donc tout entier comme un seul jour de fête ; c'est ce qu'attestait Tertullien dès le III° siècle, lorsque, reprochant à certains chrétiens sensuels le regret qu'ils éprouvaient d'avoir renoncé par leur baptême à tant de l'êtes qui décoraient l'année païenne, il leur disait : « Si vous aimez, les fêtes, vous en trouvez chez nous : non pas des fêtes d'un jour, mais de plusieurs. Chez les païens, la fête est une fois célébrée pour l'année ; pour vous maintenant, autant de huitième jour, autant de fêtes. Additionnez toutes les solennités des gentils, vous n'arriverez pas à notre cinquantaine de la Pentecôte (*). » Saint Ambroise, écrivant pour les fidèles sur le même sujet, fait cette remarque : Si les Juifs, non contents de leur sabbat hebdomadaire, célèbrent un autre sabbat qui dure toute une année, combien plus devons-nous faire pour honorer la résurrection du Seigneur ! Aussi nous ont-ils appris à célébrer les cinquante jours de la Pentecôte comme partie intégrante de la Pâque. Ce sont sept semaines entières ; et la fête de la Pentecôte en commence une huitième. Durant ces cinquante jours, l'Église s'interdit le jeûne, comme au dimanche où le Seigneur est ressuscité ; et tous ces jours sont comme un seul et même dimanche (*). »

I Cor. XV, 21, 22.
Spicilegium Solesmense, t. IV, p. 541.
Epist. ad Afros episcopos.
Concil. Galliae. t. I.
Leonis opp. Epist. m.
Cassiodore. Variarum, lib. VII, epist. XXXIII.
De Gloria Martyrum, lib. I, cap. XXIV.
Pratum spirituale, cap. CCXV.
Concil. Agath., canon XVIII.
Plus tard, le pape Eugène IV, dans la constitution Fide digna, donnée en l'année 1440, déclara que cette communion annuelle pouvait avoir lieu depuis le dimanche des Rameaux jusqu'au dimanche de Quasimodo inclusivement.
De Idolatria, cap. XIV.
In Lucam , lib. VIII, cap. XXV.

Mystique

De toutes les saisons de l'Année liturgique, le Temps pascal est sans contredit, le plus fécond en mystères ; on peut même dire que ce temps est le point culminant de toute la Mystique de la liturgie dans la période annuelle. Quiconque a le bonheur d'entrer avec plénitude d'esprit et de cœur dans l'amour et l'intelligence du mystère pascal, est parvenu au centre même de la vie surnaturelle ; et c'est pour cette raison que notre Mère la sainte Église, s'accommodant à notre faiblesse, nous propose a nouveau chaque année cette initiation. Tout ce quia précédé n'en était que la préparation : la pieuse attente de l'Avent, les doux épanchements du Temps de Noël, les graves et sévères pensées de la Septuagésime, la componction et la pénitence du Carême, le spectacle déchirant de la Passion, toute cette série de sentiments et de merveilles n'était que pour aboutir au terme sublime auquel nous sommes arrivés. et afin de nous faire comprendre qu'il s'agit dans la solennité pascale du plus grand intérêt de l'homme ici-bas. Dieu a voulu que ces deux grands mystères qui n'ont qu'un même but. la Pâque et la Pentecôte, s'offrissent à l'Église naissante avec un passé qui comptait déjà quinze siècles : période immense qui n'a pas semblé trop longue à la divine Sagesse pour préparer, au moyen des figures, les grandes réalités dont nous sommes aujourd'hui en possession.

en ces jours s'unissent les deux grandes manifestations de la bonté de Dieu envers les hommes : la Pâque d'Israël et la Pâque chrétienne ; la Pentecôte du Sinaï et la Pentecôte de l'Église ; les symboles accordés à un seul peuple, et les vérités livrées sans ombre à la plénitude des nations. Nous aurons à montrer en détail l'accomplissement des ligures anciennes dans les réalités de la Pâque et de la Pentecôte nouvelles, le crépuscule de la loi mosaïque faisant place au jour partait de l'Évangile ; mais ne sommes-nous pas d'avance saisis d'un saint respect, en songeant que les solennités que nous célébrons en ces jours comptent déjà plus de trois mille ans d'existence, et qu'elles doivent se renouveler chaque année, jusqu'à ce que retentisse la voix de l'Ange qui criera : « Il n'y a plus de temps ( Apoc. X, 6), et que s'ouvrent les portes de l'éternité ?

L'éternité bienheureuse est la véritable Pâque ; et c'est pour cette raison que la Pâque d'ici-bas est la Fête des têtes, la Solennité des solennités. Le genre humain était mort, il était accablé sous la sentence qui le retenait dans la poussière du tombeau ; les portes de la vie lui étaient fermées. Or voici que le Fils de Dieu sort du sépulcre et entre en possession de la vie éternelle ; et ce n'est pas lui seulement qui ne mourra plus ; son Apôtre nous apprend qu'il « est le premier-né entre les morts » (Col. I, 18). La sainte Église veut donc que nous nous regardions comme déjà ressuscites avec lui. comme déjà en possession de la vie éternelle. Ces cinquante jours du Temps pascal, nous disent les Pères, sont l'image de la bienheureuse éternité. lissent consacrés tout entiers à la joie ; toute tristesse en est bannie ; et l'Église ne sait plus dire une parole à son Époux divin sans y mêler l’Alléluia, ce cri du ciel dont retentissent sans fin les rues et les places de la Jérusalem céleste, ainsi que nous le dit la sainte Liturgie (*). Durant neuf semaines nous avons été sevrés de ce chant d'admiration et d'allégresse ; il nous fallait mourir avec le Christ notre victime ; mais maintenant que nous sommes sortis du tombeau avec lui. et que nous ne voulons plus mourir de cette mort qui tue l'âme et qui fit expirer sur la croix notre Rédempteur, l’Alleluia est à nous.

La sage prévoyance de Dieu, qui a disposé dans une pleine harmonie l'œuvre visible de ce monde et l'œuvre surnaturelle de la grâce, a voulu placer la résurrection de notre divin Chef en ces jours où la nature elle-même semble aussi sortir du tombeau. Les champs étalent leur verdure, les arbres des forêts ont retrouvé leur feuillage, le chant des oiseaux réjouit les airs, et le soleil, type radieux de Jésus triomphant, verse des flots de lumière sur la terre régénérée. Au temps de Noël, cet astre, se dégageant avec peine des ombres qui semblaient menacer de l'éteindre pour toujours se montrait en harmonie avec l'humble naissance de notre Émmanuel, au sein d'une nuit profonde, sous les langes de l'humilité : aujourd'hui, pour parler avec le Psalmiste, « c'est un géant qui s'élance dans la carrière ; et il n'est pas un être qui ne se sente ranimé par sa vivifiante chaleur. » (Ps. XVIII, 6, 7. ) entendez sa voix dans le divin cantique, où il convie l'âme fidèle à s'unir à cette vie nouvelle qu'il communique à toute ce qui respire : « Lève-toi, ma colombe, lui dit-il, et viens. L'hiver a achevé son cours, les pluies ont cessé ; les fleurs se sont écloses sur la terre qui est à nous ; on entend la voix de la tourterelle, le figuier pousse ses fruits, et la vigne en fleur envoie ses suaves parfums. » (Cant. II, 10-13. )

Nous avons dit au chapitre précédent pourquoi le Fils de Dieu avait choisi le dimanche de préférence a tout autre jour, pour triompher de la mort et proclamer la vie. Il ne pouvait montrer plus énergiquement que toute la création se renouvelle dans la Pâque, qu'en ouvrant l'immortalité à l'homme, en sa personne, au jour même où, quarante siècles auparavant, il avait tiré la lumière du néant. Non seulement l'anniversaire de sa résurrection glorieuse devient désormais le plus grand des jouis : mais, chaque semaine, le dimanche sera aussi une Pâque, un jour sacré. Israël, par l'ordre de Dieu, fêtait le Sabbat, pour honorer le repos du Seigneur après les six jours de son œuvre ; la sainte Église, qui est l'Épouse, s'associe à l'œuvre même de l'Époux. elle laisse s'écouler le samedi, ce jour que son Époux passa dans le lugubre repos du sépulcre ; mais, illuminée des splendeurs de la Résurrection, elle consacre désormais à la contemplation de l'œuvre divine le premier jour de la semaine, qui vit tour à tour sortir des ombres et la lumière matérielle, première manifestation de la vie sur le chaos, et celui-là même qui, étant la splendeur éternelle du Père, a daigné nous dire : « Je suis la lumière du monde. » (Johan. VIII, 12. )

Que la semaine donc s'écoule tout entière avec son Sabbat ; il nous faut, à nous chrétiens, le huitième jour, celui qui dépasse la mesure du temps ; il nous faut le jour de l'éternité, le jour où la lumière ne sera plus intermittente, ni donnée avec mesure, mais où elle s'étendra sans fin et sans limites. Ainsi parlent les saints docteurs de notre foi, quand ils nous révèlent les grandeurs du dimanche, et la sublime raison de l'abrogation du Sabbat. Sans doute il était beau à l'homme de prendre pour le jour de son repos religieux et hebdomadaire celui-là même où l'auteur de ce monde visible s'était reposé ; mais il n'y avait là cependant que le souvenir de la création matérielle. Le Verbe divin reparaît dans ce monde qu'il avait créé au commencement ; cette fois il cache les rayons de sa divinité sous l'humble voile de notre chair ; il est venu accomplir les figures. Avant d'abroger le Sabbat, il veut le réaliser en sa personne, comme tout le reste de la Loi. en le passant tout entier comme un jour de repos, après les labeurs de sa Passion, sous l'arcade funèbre du tombeau ; mais à peine le huitième jour a-t-il commencé son cours, que le divin captif s'élance à la vie et inaugure le règne de la gloire. « Laissons donc, dit à ce sujet le pieux et profond abbé Rupert, laissons le Juif, esclave de l'amour des biens de ce monde. se livrer à la joie surannée de son Sabbat, qui ne retrace que le souvenir d'une création matérielle. Absorbé dans les choses terrestres, il n'a pas su reconnaître le Seigneur qui a créé le monde ; il n'a pas voulu voir en lui le Roi des Juifs, parce qu'il disait : Heureux les pauvres ! Notre Sabbat à nous est le huitième jour, qui est en. même temps le premier ; et la joie que nous y goûtons ne vient pas de ce que le monde a été créé, mais bien de ce que le monde a été sauvé (*). »

Le mystère du septénaire suivi d'un huitième jour, qui est le jour sacré, reçoit une application nouvelle et plus large encore dans la disposition même du Temps pascal. Ce temps se compose de sept semaines formant une semaine de semaines, dont le lendemain se trouve être encore un dimanche, le jour de la glorieuse Pentecôte. Ces nombres mystérieux que Dieu a posés lui-même le premier, eu instituant dans le désert du Sinaï la première Pentecôte, cinquante jours après la première Pâque, lurent recueillis par les Apôtres pour être appliqués à. la période pascale des chrétiens. C'est ce que nous apprend le grand saint Hilaire de Poitiers, dont la doctrine est répétée par saint Isidore. Amalaire, Rhaban Maur, et généralement tous les anciens interprètes des mystères de ta sainte Liturgie. « Si nous multiplions le septénaire par sept, dit l'illustre docteur des Gaules. nous reconnaîtrons que ce saint temps est vraiment le Sabbat des sabbats ; mais ce qui le consomme et l'élève à la plénitude de l'Évangile, c'est le huitième jour qui suit, ce jour qui est a la lois le premier et le huitième. Les Apôtres ont attaché a ces sept semaines une institution si sacrée, que, pendant leur durée, nul ne doit fléchir les genoux pour adorer, ni troubler par le jeûne les délices spirituelles de cette fête prolongée. La même institution s'étend à chaque dimanche ; car ce jour qui fait suite au samedi est devenu, par l'application du progrès évangélique, la perfection du samedi, et le jour que nous passons en fête et en allégresse (*). »

Ainsi donc nous retrouvons en grand dans la forme du Temps pascal le mystère que nous retrace chaque dimanche ; tout date pour nous désormais du premier jour de la semaine, parce que la résurrection du Christ l’a illuminé pour jamais de sa gloire, dont la création de la lumière matérielle n'était qu'une ombre. Nous venons de voir que cette institution était déjà ébauchée dans l'ancienne loi, bien que le peuple d'Israël n'en possédât pas le secret. La Pentecôte juive tombait le cinquantième jour après la Pâque. et ce jour était le lendemain des sept semaines. Une autre figure encore de notre Temps pascal se rencontrait dans l'une des institutions que Dieu avait données à Moïse pour son peuple, dans l'Année jubilaire. Chaque cinquantième année voyait les maisons et les champs qui avaient été aliénés pendant les quarante-neuf années précédentes retourner a leurs possesseurs, et les Israélites que la misère avait contraints de se vendre, recouvrer leur liberté. Cette année, appelée proprement l'année sabbatique, faisait suite aux sept semaines d'années qui avaient précédé, et portait ainsi l'image de notre huitième jour, dans lequel le fils de Marie ressuscité nous affranchit de l'esclavage du tombeau, et nous remet en possession de l'héritage de notre immortalité.

Les usages mystérieux dans le service divin, qui sont caractéristiques du Temps pascal dans la discipline actuelle, se réduisent à deux principaux : la répétition continuelle de l’Alléluia, dont nous avons parlé tout à l'heure, et l'emploi des couleurs blanche et rouge, selon que le demandent les deux solennités dont l'une ouvre cette période sacrée, et dont l'autre la termine. La couleur blanche est exigée par le mystère de la Résurrection, qui est le mystère de la lumière éternelle, lumière sans ombre ni tache, et qui produit dans ceux qui la contemplent le sentiment d'une inénarrable pureté et d'une béatitude ton jours croissante. La Pentecôte, qui, dès cette vie, nous donne l'esprit-Saint avec ses feux qui embrasent, avec son amour qui consume, demandait d'être exprimée par une couleur distincte. La sainte Église a choisi le rouge, pour exprimer le mystère du divin Paraclet se manifestant dans les langues de feu qui descendirent sur tous ceux qui étaient renfermes dans le Cénacle. Nous avons dit plus haut qu'il ne restait que peu de traces, dans la liturgie latine, de l'antique usage de ne pas fléchir les genoux au Temps pascal.

Les têtes des Saints, qui ont été suspendues dans tout le cours de la Semaine sainte, le seront encore durant les huit premiers jours du Temps pascal ; mais ensuite elles vont reparaître sur le Cycle, joyeuses et abondantes, comme de brillantes planètes autour du divin Soleil. elles lui feront cortège dans son Ascension glorieuse ; mais telle est la grandeur du mystère de la Pentecôte, que, dès la veille de ce jour à jamais mémorable pour l'Église, elles demeurent encore suspendues jusqu'après l'expiration complète du Temps pascal.

Les rites de l'Église primitive à l'égard des néophytes qui ont été régénérés dans la nuit de Pâques, offrent encore un grand nombre de traits du plus touchant intérêt. Ce n'est pas ici le moment d'en parler ; car ils ne se rapportent qu'aux deux octaves de la Pâque et de la Pentecôte. Nous les exposerons et nous en donnerons l'explication, à mesure qu'ils se présenteront à nous dans la marche de la sainte Liturgie.

Potificale Rom. In dedicat. Eccles.
De divinis Officiis, lib. VII, cap. XIX.
S. Hilarius, Prologus inPsalmos.

Pratique

La pratique de ce saint temps se résume dans la joie spirituelle qu'il doit produire chez les âmes ressuscitées avec Jésus-Christ, joie qui est un avant-goût du bonheur éternel. et que le chrétien doit désormais maintenir en lui, cherchant toujours plus ardemment la Vie qui est dans notre divin Chef, et fuyant avec une énergie constante la mort, fille du péché. Durant la période qui a précédé, il nous a fallu nous affliger, pleurer nos fautes, nous livrer à l'expiation, suivre Jésus jusqu'au Calvaire ; la sainte Église nous impose maintenant de nous réjouir. Elle-même a banni toutes ses tristesses, elle ne gémit plus comme la colombe ; elle chante comme l'Epouse qui a retrouvé l'Epoux.

Afin de rendre ce sentiment de joie pascale plus universel, elle s'est accommodée a la faiblesse de ses enfants. Après leur avoir rappelé la nécessité de l'expiation, elle a concentré toute la vigueur de la pénitence chrétienne dans les quarante jours qui viennent de s'écouler ; et tout à coup, rendant la liberté a nos corps en même temps qu'aux sentiments de nos âmes, elle nous a fait aborder à une région où il n'y a plus qu'allégresse, lumière et vie, où tout est joie, calme, douceur et espérance d'immortalité. C'est ainsi qu'elle a su produire dans les âmes même les moins élevées un sentiment analogue à celui qu'éprouvent les plus parfaites : en sorte que dans le concert qui s'élève de la terre à la louange de notre adorable triomphateur, il n'y ait pas de dissonance, et que tous, fervents et tièdes, unissent leurs voix dans un transport universel.

Le plus profond liturgiste du XII° siècle, Rupert, Abbé de Deutz, exprime ainsi cet heureux stratagème de la sainte Église : « Il est, dit-il, des hommes charnels qui ne savent pas ouvrir leurs yeux pour contempler les biens spirituels, si ce n'est à l'occasion de quelque incident corporel qui leur donne l'impulsion. L'Église a dû chercher, pour les émouvoir, un moyen proportionné à leur faiblesse. Dans ce but, elle a disposé le jeûne quadragésimal, qui est la dîme de l'année offerte à Dieu, en sorte que celte sainte carrière ne doive se terminer qu'a la solennité de Pâques, et qu'ensuite viennent cinquante jours consécutifs, durant lesquels il ne se rencontre pas un seul jeune. Il advient de là que les hommes mortifient leurs corps, étant soutenus par l'espérance que la fête de Pâques viendra les délivrer de ce joug de pénitence ; ils préviennent par leurs désirs l'arrivée de la solennité ; chacun des jours du Carême est pour eux comme la station du voyageur ; ils les comptent soigneusement, dans la pensée que le nombre en décroît progressivement ; et c'est ainsi que cette auguste fête désirée de tous devient chère a tous, comme l'est la lumière à ceux qui cheminent dans l'obscurité, la source jaillissante à ceux qui ont soif, et la tente dressée par le Seigneur lui-même au voyageur fatigué (*). »

Heureux temps que celui où, dans toute l'armée des chrétiens, comme parle saint Bernard, nul ne s'abstenait du devoir, où justes et pécheurs marchaient d'un même pas dans la carrière des observances chrétiennes ! Aujourd'hui la Pâque ne produit plus la même sensation dans notre société. Sans aucun doute, la cause en est dans la mollesse et la fausse conscience, qui portent un si grand nombre de personnes a se conduire a l'égard de la loi du Carême, comme si elle n'existait pas pour eux. De la vient que tant de fidèles voient arriver la Pâque comme une grande fête, il est vrai, mais sont à peine remués par cette impression de joie vive que L'Église porte empreinte dans toute son attitude en ces jours. Bien moins encore sont-ils dans la disposition de conserver et d'entretenir, pendant une période de cinquante jours, cette allégresse qu'ils ont partagée en si faible mesure, au jour tant désiré par les vrais chrétiens. Ils n'ont pas jeûné, ils n'ont pas gardé l'abstinence durant la sainte Quarantaine : la condescendance de l'Église envers leur faiblesse n'a pas même suffi ; il leur a fallu d'autres dispenses ; heureux quand ils ne se sont pas exemptés d'eux-mêmes et sans remords de ces derniers restes du devoir chrétien ! Quelle sensation peut produire en eux le retour de l’Alléluia ? Leurs âmes n'ont pas été épurées par la pénitence : et elles seraient assez agiles pour suivre le Christ ressuscité, dont la vie est désormais plus du ciel que de la terre !

Mais n'allons pas contre les intentions de la sainte Église, en nous attristant par ces pensées décourageantes ; prions plutôt le divin Ressuscité, afin que, dans sa toute-puissante bonté, il éclaire ces anus des splendeurs de sa victoire sur le monde et la chair, et qu'il les élève jusqu'à lui. Rien ne doit nous distraire de notre bonheur en ces jours. Le Roi de gloire lui-même nous dit : « Est-ce que les enfants de l'Epoux peuvent s'attrister pendant que l'Epoux est avec eux ? « MATTH. IX, 15. ) Jésus est avec nous pour quarante jours encore ; il ne souffrira plus, il ne mourra plus : que nos sentiments soient donc en rapport avec son état de gloire et de félicité qui doit durer toujours. Il nous quittera, il est vrai, pour mon ter a la droite de son Père ; mais de là il nous enverra le divin Consolateur qui demeurera avec nous, afin que nous ne soyons pas orphelins. (Johan. XIV) Que ces douces et enivrantes paroles soient donc notre nourriture et notre breuvage en ces jours : « Les enfants de l'Epoux ne doivent pas s'attrister pendant que l'Epoux est avec eux. » Elles sont la clef de toute la sainte Liturgie dans celte saison ; ne les perdons pas de vue un seul instant, et nous éprouverons que si la componction et la pénitence du Carême nous ont été salutaires, la joie pascale ne nous le sera pas moins. Jésus en croix et Jésus ressuscite, c'est toujours le même Jésus ; mais en ce moment il nous veut autour de lui. avec sa sainte Mère, avec ses disciples, avec Madeleine, tous éblouis et ravis de sa gloire, oubliant tous, dans ces heures trop rapides, les angoisses de la douloureuse Passion.

Mais cette carrière toute de délices aura un terme ; la radieuse manifestation qui nous met hors de nous-mêmes s'effacera ; et il ne nous restera que le souvenir de la gloire ineffable et de la touchante familiarité de notre Rédempteur. Que ferons-nous alors en ce monde où Celui qui en était la vie et la lumière ne sera plus visible ? Chrétien, tu aspireras à une nouvelle Pâque. Chaque année te rendra ce bonheur que tu as su comprendre ; et de Pâque en Pâque tu arriveras à la Pâque éternelle qui dure autant que Dieu même, et dont les rayons arrivent jusqu'à toi comme un prélude aux joies qu'elle te réserve. Mais ce n'est pas tout : écoule la sainte Église ; elle a prévu le désenchantement auquel tu pourrais être tenté de succomber ; entends ce qu'elle demande pour toi au Seigneur : « Faites, nous vous en supplions. lui dit-elle, que vos serviteurs expriment constamment dans leur vie le mystère de résurrection qu'ils ont reçu par la foi (*). » Le mystère de la Pâque ne doit pas cesser d'être visible sur la terre : Jésus ressuscité monte au Ciel ; mais il laisse en nous l'empreinte de sa résurrection, et nous la devons conserver jusqu'à ce qu'il revienne.

Et comment, en effet, celle divine empreinte ne demeurerait-elle pas en nous, lorsque nous savons que tous les mystères de notre auguste Chef nous sont communs avec lui ? Depuis sa venue dans la chair, il n'a pas fait un pas sans nous. S'il est né en Bethléhem, nous naissions avec lui ; s'il a été crucifié à Jérusalem, notre vieil homme, selon la doctrine de saint Paul, a été attaché à la croix avec lui. S'il a été enseveli dans le tombeau, nous avons été ensevelis avec lui : d'où il suit que lorsqu'il ressuscite d'entre les morts, nous aussi nous devons marcher dans une vie nouvelle. (Rom. VI, 6-8. )

Or « Jésus-Christ ressuscité d'entre les morts, ajoute le même Apôtre, ne meurt plus ; la mort n'a plus d'empire sur lui ; mort une seule fois, il est mort pour le péché ; mais maintenant il vit. et il vit à Dieu. » (Ibid. 9, 10. ) Nous sommes ses propres membres : son sort doit donc être le nôtre. Mourir de nouveau par le péché, ce serait renoncer à lui, nous séparer de lui, rendre inutiles pour nous cette mon et cette résurrection que nous avons partagées avec lui. Veillons donc à nous maintenir dans cette vie qui n'est pas de nous, mais qui cependant nous appartient en propre ; car celui qui l'a conquise sur la mort nous l'a donnée avec tout ce qui est à lui. Pécheurs qui avez retrouve la vie de la grâce dans la solennité pascale, ne mourez donc plus ; faites les œuvres d'une vie ressuscitée. Justes que le mystère pascal a ranimés, montrez une vie plus abondante dans vos sentiments et dans vos œuvres. C'est ainsi que vous marcherez tous dans la vie nouvelle que nous recommande l'Apôtre.

Nous ne développerons pas ici les merveilles du mystère de la Résurrection de Jésus-Christ ; elles ressortiront d'elles-mêmes de notre humble commentaire sur la sainte Liturgie, et mettront dans une plus grande évidence encore le devoir d'imitation impose au fidèle à l'égard de son divin Chef, en même temps qu'elles nous aideront a comprendre la magnificence et l'étendue de l'oeuvre capitale de l'Homme-Dieu. C'est ici, dans le Temps pascal, avec ses trois grandes manifestations de l'amour et du pouvoir divins. Résurrection, Ascension, descente de l'Esprit-Saint, c'est ici le point culminant de la Rédemption. Dans l'ordre des temps, tout a servi à préparer ce denouement, depuis la promesse faite à nos premiers parents après leur faute par le Seigneur irrite et miséricordieux ; et dans l'ordre de la sainte Liturgie, depuis les semaines d'attente et de soupirs de l'Avent ; nous voici au terme, et Dieu y apparaît avec une puissance et une sagesse qui dépassent infiniment tout ce que nous pouvions prévoir. Les Esprits célestes eux-mêmes en sont confondus d'admiration et d'étonnement ; c'est ce que la sainte Église exprime dans un des cantiques du Temps pascal : « Les Anges, dit-elle, sont émus de terreur en voyant la révolution qui s'opère dans l'état de la nature humaine. La chair a péché, et c'est la chair qui la purifie ; un Dieu vient régner, et en lui la chair est unie à la divinité (*). »

Le Temps pascal appartient encore à la Vie illuminative ; il en est la partie la plus élevée ; car il ne manifeste pas seulement, comme les temps qui l'ont précédé, les abaissements et les souffrances de l'Homme-Dieu. Il nous le montre dans toute sa gloire ; il nous le fait voir exprimant en son humanité le dernier degré de la transformation de la créature en Dieu. La venue de l'Esprit-Saint vient ajouter encore ses splendeurs à cette illumination ; elle révèle a l'âme les relations qui doivent l'unir à la troisième des divines Personnes. Ainsi se déclarent la voie et le progrès de l'âme fidèle, qui, étant devenue l'objet de l'adoption du Père céleste. est initiée a cette heureuse vocation par les leçons et les exemples du Verbe incarné, et consommée par la visite et l'habitation de l'Esprit-Saint. De là résulte tout l'ensemble des exercices qui la conduisent à l'imitation de son divin modèle, et la préparent pour l’union à laquelle elle est conviée par celui qui « a donné à tous ceux qui l'ont reçu de devenir enfants de Dieu, par une naissance qui n'est ni du sang, ni de la chair, mais de Dieu lui-même. » (JOHAN. I, 12, 13. )

De divinis Officiis, lib. IV, cap. XXVII.
Collecte du Mardi de Pâques.
Hymne des Matines de l'Ascension.

De l'assistance à la sainte Messe

Pratique de la sainte Communion

Au temps de la Passion, le chrétien approchait de la divine Eucharistie, en se souvenant de cette parole de l'Apôtre : « Chaque fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, d'ici que le Seigneur vienne, vous renouvellerez la mémoire de sa mort (*). » Il s'unissait à l'auguste victime immolée pour les péchés du monde, et mourait avec son Sauveur. Au Temps pascal, l'aliment céleste opère d'une autre manière dans le chrétien qui s'en nourrit. Sa présence en nous est destinée principalement à fortifier la vie de l'âme, et à donner au corps lui-même le germe de l'immortalité. Sans doute, en chaque raison de l'année liturgique, ce double effet de l'Eucharistie, Immolation et Résurrection, est produit en celui qui la reçoit dignement ; mais de même que, dans les jours consacrés à honorer la mémoire du sacrifice sanglant de l'Agneau, l'application du mystère de mort est plus directe et correspond mieux au genre de préparation qu'y apportent les fidèles : de même aussi, dans le Temps pascal, le divin contact de la chair ressuscitée du Fils de Dieu fait sentir davantage à notre être tout entier que le principe de résurrection pour nos corps repose dans cette nourriture sacrée.

Le Sauveur nous l'apprend lui-même, lorsqu'il dit : « Vos pères ont mangé la manne (dans le désert, et ils sont morts ; mais voici le Pain descendu du ciel : si quelqu'un en mange, il ne mourra point. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang possède la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour ». (Johan. VI, 49, 5o, 55. Nous serons tous appelés à reprendre nos corps au dernier jour, les uns pour la gloire, les autres pour le supplice ; mais celui qui s'unit dignement, par la sainte Eucharistie, à la chair glorieuse et ressuscitée de l’Homme-Dieu, contracte avec lui un lien et une intimité qui obligent plus étroitement encore cet hôte divin a ne pas laisser dans la poussière des membres que le sublime mystère a rendus les siens.

Nous devons donc aller, en ces jours, à la table sainte avec une vive ardeur pour la résurrection, sachant que nous recevons alors dans notre corps mortel tin élément qui doit le conserver au sein même de la poussière, et qui lui confère un droit de plus aux qualités des corps glorieux, dont la splendeur et la félicité seront à l'image de celui que notre divin ressuscité montre, en ces jours même, aux regards éblouis de ses disciples.

Or, si notre Rédempteur agit jusque sur nos corps au moyen du céleste aliment, en déposant en eux les arrhes de l'immortalité, quel effet ne doit-il pas produire en nos âmes pour les fortifier et les faire avancer dans cette « vie nouvelle », vie ressuscitée, qui est le fruit de la Pâque, le terme de tous nos efforts, le prix de toutes nos victoires sur nous-mêmes dans le cours de la sainte Quarantaine ? Disons même que cette vie nouvelle, si elle n'était fréquemment ranimée en nous par le moyeu suprême de la sainte Communion, courrait le risque de s'attiédir, peut-être même de défaillir en nous. L'Apôtre nous enseigne « que le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus » ; d'où il suit que nous, qui sommes ressuscites avec lui, nous ne devons plus mourir. Pour qu'il en advienne ainsi. soyons empressés vers ce Pain descendu du ciel, dont le Sauveur nous dit : « Si quelqu'un mange de ce Pain, il ne mourra pas, mais il vivra à jamais (Johan. VI, 52. )

Nous formulerons ici, selon notre usage, les Actes de préparation à la Communion dans ce saint temps, pour les personnes qui sentiraient le besoin d'être aidées en cette manière : nous ajouterons comme complément les Actes pour l'Action de grâces.

AVANT LA COMMUNION

ACTE DE FOI.

L'éclat de vos œuvres, ô Sauveur des hommes. inonde vos fidèles d'une lumière si vive, qu'ils ne peuvent s'empêcher de vous rendre gloire, et de protester que vous êtes le Fils de Dieu. Nous crûmes en vous, lorsque vous apparûtes dans l'humilité de la crèche au milieu de la nuit ; un aimant secret nous attirait vers vous, et sous les langes nous vous adorions déjà avec les Esprits célestes. Naguère nous vous vîmes attache à la croix, honni et blasphème de tout un peuple ; mais nous n'avons pas cessé pour cela de vous reconnaître pour le Roi suprême. Avec le bon larron nous vous disions : « Seigneur, souvenez-vous de nous, quand vous serez dans votre royaume ». Mais aujourd'hui que tous avez triomphé de la mort, que le sépulcre vous a rendu vivant et victorieux ; aujourd'hui que la terre entière retentit de vos louanges, et que le bruit de votre Résurrection, accomplie il y a tant de siècles, ébranle toutes les nations, qui pourrait ne pas rendre hommage à votre divinité, ne pas confesser vos mystères, ne pas dire avec le disciple qui fut incrédule un moment : « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ? » Je n'ai pas l'avantage de voir de mes yeux mortels et de toucher de nies mains tremblantes vos plaies sacrées et rayonnantes ; mais je crois fermement que vous êtes aussi mon Seigneur et mon Dieu. Vous avez dit : « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui néanmoins ont cru » ; je veux être du nombre de ces heureux croyants, ô Jésus ! Je confesse que vous êtes véritablement ressuscite, Fils de Dieu et Fils de l'homme. Je crois aussi que vous êtes le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, et que c'est vous-même que je vais recevoir en moi tout à l'heure. Augmentez encore celte loi, mon Seigneur et mon Dieu, afin que je vous rende tous les hommages que vous avez droit d'attendre de votre humble et heureuse créature.

ACTE D'HUMILITÉ.

Qui ne tremblerait à la seule pensée de vous voir dans l'éclat de votre majesté, o divin triomphateur de la mort ? Avant votre Passion, vous laissâtes apparaître quelques rayons de votre gloire à trois de vos disciples sur le Thabor, et ils tombèrent comme morts ; nous voici dans les jours où les splendeurs de votre victoire éblouissent les regards même des Anges ; et vous voulez taire plus que vous montrera moi. Vous daignez descendre jusque dans mon néant, m'incorporer à nous, moi faible et indigne créature, à vous qui n'êtes plus dans les langes de la crèche, ni sur le bois douloureux de la croix, à vous qui allez vous asseoir pour l'éternité dans la gloire de Notre Père. Auteur de la lumière, Lumière infinie et sans ombres, vous voulez vous mêler à mes ténèbres. Mon néant tressaille à cette pensée ; mais ma conscience pécheresse en est plus effrayée encore. Quel rapprochement peut-il exister entre votre souveraine sainteté et ma vie pleine d'infidélités ? « La lumière a lui dans les ténèbres, nous dit votre Evangéliste ; mais les ténèbres ne l'ont pas comprise. » Les ténèbres de l'orgueil ont cru être la lumière, et elles n'ont pas reconnu a vraie Lumière : qu'il n'en soit pas ainsi de moi, ô Jésus ! J'humilie mon être tout entier devant vous ; je reconnais ma misère : elle est immense ; daignez donc agir en moi, ô Lumière ineffable, selon toute l'étendue de votre miséricorde.

ACTE DE CONTRITION.

Vous venez en moi, ô libérateur des hommes, vainqueur de l'enfer, et je ne suis qu'un pécheur. Vous voulez donc me traiter comme vous traitâtes vos disciples, au jour de votre résurrection. Ils vous avaient lâchement abandonné dans votre Passion, et vous êtes revenu près d'eux ; afin de rassurer leurs inquiétudes, vous ne leur avez témoigné que de la bonté ; aucun reproche sur leur conduite passée n'est sorti de votre bouche. Vous vouliez, ô Jésus, qu'ils comprissent, par cette indulgence de votre part, à quel point ils avaient été coupables de vous abandonner. J'accepte pour moi-même cette leçon du meilleur des maîtres ; mais qu'il y a loin de la faute de ces hommes qui vous connaissaient à peine, âmes péchés qui sont ceux d'un chrétien tant de fois rebelle à la lumière de vos divins mystères ! L'ensemble de tant de vérités sublimes était ignoré encore de vos apôtres, lorsqu'ils se laissèrent effrayer par vos ennemis ; ils n'avaient pas reçu encore l'Esprit-Saint qui m'a été si abondamment communiqué. Je m'unis. Seigneur, aux regrets qu'ils éprouvèrent à la vue de votre générosité ; je déteste mes fautes qui ont blesse si cruellement votre Cœur divin ; je sens que le péché est la mort, et qu'il n'a rien de commun avec la vie que vous renouvelez en nous par votre résurrection. Je veux être mort au pèche, et vivre à votre grâce. Daignez, par ce mystère de vie que vous allez communiquer à mon âme repentante, la préserver pour jamais du malheur de perdre votre grâce.

ACTE D'AMOUR.

Votre résurrection, ô Jésus, n'est pas seulement le trophée de votre victoire ; elle est bien plus encore le suprême triomphe de votre amour. C'est par amour que vous avez pris notre humble chair ; c'est par amour que vous avez enduré votre cruelle Passion ; mais ces monuments de votre adorable bonté envers nous ne sont que la préparation du dernier effort de cet amour d'un Dieu pour sa créature coupable. En ces jours, vous sortez du tombeau, vous entrez en possession de l'immortalité ; mais vous ne voulez pas jouir seul de ces avantages conquis par vos humiliations et vos souffrances, si vous triomphez, c'est pour nous. Qu'aviez-vous besoin de la crèche et de la croix, ô vous, Dieu éternel et souverainement heureux ? Quelle nécessité de mourir et de ressusciter ensuite, de passer par le tombeau pour reprendre ensuite la vie ? Je le comprends, ô mon Dieu ! vous nous avez aimés, nous qui avions mérité de mourir en punition de nos péchés. Dans votre amour incompréhensible, vous avez voulu partager notre mort, afin vie nous donner part à votre résurrection. Attaché à la croix, sortant de votre tombeau glorieux, toujours vous êtes à nous, vous êtes pour nous ; mais c'est par ce dernier acte de votre toute-puissante bonté que vous mettez le comble a vos bienfaits. Que pouvons-nous faire, ô Jésus, si ce n'est de vous offrir en retour l'humble et fervent hommage de notre amour ? Et à quel moment vous l’exprimerai-je avec plus d'effusion, si ce n'est a celui-là même où vous vous préparez à me communiquer ce Pain sacré qui est vous-même, et par lequel vous venez m'unir à votre divine chair ressuscitée, afin de m'incorporer à votre gloire et à votre immortalité ? O Jésus, mon libérateur, quiètes à moi dans votre mort et dans votre vie. je veux être tout a votre amour dans le temps et dans l'éternité.

Pour compléter cette Préparation, suivez, avec foi et avec une religieuse attention tous les mystères de la Messe a laquelle vous devez communier, produisant les actes que nous avons exposés au Chapitre V : et quand vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous pourrez vous aider des prières suivantes, dans l'Action de grâces qui vous reste à faire.

APRÈS LA COMMUNION.

ACTE D'ADORATION.

Vous êtes en moi, et je suis en vous. Majesté infinie ! Au moment où vous vous élanciez du tombeau, la terre trembla à l'aspect de votre gloire ; à cette heure fortunée où je vous sens en moi-même, mon être tout entier tressaille d'émotion, car vous êtes le grand Dieu à qui il n'a fallu qu'un acte de sa volonté pour faire jaillir la lumière du sein du chaos, à qui il n'a fallu qu'un instant pour réunir son âme à son corps et s'échapper des liens du tombeau. Que puis-je faire, sinon adorer profondément cette puissance, cette grandeur qui m'est unie en ce moment ? O Dieu a qui rien ne résiste, je m'anéantis devant vous, je confesse votre domaine sur moi ; recevez mon hommage que vous êtes venu chercher du haut du ciel, en descendant jusqu'au fond de cet abîme de néant. Je succombe sous le poids de l'insigne honneur que vous daignez me faire. Vous êtes le souverain Etre, l'auteur et le conservateur de toutes choses : je vous adore comme mon maître absolu, je confesse avec bonheur ma dépendance, et je vous offre de tout mon cœur mon humble service.

ACTE DE REMERCIEMENT.

Qui me donnera de reconnaître, comme je le dois. Je bienfait de votre visite. Ô Jésus ? C’est pour me taire part de votre propre vie que vous êtes venu en moi. Faible comme je le suis, le souvenir de ce que vous avez opère en ma faveur ne suffirait pas à me soutenir dans la voie nouvelle que votre résurrection m'a ouverte : dans votre aimable condescendance pour mon infirmité, vous êtes venu dans mon âme sans bruit, mais avec toute votre puissance et toute votre gloire. Vous vous montrâtes ainsi aux Apôtres réunis dans le Cénacle, ô divin Ressuscite ! « C'est moi, leur dites-vous ; n'ayez pas de crainte. » J'entends au dedans de moi les mêmes paroles. Vous me dites de ne pas me troubler, quelles que soient votre grandeur et ma bassesse, votre souveraine sainteté et mon indignité. « La paix soit avec vous ! » c'est le salut que vous donnâtes à vos disciples ; en ce moment, c'est à moi-même que vous l'adressez. Je le reçois, ô Jésus, de votre bouche adorable, et j'y réponds par mes actions de grâces. Soyez béni pour cette divine prévenance, pour cette tendre sollicitude qui vous porte à vous unir ainsi à mon indignité, à abaisser toutes les barrières qui me captivaient sous l'empire de la mort, à m'associer intimement à votre triomphe, à me prémunir contre le retour de la mort, en m'incorporant, parce Pain sacre, votre immortelle vie. Je dirai donc avec le Roi-Prophète : « Mon âme, et tout ce qui est en moi, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais son bienfait ; c'est lui qui ta rachetée de la mort, et qui a renouvelé ta jeunesse comme celle de l'aigle. »

ACTE D’AMOUR.

COMBLÉ de vos plus chères faveurs, que dois-je faire, ô Jésus, sinon répondre à votre amour par tout ! amour dont je suis capable : Madeleine, à votre Sépulcre, n'a entendu de vous qu'une seule parole, et son cœur se fond ; elle ne peut répondre que par cette exclamation : « Mon maître ! mon cher maître ! » Et moi, ô Jésus, qui n'entends pas seulement votre parole, mais qui vous sens en moi-même, qui suis tout pénétré de nous, quels termes emploierai-je pour exprimer mon amour ? Les disciples d'Emmaüs n'avaient eu avec vous qu'un simple entretien, et ils disaient : « Notre cœur n'était-il pas brûlant au dedans de nous, pendant qu'il nous parlait dans le chemin ? » Que dirai-je ? que ressentirai-je en ce moment où vous reposez dans ma poitrine ? J'oserai vous dire que moi aussi je vous aime, Ô mon Sauveur ressuscité ! Vous daignâtes agréer l'amour de Madeleine et encourager par votre bonté celui de vos disciples ; agréez aussi le mien. S'il est faible, vous pouvez l'accroître ; je prends la résolution de ne le plus contrarier, de le développer en moi, avec l'aide de votre sainte grâce, et de recourir souvent, pour cet effet, à l'adorable Sacrement dans lequel vous avez déposé toutes les ressources et tous les secrets de ce saint amour.

ACTE D'OFFRANDE.

J'étais à vous, ô Jésus, parce que vous m'aviez racheté ; je suis maintenant à vous, parce que vous m'avez rendu la vie par votre Résurrection ; et dans le divin mystère dont vous venez de me faire part, vous m'avez associé a tout ce que votre victoire sur la mort a de plus glorieux. Mon sort est donc désormais uni au votre ; comme vous, je suis mort au péché, et je vis a Dieu. Que dois-je donc faire, sinon m'offrir et me donner à vous pour ne m'en plus séparer jamais ? Disposez de moi, ô Jésus ! Je suis votre racheté et votre compagnon de gloire ; tout mon présent, tout mon avenir est en vous jusque dans l'éternité. Je renonce donc à moi-même, pour être à toutes vos volontés ; je renonce au monde et a ses maximes, qui sont l'opposé de la vie nouvelle que je veux mener désormais ; mais je sens que, pour être fidèle, j'ai besoin d'un secours puissant qui m'assiste sans cesse. Le secours, ô Jésus, c'est la venue en moi de votre Esprit-Saint ; c'est sa demeure en moi. Vous l’avez promis ; il doit, par son arrivée, mettre le sceau à toutes les joies pascales. Envoyez-le-moi, o Fils du Père ! Vous montez au ciel : ne me laissez pas orphelin. Votre divin Sacrement me reste ; mais je n'y puis participer à toute heure, et mes besoins sont de chaque instant. Daignez donc renouveler en moi la présence de ce divin Esprit, qui conservera et développera, pour votre gloire, les dons que vous venez de me communiquer en vous unissant à moi.

O Marie, je vous en supplie par la joie dont votre cœur maternel est inonde dans la résurrection de votre divin Fils, gardez en moi le fruit de l'heureuse visite qu'il a daigné me faire. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain Bien dont l'immuable possession vous rend à jamais heureux.

I Cor. XI, 26.

De l'Office de Tierce, Sexte et None

Les limites qui nous sont imposées dans cette Année liturgique ne nous permettant pas de donner le texte de tous les Offices de l'Eglise au temps pascal, nous nous bornerons à reproduire ceux auxquels les simples fidèles ont coutume de prendre part, et qui, pour cette raison, se célèbrent avec plus de solennité. Aux Vêpres et aux Complies que nous avons insérées dans les volumes précédents, nous joignons ici les Heures de Tierce, Sexte et None, que l'on chante ordinairement, même dans les églises paroissiales, aux fêtes de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte.

La forme liturgique est la même pour Tierce, Sexte et None. Après l'invocation du secours divin, on chante une Hymne et trois Psaumes, suivis d'une Antienne, de la petite leçon appelée Capitule, d'un Chœur avec refrain, connu sous le nom de Répons bref, pour le distinguer des Répons ordinaires qui sont plus longs ; enfin de la Collecte, qui renferme comme le résume de tous les vœux et de toutes les demandes de l'Eglise, dans la fête que l'on célèbre.

Les Psaumes assignés pour ces trois Heures ne sont que des divisions ou fragments du célèbre Psaume CXVIII, que l'Eglise récite tout entier chaque jour, et qui est considéré comme le cantique de la prière par excellence.

A TIERCE

V./ Deus, in adjutorum meum intende. V/. O Dieu ! Venez à mon aide
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles.
Amen. Alleluia. Amen. Alleluia.
HYMNE

(Composé par saint Ambroise)

Nunc Sancte nobis Spiritus, Unum Patri cum Filio, Dignare promptus ingeri, Nostro refusus pectori. Esprit-Saint, substance unique avec le Père et le Fils, daignez, à cette heure, descendre en nous, et vous répandre dans nos coeurs.
Os, lingua, mens, sensus, vigor, Confessionem personent, Flammescat igne charitas, Accendat ardor proximos. Que notre bouche, notre langue, notre esprit, nos sens, nos forces, publient vos louanges ; que le feu de la charité s'allume ; que son ardeur embrase tous nos frères.
Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito, Regnans per omne saeculum. Exaucez-nous, Père très-miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles.
Amen. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
Legem pone mihi, Domine, viam justificationum tuarum : * et exquiram eam semper. Donnez-moi pour loi, Seigneur, la voie de vos volontés pleines de justice, et je ne cesserai point de la rechercher.
Da mihi intellectum, et scrutabor legem tuam : * et custodiam illam in toto corde meo. Donnez-moi l'intelligence, et je scruterai votre loi, et je la garderai de tout mon coeur.
Deduc me in semitam mandatorum tuorum : * quia ipsam volui. Conduisez-moi, dans le sentier de vos préceptes : c'est lui que je désire.
Inclina cor meum in testimonia tua : * et non in avaritiam. Inclinez mon coeur vers vos commandements, et éloignez-le de la cupidité.
Averte oculos meos ne videant vanitatem : * in via tua vivifica me. Détournez mes yeux, afin qu'ils ne voient pas la vanité ; vivifiez-moi dans votre voie.
Statue servo tuo eloquium mum : * in timore tuo. Affermissez votre parole en votre serviteur, par la crainte de vous offenser.
Amputa opprobrium meum quod suspicatus sum : * quia judicia tua jucunda. Éloignez de moi l'opprobre que j'appréhende ; car vos jugements sont pleins de douceur.
Ecce concupivi mandata tua : * in aequitate tua vivifica me. Voilà que j'ai désiré remplir vos commandements ; dans votre justice, donnez-moi la vie ;
Et veniat super me misericordia tua, Domine : * salutare tuum, secundum eloquium tuum. Et que votre miséricorde vienne sur moi ; ce salut que vous avez promis, et qui est descendu du ciel
Et respondebo exprobrantibus mihi verbum : * quia speravi in sermonibus tuis. Et je répondrai à ceux qui m'outragent, aux ennemis de mon âme, que j'avais espéré dans votre parole.
Et ne auferas de ore meo verbum veritatis usquequaque : * quia in judiciis tuis supersperavi. Et n'enlevez jamais de ma bouche la parole de votre vérité ; car mon espérance en vos justices a été sans bornes.
Et custodiam legem tuam semper : * in saeculum et in saeculum saeculi. Et je garderai votre loi toujours, dans les siècles des siècles.
Et ambulabam in latitudine : * quia mandata tua exquisivi. Et je marcherai dans la vie, avec la joie de mon coeur, parce que j'ai recherché vos commandements.
Et loquebar in testimoniis tuis in conspectu regum : * et non confundebar. Et je parlerai de votre loi en présence des rois, el je n'en rougirai point.
Et meditabar in mandatis tuis : * quae dilexi. Et je méditerai sur vos préceptes, objet de mon amour.
Et levavi manus meas ad mandata tua, quae dilexi : * et exercebar in justificationibus tuis. Et je lèverai mes mains vers vos commandements que j’ai aimés, et je m’exercerai dans la pratique de votre justice.
Gloria Patri, etc. GloIre au Père, etc.
   
Memor esto verbi tui servo tuo : * in quo mihi spem dedisti. Souvenez-vous de votre parole à votre serviteur, par laquelle vous m'avez donné l’espérance.
Haec me consolata est in humilitate mea : * quia eloquium tuum vivificabit me. C'est elle qui m'a consolé en mon humiliation ; car votre parole m'a donné la vie.
Superbi inique agebant usquequaque : * a lege autem tua non declinavi. Les esprits de superbe m'ont attaqué de toutes parts avec injustice ; mais je ne me suis point détourné de votre loi.
Memor fui judiciorum tuorum a saeculo, Domine : * et consolatus sum. Je me suis souvenu, Seigneur, des jugements que vous avez exercés dès le commencement du monde et j'ai été consolé.
Defectio tenuit me : * pro peccatoribus derelinquentibus legem tuam. La défaillance s'est emparée de moi, à la vue des pécheurs qui désertent votre loi.
Cantabiles mihi erant justificationes tuae : * in loco peregrinationis meae. Votre loi de justice a été le sujet de mes chants, dans le lieu de mon pèlerinage.
Memor fui nocte nominis tui, Domine : * et custodivi legem tuam. Seigneur, je me suis souvenu de votre nom durant la nuit, que j’ai passée dans votre attente et j'ai gardé votre loi.
Haec facta est mihi : * quia justificationes tuas exquisivi. Ce bonheur m'est arrivé, parce que j'ai cherché vos justices.
Portio mea, Domme : * dixi custodire legem tuam. J’ai dit : Mon partage, Seigneur, est de garder votre loi.
Deprecatus sum faciem in toto corde meo : * miserere mei secundum eloquium tuum. J'ai imploré votre assistance du fond de mon coeur ; selon votre parole, ayez pitié de moi.
Cogitavi vias meas : * et converti pedes meos in testimonia tua. J'ai réfléchi sur mes voies, et j’ai ramené mes pas dans le sentier de vos préceptes.
Paratus sum, et non sum turbatus : * ut custodiam mandata tua. Je suis prêt et je veux, sans trouble, garder désormais vos commandements.
Funes pecatorum circumplexi sunt me : * et legem tuam non sum oblitus. Les filets des pécheurs m'ont environné. . et je n'ai point oublié votre loi.
Media nocte surgebam ad confitendum tibi : * super judicia justificationis tae. Je me levais au milieu de la nuit, pour vous rendre gloire sur les jugements de votre justice,
Particeps ego sum omnium timentium te : * et custodientium mandata tua. Je suis uni à tous ceux qui vous craignent et qui gardent vos commandements.
Misericordia tua, Domine, plena est terra : * justificationes tuas doce me. Toute la terre, en ce jour, est pleine de votre miséricorde, Seigneur : enseignez-moi votre justice.
Gloria Patri, etc. GloIre au Père, etc.
   
Bonitatem fecisti cum servo tuo, Domine : * secundum verbum tuum. Voos avez signalé votre bonté envers votre serviteur, selon votre parole, Seigneur.
Bonitatem et disciplinam, et scientiam doce me : * quia mandatis tuis credidi. Enseignez-moi la miséricorde, la sagesse et la science ; car j'ai cru à vos préceptes.
Priusquam humiliarer ego deliqui : * propterea eloquium tuum custodivi. Avant que vous m’eussiez humilié, c’est pourquoi, éclairé maintenant. j’observe votre loi.
Bonus es tu : * et in bonitate tua doce me justificationes tuas. Vons êtes bon ; dans cette bonté, enseignez-moi vos justices.
Multiplicata est super me iniquititas superborum : * ego autem in corde meo scrutabor mandata tua. Mes ennemis superbes ont multiplié snr moi leur iniquité ; mais mon coeur s’attachera tout entier à la recherche de vos commandements.
Coagulatum est sicut lac cor eorum : * ego vero legem tuam meditatus sum. Leur coeur s’est épaissi comme le lait ; pour moi, j'ai médité votre loi.
Bonum mihi quia humiliasti me : * ut disam justificationes tuas. Il m'a été bon que vous m'ayez humilié, afin que j'apprisse la justice de vos préceptes.
Bonum mihi lex oris tui : * super millia auri et argenti. Votre Verbe, qui est la loi sortie de votre bouche, ô Père céleste ! est pIus précieux pour moi que les monceaux d'or et d'argent.
Manus tuae fecerunt me, et plasmaverunt me : * da mihi intellectum, et discam mandata tua. Vos mains m'ont fait et m'ont façonné ; donnez-moi l’intelligence, et j'apprendrai vos décrets.
Qui timent te, videbunt me et laetabuntur : * quia in verba tua supersperavi. Ceux qui vous craignent me verront, et se réjouiront ; car j’ai grandement espéré en vos paroIes.
Cognovi, Domine, quia aequitas judicia tua, * et in veritate tua humiliasti me. J’ai connu, Seigneur, que vos jugements sont l’équité , et que vous m'avez humilié avec justice.
Fiat misericordia tua ut consoletur me : * secundum eloquium tuum servo mo. Que votre miséricorde daigne venir me consoler, selon la promesse que vous fîtes à votre serviteur.
Veniant mihi miserationes tuae, et vivam : * quia lex tua meditatio mea est. Viennent sur moi vos miséricordes, et je vivrai ; car votre loi est toute mon occupation.
Confundantur superbi, quia injuste iniquitatem fecerunt in me : * ego autem exercebor in mandatis tuis. Que mes ennemis superbes soient confondus, puisqu'ils m'ont persécuté avec injustice ; moi je m'exercerai sur vos préceptes.
Convertantur mihi timentes te : * et qui noverunt testimonia tua. Que ceux qui vous çraignent et qui entendent vos oracles se tournent vers moi.
Fiat cor meum immaculatum in justificationibus tuis : * ut non confundar. Que mon coeur devienne pur par la pratique de vos préceptes, afin que je ne sois pas confondu au jour où vous paraitrez dans votre justice.

L'Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l'Oraison qui complètent l'Office de Tierce, se trouvent ci-après, dans leur lieu et place, aux fêtes solennelles dont nous donnons les Offices.

A SEXTE

V./ Deus, in adjutorum meum intende. V/. O Dieu ! Venez à mon aide
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles.
Amen. Alleluia. Amen. Alleluia.
HYMNE

(Composé par saint Ambroise)

Rector potens, verax Deus, Qui temperas rerum vices, Splendore mane illuminas, Et ignibus meridiem. Arbitre tout-puissant, Dieu de vérité, qui réglez l'ordre de toutes choses, vous dispensez au matin sa splendeur, et au midi ses feux.
Exstingue flammas litium ; Aufer calorem noxium, Confer salutem corporm, Veramque pacem cordium. Éteignez la flamme des discordes ; dissipez toute ardeur nuisible ; donnez à nos corps la santé, à nos coeurs la paix véritable.
Prresta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito, Regnans per omne saeculum. Exaucez-nous Père très-miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles.
Amen Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
Defecit in salutare tuum anima mea : * et in verbum tuum supersperavi. Mon âme a défailli dans l'attente du Sauveur que vous aviez promis ; mais j’ai mis toute mon espérance en votre parole.
Defecerunt oculi mei in eloquium tuum : * dicentes, Quando consolaberis me ? Mes yeux se sont lassés à relire vos promesses, et je disais : Quand me consolerez-vous ?
Quia factus sum sicut uter in pruina : * justificationes tuas non sum oblitus. Je me suis desséché comme la peau exposée à la gelée ; mais je n'ai point oublié vos justices.
Quot sunt dies servi tui : * quando facies de persequentibus me judicium ? Je disais : Combien de jours restent encore à votre serviteur ? quand ferez-vous justice de mes persécuteurs ?
Narraverunt mihi iniqui fabulationes : * sed non ut lex tua. Les impies me racontaient leurs fables ; mais ce qu'ils disent n'est pas comme votre loi.
Omnia mandata tua veritas : * inique persecuti sunt me ; adjuva me. Toutes vos ordonnances sont vérité ; ils me poursuivent injustement : aidez-moi.
Paulo minus consummaverunt me in terra : * ego autem non dereliqui mandata tua. Ils m’ont presque anéanti sur la terre ; mais je n'ai point abandonné vos commandements.
Secundum misericordiam tuam vivifica me : * et custodiam testimonia oris tui. Vivifiez-moi selon votre miséricorde ; et je garderai les oracles de votre bouche.
ln aeternum, Domine : * verbum tuum permanet in coelo. Votre parole, Seigneur, demeure à jamais dans le ciel.
ln generationem et generationem veritas tua : * fundasti terram et permanet. Votre vérité passe de génération en génération. C'est vous qui avezaffermi la terre, et elle est stable.
Ordinatione tua perseverat dies : * quoniam omnia serviunt tibi. Par votre ordre, le jour subsiste ; car tout vous est assujetti.
Nisi quod lex tua meditatio mea est : * tunc forte periissem in humilitate mea. Si votre loi n'eût été le sujet de mes méditations, j'aurais péri déjà dans mon affliction.
ln aeternum non obliviscar justificationes tuas : * quia in ipsis vivificasti me. Je n'oublierai jamais vos justices ; car c'est par elles que vous m'avez vivifié.
Tuus sum ego, salvum me fac : * quoniam justificationes tuas exquisivi. Je suis à vous ; sauvez-moi : car j'ai recherché vos préceptes.
Me exspectaverunt peccatores ut perderent me : * testimonia tua intellexi. Les pécheurs m'ont attendu pour me perdre ; mais j'avais fixé mon attention sur vos oracles.
Onmis consummationis vidi finem : * latum mandatum tuum nimis. J'ai vu venir la fin de toutes choses ; votre loi seule est infinie.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.
   
Quomodo dilexi legem tuam, Domine : * tota die meditatio mea est. Que j'aime votre loi, Seigneur ! toute la journée elle est le sujet de mes méditations.
Super inimicos meos prudentem me fecisti mandato tuo : * quia in aeternum mihi est. Vous m'avez rendu plus sage que mes ennemis par les préceptes que vous m'avez donnés : je les ai embrassés à jamais.
Super omnes docentes me intellexi : * quia testimonia tua meditatio mea est. J'ai surpassé en intelligence tous mes maîres, parce que je médite vos oracles.
Super senes intellexi : * quia mandata tua quaesivi. Je suis devenu plus prudent que les vieillards, parce que j’ai recherché vos commandements.
Ab omni via mala prohibui pedes meos : * ut custodiam verba tua. J'ai détourné mes pieds de toute mauvaise voie, pour garder vos ordonnances.
Ad judiciis tuis non declinavi : * quia tu legem posuisti mihi. Je ne me suis point écarté de vos règles ; car cest vous-même qui m avez prescrit la loi.
Quam dulcia faucibus meis eloquia tua : * super mel ori meo. Que vos paroles sont douces à ma bouche ! elles sont plus suaves que le miel à mon palais.
A mandatis tuis intellexi : * propterea odivi omnem viam iniquitatis. Vos préceptes m'ont donné l'intelligence ; c'est pourquoi je hais toute voie d’iniquité.
Lucerna pedibus meis verbum tuum : * et lumen semitis meis. Votre parole est la lampe qui éclaire mes pas : elle est la lumière de mes sentiers.
Juravi, et statui : * custodire judicia justitiae tuae. J'ai juré et j’ai résolu de garder les décrets de votre justice.
Humiliatus sum usquequaque, Domine : * vivfica me secundum verbum tuum. J'ai été réduit, Seigneur, à une extrême humiliation : rendez-moi la vie selon votre parole.
Voluntaria oris mei beneplacita fac, Domine : * et juducia tua doce me. Agréez, Seigneur, le sacrifice volontaire que vous offre ma bouche, et enseignez-moi vos commandements.
Anima mea in manibus meis semper : * et legem tuam non sum oblitus. Mon âme est toujours entre mes mains ; et je n'ai point oublié votre loi.
Posuerunt peccatores laqueum mihi : * et de mandatis tuis non erravi. Les pécheurs m'ont tendu des lacs ; mais je ne me suis point écarté de vos ordonnances.
Haereditate acquisivi testimonia tua in aeternum : * quia exsultatio cordis mei sunt. J'ai pris vos préceptes pour être à jamais mon héritage ; car ils sont la joie de mon coeur.
Inclinavi cor meum ad faciendas justificationes tuas in aeternum : * propter retributionem. J'ai incliné mon coeur à l'accomplissement de vos commandements pour jamais, à cause de la récompense.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.
   
Iniquos odio habui : * et legem tuam dilexi. J'ai haï les méchants, et j’ai aimé votre loi.
Adjutor et susceptor meus es tu : * et in verbum tuum supersperavi. Vous êtes mon secours et mon asile ; en votre parole j'ai mis toute mon espérance.
Declinate a me maligni : * et scrutabor mandata Dei mei. Retirez-vous de moi, méchants ; et je rechercherai les préceptes de mon Dieu.
Suscipe me secundum eloquium tuum, et vivam : * et non confundas me ab exspectatione mea. Recevez-moi selon votre parole et je vivrai ; ne permettez pas que je sois confondu dans mon attente.
Adjuva me, et salvus ero : * et meditabor in justificationibus tuis semper. Aidez-moi, et je serai sauvé ; et je méditerai continuellement vos ordonnances.
Sprevisti omnes discedentes a judiciis tuis : * quia injusta cogitatio eorum. Vous rejetez avec mépris tous ceux qui s'écartent de vos commandements ; car leur pensée est injuste.
Praevaricantes reputavi omnes peccatores terrae : * ideo dilexi testimonia tua. J'ai regardé tous les pécheurs de la terre comme des prévaricateurs ; et pour cela j'ai chéri vos oracles.
Confige timore tuo carne meas : * a judiciis enim tuis timui. Transpercez ma chair de votre crainte ; car vos jugements remplissent mon âme de terreur.
Feci judicium et justitiam : * non tradas me calumniantibus me. J'ai pratiqué l'équité et la justice : ne me livrez pas aux ennemis qui me calomnient.
Suscipe servum tuum in bonum : * non calumnientur me superbi. Recevez votre serviteur et affermissez-Ie dans le bien : que les superbes cessent de m'opprimer.
Oculi mei defecerunt in salutare tuum : * et in eloquium justitiae tuae. Mes yeux s'étaient épuisés à attendre le salut que vous m'avez envoyé, et l'effet des oracles de votre justice.
Fac cum servo tuo secundum misericordiam tuam : * et justificationes tuas doce me. Faites donc maintenant selon votre miséricorde avec votre serviteur, et enseignez-moi vos commandements.
Servus tuus sum ego : * da mihi intellectum, ut sciam testimonia tua. Je suis votre serviteur : donnez-moi l'intelligence, afin que je connaisse vos préceptes.
Tempus faciendi, Domine : * dissipaverunt legem tuam. Il est temps d’agir Seigneur ; ils ont dissipés votre loi.
Ideo dilexi mandata tua : * super aurum et topazion. C'est pour cela que j’ai aimé vos commandements plus que l’or et la topaze.
Propterea ad omnia mandata tua dirigebar : * omnem vivam iniquam odio habui. C'est pour cela que je me suis réglé en tout selon vos commandements, et que j'ai haï toute voie injuste.

L'Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l'Oraison qui complètent l'Office de Sexte, se trouvent ci-après, dans leur lieu et place, aux fêtes solennelles dont nous donnons les Offices.

A NONE

V./ Deus, in adjutorum meum intende. V/. O Dieu ! Venez à mon aide
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum. Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles.
Amen. Alleluia. Amen. Alleluia.
HYMNE

(Composé par saint Ambroise)

Rerum Deus tenax vigor, Immotus in te permanens, Lucis diurnre tempora Successibus determinans. Ô Dieu dont la puissance soutient tous les êtres, toujours immuable en votre essence, vous partagez le temps par les révolutions de la lumiere du jour.
Largire lumen vespere, Quo vita nusquam decidat, Sed praemium mortis sacrae Perennis instet gloria. Versez la lumière sur le soir de nos jours ; que notre vie ne s'éloigne jamais d’elle, et qu'une gloire immortelle soit la récompense d'une mort sainte.
Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito, Regnans per onme saeculum. Exaucez-nous, Père très-miséricordieux, Fils unique égal au Père, et vous, Esprit consolateur, qui régnez dans tous les siècles.
Amen. Amen.
DIVISION DU PSAUME CXVIII.
Mirabilia testimonia tua : * ideo scrutata est ea anima mea. Vos témoignages sont admirables, ô Dieu ! c'est pour cela que mon âme les a recherchés avec ardeur.
Declaratio sermonum tuorum illuminat : * et intellectum dat parvulis. La révélation de vos promesses répand la lumière ; elle donne l'intelligence aux petits.
Os meum aperui, et attraxi spiritum : * quia mandata tua desiderabam. J'ai ouvert la bouche, et j'ai aspiré le souffle ; car j'ai désiré vos commandements.
Aspice in me, et miserere mei : * secundum judicium diligentium nomen tuum. Jetez un regard sur moi ; ayez pitié de moi, selon votre coutume à l’égard de ceux qui aiment votre loi.
Gressus meos dirige secundum eloquium tuum : * et non dominetur mei omnis injustitia. Dirigez mes pas selon votre parole ; que nulle iniquité ne domine en moi.
Redime me a calumniis hominum : * ut custodiam mandata tua. Delivrez-moi de la calonmie des hommes ; afin que je garde vos commandements.
Faciem tuam illumina super servum tuum : * et doce me justificationes tuas. Faites reluire sur votre serviteur l’éclat de votre visage ; enseignez-moi vos justices.
Exitus aquarum deduxerunt oculi mei : * quia non custodierunt legem tuam. Mes yeux ont répandu des ruisseaux de larmes ; parce que les hommes n'ont pas gardé votre loi.
Justus es, Domine : * et rectum judicium tuum. Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont droits.
Mandasti justitiam testimonia tua : * et veritatem tuam nimis. Vos commandements prescrivent la justice ; rien n'en peut altérer la vérIté.
Tabescere me fecit zelus meus : * quia obliti sunt verba tua inimici mei. Mon zèle m'a desséché dans son ardeur ; car mes ennemis ont oublié vos paroles.
Ignitum Eloquium tuum vehementer : * et servus tuus dilexit illud. Votre Verbe, ô Père céleste ! est un feu consumant ; c'est pourquoi votre serviteur l'aime avec ardeur.
Adolescentulus sum ego, et contemptus : ; justificationes tuas non sum oblitus. Je suis jeune et méprisé ; mais je n'ai point oublié vos préceptes.
Justitia tua, justitia in aeternum : * et lex tua veritas. Votre justice est justice à jamais, et votre loi, vérité.
Tribulatio et angustia invenerunt me : * mandata tua meditatio mea est. La tribulation et l'angoisse ont fondu sur moi ; vos oracles ont été tout mon entretien.
Aequitas testimonia tua in aeternum : * intellectum da mihi, et vivam. Vos jugements sont l’équité éternelle : donnez-moi l’intelligence, et je vivrai.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.
   
Clamavi in toto corde meo, exaudi me, Domine : * justificationes tuas requiram. J'ai crié du fond de mon coeur : Seigneur, exaucez-moi et Je rechercherai vos justices.
Clamavi ad te, salvum me fac : * ut custodiam mandata tua. J'ai crié vers vous, sauvez-moi ; et j'accomplirai vos décrets.
Praeveni in maturitate, et cIamavi : * quia in verba tua supersperavi. J'ai devancé l'aurore, et j'ai poussé des cris ; car j'espérais vivement en vos promesses.
Praevenerunt oculi mei ad te diluculo : * ut meditarer eloquia tua. Mes yeux se tournaient vers vous dès le point du jour, pour méditer votre loi.
Vocem meam audi secundum misericordiam tuam, Domine : * et secundum judicium tuum vivifica me. Écoutez ma voix selon votre miséricorde, Seigneur ; vivifiez-moi selon votre justice.
Appropinquaverunt persequentes me iniquitati : * a lege autem tua longe facti sunt. Mes persécuteurs ont embrassé l’iniquité ; ils se sont éloignés de votre loi.
Prope es tu, Domine : * et omnes viae tuae veritas. Vous êtes près de nous, Seigneur, et toutes vos voies sont la vérité.
lnitio cognovi de testimoniis tuis : * quia in aeternum fundasti ea. Dès le commencement j'avais reconnu que vous aviez établi vos témoignages pour durer éternellement.
Vide humilitatem meam, et eripe me : * quia legem tuam non sum oblitus. Voyez mon humiliation, et délivrez-moi ; car je n'ai pas oublié votre loi.
Judica judicium meum, et redime me : * propter eloquium tuum vivifica me. Jugez ma cause et rachetez-moi ; rendez-moi la vie, à cause de votre parole.
Longe a peccatoribus saIus : * quia justificationes tuas non exquisierunt. Le salut est loin des pécheurs ; parce qu'ils n'ont pas recherché vos commandements.
Misericordiae tuae multae, Domine : * secudum judicium tuum vivifica me. Vos miséricordes sont infinies, Seigneur ; rendez-moi la vie selon vos oracles.
Mnlti qui persequuntur me, et tribulant me : * a testimoniis tuis non declinavi. Ils sont nombreux ceux qui me persécutent et m’affligent ; mais je ne me suis point écarté de vos préceptes.
Vidi praevaricantes, et tabescebam : * quia eloquia tua non custodierunt. J’ai vu les prévaricateurs et j’en ai séché de douleur car ils n'ont pas gardé vos ordonnances.
Vide quoniam mandata tua dilexi, Domine : * in misericordia tua vivifica me. Voyez, Seigneur, que j'ai toujours aimé vos commandements ; rendez-moi la vie, dans votre miséricorde.
Principium verborum tuorum veritas : * in aeternum omnia judicia justitiae tuae. Le principe de vos paroles est la vérité : tous les décrets de votre justice demeurent à jamais.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.
   
Principes persecuti sunt me gratis : * et a verbis tuis formidavit cor meum. Les princes m'ont persécuté injustement ; mais mon coeur n'a craint que votre parole.
Laetabor ego super eloquia tua : * sicut qui invenit spolia multa. Je me réjouirai dans vos promesses, comme un homme qui à trouvé de riches dépouilles.
Iniquitatem odio habui, et abominatus sum : * legem autem tuam dilexi. J’ai haï l’iniquité, et je l'ai eue en horreur ; mais j'ai aimé votre loi.
Septies in die laudem dixi tibi : * super judicia justitiae tuae. Sept fois le jour, j'ai chanté vos louanges, sur les jugements de votre justice.
Pax multa diligentibus legem tuam : * et non est illis scandalum. Paix abondante à ceux qui aiment votre loi ; il n'y a pas pour eux de scandale.
Exspectabam salutare tuum Domine : * et mandata tua dilexi. J'attendais votre Salut, ô Seigneur ! et dans cette attente, j'ai aimé vos commandements.
Custodivit anima mea testimonia tua : * et dilexit ea vehementer. Mon âme a gardé vos préceptes ; elle les a aimés d'un amour ardent.
Servavi mandata tua, et testimonia tua : * quia omnes viae meae in conspectu tuo. J’ai observé vos lois et vos ordonnances ; car toutes mes voies sont en votre présence.
Appropinquet deprecatio mea in conspectu tuo, Domine : * juxta eloquium tuum da mihi intellectum. Que ma prière, Seigneur, monte jusqu'à vous ; donnez-moi l'intelligence, selon votre parole.
lntret postulatio mea in conspectu tuo : * secundum eloquium tuum eripe me. Que mes supplications pénètrent jusqu'en votre présence : délivrez-moi, selon vos promesses.
Eructabant labia mea hymnum : * cum docueris me justificationes tuas. Mes lèvres éclateront en cantiques, lorsque vous m'aurez enseigné vos justices.
Pronuntiabit lingua mea eloquium tuum : * quia omnia mandata tua aequitas. Ma langue publiera vos oracles ; car tous vos commandements sont l’équité.
Fiat manus tua, ut salvet me : * quoniam mandata tua elegi. Etendez votre main, et sauvez-moi ; car j'ai choisi vos préceptes pour mon partage.
Concupivi salutare tuum, Domine : * et lex tua meditatio mea est. Seigneur, Père saint ! j’ai désiré avec ardeur votre Salut promis ; et votre loi est tout mon entretien.
Vivet anima mea, et laudabit te : * et judicia tua adjuvabunt me. Maintenant q"'il est venu, mon âme vivra, et vous louera ; et vos justices me protégeront.
Erravi sicut ovis quae periit : * quaere servum tuum quia mandata tua non sum oblitus. J'errais comme une brebis perdue ; divin Pasteur, descendu du ciel, daignez chercher votre serviteur ; car je n'ai point oublié vos commandements.

L'Antienne, le Capitule, le Répons bref, le Verset et l'Oraison qui complètent l'Office de None, se trouvent ci-après, dans leur lieu et place, aux fêtes solennelles dont nous donnons les Offices.

De l'Office des Vêpres

Les Vêpres, ou Office du soir, se composent d'abord de cinq Psaumes accompagnés d'Antiennes. Nous les donnons ci-après, pour le Dimanche, en les faisant précéder, selon notre usage, de quelques lignes dans lesquelles nous nous attachons à relever les expressions de ces divins cantiques qui se rapportent plus directement aux mystères du Temps pascal.

L'Office commence par le cri ordinaire de l'Église :

V/. Deus, in adjutorium meum intende. V/. O Dieu ! venez à mon aide !
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ. Louange à vous, Seigneur, Roi de l'éternelle gloire.

Le premier Psaume est prophétique sur les grandeurs du Messie. Sa génération éternelle, son égalité avec le Père, sa royauté, son sacerdoce, y sont célébrés avec magnificence. Abaissé un moment jusqu'à boire l'eau du torrent, il triomphe maintenant de ses ennemis, en attendant qu'il reparaisse dans sa gloire pour les juger.

PSAUME CIX.
Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis. Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;
Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum. Jusqu'à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum. O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c'est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te. La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in sternum secundum ordinem Melchisedech. Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu - Homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisedech.
Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges. O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum. Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput. Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tête.

Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple ; l'Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses. La Résurrection du Christ était au nombre de ses engagements ; elle devait être le principe de la nôtre ; le Seigneur a daigné dégager sa parole en ces jours.

PSAUME CX.
Confiteror. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione. Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l'assemblée des justes.
Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates cjus. Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi. Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se. Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo. Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium. Il donnera à son Église l'héritage des nations : tout ce qu'il fait est justice et vérité.
Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate. Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
Redemptionem misit populo suo : * mandavit in ærnum testamentum suum. Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.
Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini. Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi. La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

Le troisième Psaume chante la félicité de l'homme juste et ses espérances. La lumière qui s'élance du sein des ténèbres, c'est le Seigneur ressuscité, qui reparaît dans sa miséricorde ; le pécheur qui s'irrite du triomphe du Juste par excellence, c'est le juif que la gloire de la Résurrection est venue confondre tout à coup.

PSAUME CXI.
Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis. Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !
Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur. Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.
Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi. La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus. Une lumière s'est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s'est donné aux hommes.
Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur. Heureux l'homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu'à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.
In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit. La mémoire du juste sera éternelle ; s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos. Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manct in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria. Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.
Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit. Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné s'abaisser jusqu'à elle, pour la relever par le mystère de la Résurrection.

PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini. Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum. Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.
A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini. De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus. Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ? Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.
Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem. Par sa vertu divine, il soulève de terre l'indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui. Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.
Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem. C'est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.   

Le cinquième Psaume rappelle la première Pâque, la sortie d'Egypte, et les merveilles qui l'accompagnèrent et la suivirent ; la mer Rouge, figure du Baptême ; l'eau qui jaillit du rocher dans le désert ; le culte des idoles aboli. La Pâque et la Pentecôte chrétienne accomplissent tous ces symboles ; et par elles, la bénédiction se répand sur quiconque, juif ou gentil, veut craindre ou aimer le Christ. Pour prix de nos péchés, nous étions condamnés à descendre au tombeau ; nous aurions éternellement ignoré les cantiques de joie de la céleste Jérusalem ; la Résurrection du Christ nous fait naître à la vie ; et nous chantons aujourd'hui, à sa louange et à celle de son Père céleste, le joyeux Alléluia.

PSAUME CXIII
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro. Quand Israël sortit d'Egypte, et la maison de Jacob élu milieu d'un peuple barbare ;
Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus. La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum. La mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium. Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum : O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ? Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob. A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum. Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d'eaux vives.
Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam. Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;
Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ? A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit. Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.
Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum. Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.
Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt. Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.
Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt. Elles ont des oreilles, et n'entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo. Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis. Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est. La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est. La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est. Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis. Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron. Il a béni la maison d'Israël : il a béni la maison d'Aaron.
Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus. Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.
Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros. Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Benedicti vos a Domino : * qui fecitcœlum et terram. Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Cœlum cœli Domino : * terram autem dedii filiis hominum. Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum. Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;
Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum. Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd'hui et à jamais.

Après les cinq Psaumes, l'Église place une petite Leçon des saintes Ecritures, connue sous le nom de Capitule, parce qu'elle est toujours très courte. Elle se trouve en son lieu à chaque Dimanche. On chante ensuite l'Hymne.

HYMNE.

(Composée par saint Ambroise, mais retouchée au XVIIe siècle.)

Ad regias Agni dapes,
Stolis amicti candidis,
Post transitum maris Rubri,
Christo canamus Principi.
Après le passage de la mer Rouge, couverts de nos robes blanches et assis au festin royal de l’Agneau, chantons au Christ notre roi.
Divina cujus charitas
Sacrum propinat sanguinem,
Almique membra corporis
Amor sacerdos immolat.
C’est lui dont la charité divine nous verse à boire son propre sang ; c’est son amour qui sacrifie en victime les membres de son corps sacré.
Sparsum cruorem postibus
Vastator horret Angelus  :
Fugitque divisum mare,
Merguntur hostes fluctibus.
L’Ange exterminateur  est saisi de crainte à la vue du sang dont nos portes sont marquées : la mer divisée en deux fuit devant nous  ; nos ennemis sont submergés sous les flots.
Jam Pascha nostrum Christus est,
Paschalis idem victima,
Et pura puris mentibus
Sinceritatis azyma.
Notre Pâque, c’est le Christ  ; il est notre victime pascale  ; il est l’azyme de sincérité pour les cœurs purs.
O vera cœli victima,
Subjecta cui sunt tartara,
Soluta mortis vincula,
Recepta vitæ praemia.
O victime véritable venue du ciel, par qui l’enfer est abbatu, les liens de la mort brisés, les dons de la vie restitués.
Victor subactis inferis,
Trophæa Christus explicat,
Cœloque aperto, subditum
Regem tenebrarum trahit.
Vainqueur de la mort qu’il a terrassée, le Christ déploie son étendard  ; il rouvre le ciel, et traîne en captif le roi des ténèbres.
Ut sis perenne mentibus
Paschale, Jesu, gaudium,
A morte dira criminum
Vitæ renatos libera.
Pour être toujours, ô Jésus, la joie pascale de nos âmes, daignez sauver de la cruelle mort du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie.
Deo Patri sit gloria,
Et Filio qui a mortuis
Surrexit ac Paraclito,
In sempiterna saecula.
A Dieu le Père soit la gloire ! Gloire au Fils ressuscité d’entre les morts ! Et gloire au Paraclet dans les siècles éternels !
Amen. Ainsi soit-il.
V/. Mane nobiscum, Domine, alleluia. V/. Restez avec nous, Seigneur, alleluia :
R/. Quoniam advesperascit, alleluia R/. Car le soir est venu, alleluia.

Après l'Hymne, l'Église chante, tous les jours de l'année, à l'Office des Vêpres, le Cantique dans lequel la sainte Vierge, toute remplie du Dieu qu'elle portait dans son sein, fit éclater, en présence de sainte Élisabeth, les transports de sa joie et de sa reconnaissance. Chantons donc avec elle l'honneur insigne qu'elle a reçu, le triomphe de cette humilité profonde qui l'a rendue digne d'un tel honneur, la défaite des esprits superbes chassés du ciel, l'exaltation e la créature humaine, si faible et si misérable, à la place des anges tombés.

Au milieu des allégresses de la Résurrection, le cœur de Marie tressaille de bonheur ; et par toute la terre, l'Église s'unit à ses transports et la proclame Bienheureuse. Glorifions l'amour qui l'a unie aux douleurs de son fils. Debout au pied de la croix, elle a partagé son agonie ; il est juste qu'aujourd'hui elle ait sa part dans le triomphe.

CANTIQUE DE MARIE.
Magnificat : * anima mea Dominum. Mon âme glorifie le Seigneur,
Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo. Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m'appelleront Bienheureuse.
Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus. Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;
Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum. Et sa miséricorde s'étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui. Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles. Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes. Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae. Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula. Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

Les antiennes de Magnificat et les Oraisons se trouvent à chaque Dimanche.

De l'Office des Complies

Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s'ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d'aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

Le Lecteur s'adresse au Prêtre, et lui dit :

V/. Jube, Domne, benedicere. V/. Mon Père, veuillez me bénir !

Le Prêtre répond :

Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.
R/. Amen.
Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.
R/. Amen.

Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Epître de saint Pierre :

Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis. Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

Le Chœur répond :

R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.

Puis le Prêtre :

V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini. V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

Le Chœur :

R/. Qui fecit cœlum et terram. R/. C'est lui qui a fait le ciel et la terre.

On récite ensuite l'Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d'Absolution, s'écrie :

V/. Converte nos, Deus, Salutaris noster. V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !
R/. Et averte iram tuam a nobis. R/. Et détournez votre colère de dessus nous.
V/. Deus, in adjutorium meum intende. V/. O Dieu ! venez à mon aide.
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.

Le premier Psaume célèbre l'espérance avec laquelle le juste s'endort dans la paix, bien différent du pécheur qui s'agite dans l'inquiétude. Les traits radieux du Sauveur ressuscité répandent la lumière et la joie sur les fidèles, et renouvellent en eux l'espoir de ressusciter eux-mêmes, après le sommeil du tombeau.

PSAUME IV.
Cum invocarem exaudivit me Deus justifiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi. Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; vous m'avez mis au large, quand j'étais dans l'affliction.
Miserere mei : * et exaudi orationem meam. Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quœritis mendacium ? Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?
Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum. Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m'exaucera quand je crierai vers lui.
Irascimini, et nolite peccare : * quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini. Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.
Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ? Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?
Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo. La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c'est vous qui donnez la joie à mon cœur.
A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt. Pour eux, la richesse est dans l'abondance du vin, de l'huile et du froment.
In pace in idipsum : * dormiam et requiescam. Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;
Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me. Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l'espérance.

L'Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu'ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l'Office du soir. Jésus a remis avec confiance son âme entre les mains de son Père ; au troisième jour, son Père la lui a rendue. Confions la nôtre à ce souverain arbitre de nos destinées, et notre espoir ne sera pas détruit.

PSAUME XXX.
In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me. En vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.
Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me. Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.
Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias. Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.
Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me. Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.
Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus. Vous me tirerez du piège qu'on m'a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.
In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis. Je remets mon esprit entre vos mains : c'est vous qui m'avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !

Le troisième Psaume expose d'abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit ; ensuite Dieu parle lui-même et promet à celui qui le sert fidèlement de lui donner la vie éternelle, au sein de laquelle il verra le Sauveur auquel il doit la vie.

PSAUME XC.
Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur. Celui qui habite dans l'asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum. Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j'espérerai en lui.
Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero. Car c'est lui qui m'a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.
Scapulis suis obumbrabit tibi : * et subpennis ejus sperabis. Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l'espérance sous ses ailes.
Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno. Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,
A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano. Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.
Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit. Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n'approchera pas de toi.
Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis. Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l'impie.
Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum. Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.
Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo. Le mal n'approchera pas de toi, et les fléaux s'éloigneront de ta tente ;
Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis. Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.
In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem. Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Quoniam in mesperavit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum. Dieu dira de toi : Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai, parce qu'il a connu mon nom.
Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum. Il criera vers moi, et je l'exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l'en retirerai et le glorifierai.
Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum. Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des Serviteurs de son Nom, dont la noble vocation est de lever les mains le jour et la nuit pour le salut d'Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

PSAUME CXXXIII.
Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini. Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.
Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri. Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,
In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum. Elevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.
Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram. Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ant. Miserere mihi, Domine, et exaudi orationem meam. Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.
HYMNE.
Te lucis ante terminum,
Rerum Creator, poscimus,
Ut pro tua clementia,
Sis praesul et custodia.
Avant que la lumière disparaisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d'être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.
Procul recedant somnia,
Et noctium phantasmata,
Hostemque nostrum comprime,
Ne polluantur corpora.
Que les songes et les fantômes de la nuit s'enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu'il ne profane point nos corps.
Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne saeculum.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles.
Amen. Amen.
CAPITULE.

(Jérémie. XIV.)

Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster. Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !
R/. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas. R/. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.
V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo. V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.
Gloria. In manus tuas. Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.
V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi. V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l'œil.
R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos. R/. Protégez-nous à l'ombre de vos ailes.

Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l'Enfant divin, le proclama la lumière des nations, et s'endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ ; parce que, comme dit l'Apôtre, soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec Celui qui est mort pour nous. (Thess. V, 10.)

CANTIQUE DE SIMÉON.
Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace. C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;
Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum, Parce que mes yeux ont vu le Sauveur
Quod parasti : * ante faciem omnium populorum. Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,
Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël. Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.
Gloria Patri, et Filio, etc. Gloire au Père, et au Fils, etc.
Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace. Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
ORAISONS.
Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Visitez, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
V/. Dominus vobiscum ; V/. Que le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.
V/. Benedicamus Domino. V/. Bénissons le Seigneur.
R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.
Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.
R/. Amen. R/. Amen.
ANTIENNE À LA SAINTE VIERGE.

Une antique tradition se rapporte à cette célèbre et joyeuse Antienne. On raconte que, sous le pontificat de saint Grégoire le Grand, une peste désastreuse vint s'abattre sur la ville de Rome, pendant le Temps pascal. Afin d'en obtenir du ciel la cessation, le saint Pape ordonna une procession générale du clergé et du peuple, dans laquelle on porterait avec respect le tableau de la Sainte Vierge peint par saint Luc. L'immense et pieux cortège se dirigeait vers la basilique du Prince des Apôtres; et a mesure que la sainte image s'avançait suivie du Pontife en prières, l'air se purifiait sur son passage, et les miasmes pestilentiels tombaient. On était arrivé au pont qui unit la ville au quartier du Vatican ; tout à coup un concert d'Anges se fait entendre au-dessus de la sainte image. Ces Esprits bienheureux chantaient : « Reine du ciel, réjouissez-vous, alleluia; car celui que vous avez mérité de porter, alleluia, est ressuscité comme il l'avait dit, alleluia. » Après ces paroles, les voix célestes se turent : alors le Pontife, osant unir les vœux de la terre au chant triomphal des deux, ajouta avec transport cette humble supplication : « Daignez prier Dieu en notre faveur, alleluia ; » et l'Antienne pascale de Marie se trouva ainsi composée. Grégoire, levant ensuite les yeux au ciel, aperçut sur la cime du Môle d'Adrien l'Ange exterminateur, qui, après avoir essuyé son épée ensanglantée, la remettait dans le fourreau. En mémoire de cette apparition, le Môle d'Adrien a conservé depuis le nom de Fort Saint-Ange ; et il est surmonté d'une statue colossale en bronze représentant l'Ange exterminateur qui abaisse son glaive, et le fait rentrer dans le fourreau.

Regina cœli, laetare, alleluia, Reine du ciel, réjouissez-vous, alleluia ;
Quia quem meruisti portare, alleluia, Car celui que vous avez mérité  de porter,   alleluia,
Resurrexit sicut dixit, alleluia. Est ressuscité comme il l'avait dit, alleluia.
Ora pro nobis Deum, alleluia. Daignez prier Dieu en notre faveur, alleluia.
V/. Gaude et laetare, Virgo Maria, alleluia ; V/. Soyez dans . l'allégresse, ô Vierge Marie, alleluia ;
R/. Quia surrexit Dominus vere, alleluia. R/. Car le Seigneur est vraiment ressuscité, alleluia.
ORAISON.
Deus, qui per Resurrectionem Filii tui Domini nostri Jesu Christi mundum laetificare dignatus es: praesta quœsumus, ut per ejus Genitricem Virginem Mariam, perpetuae capiamus gaudia vitae. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. O Dieu, qui avez voulu réjouir le monde par la Résurrection de Jésus-Christ, votre Fils: daignez nous faire arriver aux joies de la vie éternelle, par le secours de sa sainte Mère la Vierge Marie. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
V/. Divinum auxilium maneat semper nobiscum. V/. Que le secours divin demeure toujours avec nous.
R/. Amen. R/. Amen.

Textes du jour

Prière du matin

Textes du jour

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