L'Avent

Historique

On donne, dans l'Église latine, le nom d'Avent (*) au temps destiné par l'Église à préparer les fidèles à la célébration de la fête de Noël, anniversaire de la Naissance de Jésus-Christ. Le mystère de ce grand jour méritait bien sans doute l'honneur d'un prélude de prière et de pénitence : aussi serait-il impossible d'assigner d'une manière certaine l'institution première de ce temps de préparation, qui n'a reçu que plus tard le nom d'Avent. Il paraît toutefois que cette observance aurait commencé d'abord en Occident ; car il est indubitable que l’Avent n'a pu être affecté comme préparation à la fête de Noël, que depuis que cette fête a été définitivement fixée au vingt-cinq décembre : ce qui n'a eu lieu pour l'Orient que vers la fin du IV° siècle, tandis qu'il est certain que l'Église de Rome la célébrait en ce jour longtemps auparavant.

L'Avent doit être considéré sous deux points de vue différents : comme un temps de préparation proprement dite à la Naissance du Sauveur, par les exercices de la pénitence, ou comme un corps d'Offices Ecclésiastiques organisé dans le même but. Nous trouvons, dès le V° siècle, l'usage de faire des exhortations au peuple pour le disposer à la fête de Noël ; il nous reste même sur ce sujet deux sermons de saint Maxime de Turin, sans parler de plusieurs autres attribués autrefois à saint Ambroise et à saint Augustin, et qui paraissent être de saint Césaire d'Arles. Si ces monuments ne nous apprennent point encore la durée et les exercices de cette sainte carrière, nous y voyons du moins l'ancienneté de l'usage qui marque par des prédications particulières le temps de l’Avent. Saint Yves de Chartres, saint Bernard, et plusieurs autres docteurs des XI° et XII° siècles, ont laissé des sermons spéciaux de Adventu Domini, totalement distincts des Homélies Dominicales sur les Evangiles de ce temps. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, de l'an 846, les Evêques représentent à ce prince qu'il ne doit pas les retirer de leurs Églises pendant le Carême, ni pendant l’Avent, sous prétexte des affaires de l'Etat, ou de quelque expédition militaire, parce qu'ils ont des devoirs particuliers à remplir, et principalement celui de la prédication, durant ce saint temps.

Le plus ancien document où l'on trouve le temps et les exercices de l'Avent précisés d'une manière tant soit peu claire, est un passage de saint Grégoire de Tours, au deuxième livre de son Histoire des Francs, dans lequel il rapporte que saint Perpétuus, l'un de ses prédécesseurs, qui siégeait vers l'an 480, avait statué que les fidèles jeûneraient trois fois la semaine, depuis la fête de saint Martin jusqu'à Noël. Par ce règlement, saint Perpétuus établissait-il une observance nouvelle, ou sanctionnait-il simplement une loi établie ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer avec exactitude aujourd'hui. Remarquons du moins cet intervalle de quarante jours ou plutôt de quarante-trois jours, désigné expressément, et consacré par la pénitence comme un second Carême, quoique avec une moindre rigueur.

Nous trouvons ensuite le neuvième canon du premier Concile de Mâcon, tenu en 582, qui ordonne que, durant le même intervalle de la Saint-Martin à Noël, on jeûnera les lundis, mercredis et vendredis, et qu'on célébrera le sacrifice suivant le rite Quadragésimal. Quelques années auparavant, le deuxième Concile de Tours, tenu en 567, avait enjoint aux moines de jeûner depuis le commencement du mois de décembre jusqu'à Noël. Cette pratique de pénitence s'étendit bientôt à la quarantaine tout entière pour les fidèles eux-mêmes ; et on lui donna vulgairement le nom de Carême de saint Martin. Les Capitulaires de Charlemagne, au livre sixième, n'en laissent plus aucun doute ; et Rhaban Maur atteste la même chose au livre second de l'Institution des Clercs. On faisait même des réjouissances particulières à la fête de saint Martin, en la manière qu'on en fait encore aux approches du Carême et à la fête de Pâques.

L'obligation de ce Carême, qui, commençant à poindre d'une manière presque imperceptible, s'était accrue successivement jusqu'à devenir une loi sacrée, se relâcha insensiblement ; et les quarante jours de la Saint-Martin à Noël se trouvèrent réduits à quatre semaines. On a vu que la coutume de ce jeûne avait commencé en France ; mais de là elle s'était répandue en Angleterre, comme nous l'apprenons par l'Histoire du Vénérable Bède ; en Italie, ainsi qu'il conste d'un diplôme d'Astolphe, roi des Lombards, de l'an 753 ; en Allemagne, en Espagne, etc., comme on en peut voir les preuves dans le grand ouvrage de Dom Martène sur les anciens Rites de l’Église. Le premier indice que nous rencontrons delà réduction de l’Avent à quatre semaines se trouve être, dès le IX° siècle, la lettre du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares. Le témoignage de Rathier de Vérone et d'Abbon de Fleury, tous deux auteurs du même siècle, sert aussi à prouver que dès lors il était grandement question de diminuer d'un tiers la durée du jeûne de l'Avent. Il est vrai que saint Pierre Damien, au XI° siècle, suppose encore que le jeûne de l'Avent était de quarante jours, et que saint Louis, deux siècles après, l'observait encore en cette mesure ; mais peut-être ce saint roi le pratiquait-il ainsi par un mouvement de dévotion particulière.

La discipline des Églises de l'Occident, après s'être relâchée sur la durée du jeûne de l'Avent, se radoucit bientôt au point de transformer ce jeûne en une simple abstinence ; et encore trouve-t-on des Conciles dès le XII° siècle, tels que ceux de Selingstadt, en 1122, et d'Avranches, en 1172, qui semblent n'astreindre que les clercs à cette abstinence. Le Concile de Salisbury, en 1281, paraît même n'y obliger que les moines. D'un autre côté, telle est la confusion sur cette matière, sans doute parce que les diverses Églises d'Occident n'en ont pas fait l'objet d'une discipline uniforme, que, dans sa lettre à l'Evêque de Brague, Innocent III atteste que l'usage de jeûner pendant tout l'Avent se conservait à Rome de son temps, et que Durand, au même XIII° siècle, dans son Rational des divins Offices, témoigne pareillement que le jeûne était continuel en France durant tout le cours de cette sainte carrière.

Quoi qu'il en soit, cet usage tomba de plus en plus en désuétude, en sorte que tout ce que put faire, en 1302, le pape Urbain V pour en arrêter la chute complète, ce fut d'obliger tous les clercs de sa cour à garder l'abstinence de l'Avent, sans aucune mention du jeûne, et sans comprendre aucunement les autres clercs, et moins encore les laïques, sous cette loi. Saint Charles Borromée chercha aussi à ressusciter l'esprit, sinon la pratique des temps anciens, chez les peuples du Milanais. Dans son quatrième Concile, il enjoignit aux curés d'exhorter les fidèles à communier au moins tous les dimanches du Carême et de l’Avent, et adressa ensuite à ses diocésains eux-mêmes une lettre pastorale, dans laquelle, après leur avoir rappelé les dispositions avec lesquelles on doit célébrer ce saint temps, il faisait instance pour les engager à jeûner au moins les lundis, les mercredis et les vendredis de chaque semaine de l'Avent. Enfin Benoît XIV encore Archevêque de Bologne, marchant sur de si glorieuses traces, a consacré sa onzième Institution Ecclésiastique à réveiller dans l'esprit des fidèles de son diocèse la haute idée que les chrétiens avaient autrefois du saint temps de l'Avent, et à combattre un préjugé répandu dans cette contrée, savoir que l'Avent ne regardait que les personnes religieuses, et non les simples fidèles. Il montre que cette assertion, à moins qu'on ne l'entende simplement du jeûne et de l'abstinence, est à proprement parler téméraire et scandaleuse, puisqu'on ne saurait douter qu'il existe, dans les lois et les usages de l'Église universelle, tout un ensemble de pratiques destinées à mettre les fidèles dans un état de préparation à la grande fête de la Naissance de Jésus-Christ.

L'Église grecque observe encore le jeûne de l’Avent, mais avec beaucoup moins de sévérité que celui du Carême. Il se compose de quarante jours, à partir du 14 novembre, jour où cette Église célèbre la fête de l'Apôtre saint Philippe. Pendant tout ce temps, on garde l'abstinence de la viande, du beurre, du lait et des œufs ; mais on y use de poisson, d'huile et de vin, toutes choses interdites durant le Carême. Le jeûne proprement dit n'est d'obligation que pour sept jours sur les quarante ; et tout l'ensemble s'appelle vulgairement le Carême de saint Philippe. Les Grecs justifient ces adoucissements, en disant que le Carême de Noël n'est que de l'institution des moines, tandis que celui de Pâques est d'institution apostolique.

Mais si les pratiques extérieures de pénitence qui consacraient autrefois le temps de l'Avent, chez les Occidentaux, se sont peu à peu mitigées, en sorte qu'il n'en reste plus maintenant aucun vestige hors des monastères, l'ensemble de la Liturgie de l'Avent n'a pas changé ; et c'est dans le zèle à s'en approprier l'esprit que les fidèles feront preuve d'une véritable préparation à la fête de Noël.

La forme liturgique de l'Avent, telle qu'elle se garde aujourd'hui dans l'Église Romaine, a souffert quelques variations. Saint Grégoire paraît avoir le premier dressé cet Office qui aurait d'abord embrassé cinq dimanches, ainsi qu'on est à même de le voir par les plus anciens Sacramentaires de ce grand Pape. On peut même dire à ce sujet, d'après Amalaire de Metz et Bernon de Richenaw, qui sont suivis en cela par Dom Martène et Benoît XIV, que saint Grégoire semblerait être l'auteur du précepte ecclésiastique de l'Avent, bien que l'usage de consacrer un temps plus ou moins long à se préparer à la fête de Noël soit d'ailleurs immémorial, et que l'abstinence et le jeûne de ce saint temps aient d'abord commencé en France. Saint Grégoire aurait déterminé, pour les Églises du rite romain, la forme de l'Office durant cette espèce de Carême, et sanctionné le jeûne qui l'accompagnait, laissant toutefois quelque latitude aux diverses Églises dans la manière de le pratiquer.

Le Sacramentaire de saint Gélase ne porte aucune Messe, ni Office de préparation à Noël ; les premières que l'on rencontre sont au Sacramentaire grégorien, et, ainsi que nous venons de le dire, les Messes y sont au nombre de cinq. Il est remarquable qu'alors on comptait ces dimanches à rebours, appelant premier dimanche celui qui était le plus voisin de Noël, et ainsi des autres. Dès les IX° et X° siècles, ainsi qu'on le voit par Amalaire, saint Nicolas Ier, Bernon de Richenaw, Rathier de Vérone, etc., les dimanches étaient déjà réduits à quatre ; c'est aussi le nombre que porte le Sacramentaire grégorien donné par Pamélius, et qui semble avoir été transcrit à cette époque. Depuis lors, dans l'Église Romaine, la durée de l'Avent n'a pas varié, et il a toujours consisté en quatre semaines, dont la quatrième est celle même dans laquelle tombe la fête de Noël, à moins que cette fête n'arrive le dimanche. On peut donc assigner déjà à l'usage actuel une durée de mille ans, du moins dans l'Église Romaine ; car il y a des preuves que jusqu'au XIII° siècle certaines Églises de France ont gardé l'usage des cinq dimanches.

L'Église ambrosienne, aujourd'hui encore, compte six semaines dans sa liturgie de l'Avent ; le Missel gothique ou mozarabe garde la même coutume. Pour l'Église gallicane, les fragments que Dom Mabillon nous a conservés de sa liturgie ne nous apprennent rien à ce sujet ; mais il est naturel de penser avec ce savant homme, dont l'autorité est encore fortifiée par celle de Dom Martène, que l'Église des Gaules suivait en ce point, comme dans un grand nombre d'autres, les usages de l'Église gothique, c'est-à-dire que la liturgie de son Avent se composait également de six dimanches et de six semaines.

Quant aux Grecs, leurs Rubriques pour le temps de l'Avent se lisent dans les Menées, après l'Office du 14 novembre. Ils n'ont point d'Office propre de l'Avent, et ne célèbrent point pendant ce temps la Messe des Présanctifiés, comme ils le font en Carême. On trouve seulement, dans le corps même des Offices des Saints qui remplissent l'intervalle du 15 novembre au dimanche le plus proche de Noël, plusieurs allusions à la Nativité du Sauveur, à la maternité de Marie, à la grotte de Bethléhem, etc. Le dimanche qui précède Noël, ils font ce qu'ils appellent la Fête des saints Aïeux, c'est-à-dire la Commémoration des Saints de l'Ancien Testament, pour célébrer l'attente du Messie. Les 20, 21, 22 et 23 décembre sont décorés du titre d'Avant-Fête de la Nativité ; et quoique, en ces jours, on célèbre encore l'Office de plusieurs Saints, le mystère de la prochaine Naissance du Sauveur domine toute la Liturgie.

Ou mot latin Adventus, qui signifie Avènement.

Mystique

Si maintenant, après avoir détaillé les caractères qui distinguent le temps de l'Avent de tout autre temps, nous voulons pénétrer dans les profondeurs du mystère qui occupe l'Église à cette époque, nous trouvons que ce mystère de l’Avènement de Jésus-Christ est à la fois simple et triple. Il est simple, car c'est le même Fils de Dieu qui vient ; triple, car il vient en trois temps et en trois manières.

« Dans le premier Avènement, dit saint Bernard au Sermon cinquième sur l'Avent, il vient en chair et infirmité ; dans le second, il vient en esprit et en puissance ; dans le troisième, il vient en gloire et en majesté ; et le second Avènement est le moyen par lequel on passe du premier au troisième. »

Tel est le mystère de l'Avent. Ecoutons maintenant l'explication que Pierre de Blois va nous donner de cette triple visite du Christ, dans son sermon troisième de Adventu : « Il y a trois Avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l'âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l'Evangile : Au milieu de la nuit un cri s'est fait entendre : Voici l'Epoux ! Et ce premier Avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu'il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous l'aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second Avènement est donc pour nous une chose mêlée d'incertitude ; car quel autre que l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d'eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant, ils ne savent pas d'où il vient ni où il va. Quand au troisième Avènement, il est très certain qu'il aura lieu ; très incertain quand il aura lieu : puisqu'il n'est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c'est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l'enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier Avènement lut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d'amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier Avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier Avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second (*). »

Les choses étant telles, la sainte Église, pendant l'Avent, attend avec larmes et impatience la venue du Christ Rédempteur en son premier Avènement. Elle emprunte pour cela les expressions enflammées des Prophètes, auxquelles elle ajoute ses propres supplications. Dans la bouche de l'Église, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l'ancien peuple : ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l'éternité, les prières de l'ancien peuple et celles de l'Église chrétienne unies ensemble ont été présentes à l'oreille de Dieu ; et c'est après les avoir toutes entendues et exaucées, qu'il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur.

L'Église aspire aussi vers le second Avènement, suite du premier, et qui consiste, comme nous venons de le voir, en la visite que l'Epoux fait à l'Epouse. Chaque année cet Avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une nouvelle naissance du Fils de Dieu délivre la société des Fidèles de ce joug de servitude que l'ennemi voudrait faire peser sur elle (*), L'Église, durant l'Avent, demande donc d'être visitée par celui qui est son chef et son Epoux, visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, dont les uns sont vivants et les autres sont morts, mais peuvent revivre ; enfin dans ceux qui ne sont point de sa communion, et dans les infidèles eux-mêmes, afin qu'ils se convertissent à la vraie lumière qui luit aussi pour eux. Les expressions de la Liturgie que l'Église emploie pour solliciter cet amoureux et invisible Avènement, sont les mêmes que celles par lesquelles elle sollicite la venue du Rédempteur dans la chair ; car, sauf la proportion, la situation est la même. En vain le Fils de Dieu serait venu, il y a dix-huit siècles, visiter et sauver le genre humain, s'il ne revenait, pour chacun de nous et à chaque moment de notre existence, apporter et fomenter cette vie surnaturelle dont le principe n'est que de lui et de son divin Esprit. Mais cette visite annuelle de l'Epoux ne satisfait pas l'Église ; elle aspire après le troisième Avènement qui consommera toutes choses, en ouvrant les portes de l'éternité. Elle a recueilli cette dernière parole de l'Epoux : Voilà que je viens tout à l’heure (*) ; et elle dit avec ardeur : Venez, Seigneur Jésus (*) ! Elle a hâte d'être délivrée des conditions du temps ; elle soupire après le complément du nombre des élus, pourvoir paraître sur les nuées du ciel le signe de son libérateur et de son Epoux. C'est donc jusque-là que s'étend la signification des vœux qu'elle a déposés dans la Liturgie de l'A vent ; telle est l'explication de la parole du disciple bien-aimé dans sa prophétie : Voici les noces de l’Agneau, et l'Epouse s'est préparée (*).

Mais ce jour de l'arrivée de l'Epoux sera en même temps un jour terrible. La sainte Église souvent frémit à la seule pensée des formidables assises devant lesquelles comparaîtront tous les hommes. Elle appelle ce jour « un jour de colère, duquel David et la Sibylle ont dit qu'il doit réduire le monde en cendres ; un jour de larmes et d'épouvante. » Ce n'est pas cependant qu'elle craigne pour elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur son front la couronne d'Epouse ; mais son cœur de Mère s'inquiète en songeant qu'alors plusieurs de ses enfants seront à la gauche du Juge, et que, privés de toute part avec les élus, ils seront jetés pieds et mains liés dans ces ténèbres où il n'y aura que des pleurs et des grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la Liturgie de l'Avent, l'Église s'arrête si souvent à montrer l'Avènement du Christ comme un Avènement terrible, et choisit dans les Ecritures les passages les plus propres à réveiller une terreur salutaire dans l'âme de ceux de ses enfants qui dormiraient d'un sommeil de péché.

Tel est donc le triple mystère de l'Avent. Or, les formes liturgiques dont il est revêtu, sont de deux sortes : les unes consistent dans les prières, lectures et autres formules, où la parole elle-même est employée à rendre les sentiments que nous venons d'exposer ; les autres sont des rites extérieurs propres à ce saint temps, et destinés à compléter ce qu'expriment les chants et les paroles.

Remarquons d'abord le nombre des jours de l'Avent. La quarantaine est la première forme qu'ait adoptée l'Église pour cette période ; et cette forme est restée dans le rite ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus tard, l'Église Romaine et celles qui la suivent Font abandonnée, le quaternaire n'en est pas moins exprimé dans les quatre semaines qui ont été substituées aux quarante jours. La nouvelle Naissance du Rédempteur a lieu après quatre semaines, comme la première Naissance eut lieu après quatre mille années, selon la supputation de l'Hébreu et de la Vulgate.

Au temps de l'Avent comme en celui du Carême, les Noces sont suspendues, afin que les joies humaines ne viennent pas distraire les chrétiens des pensées graves que doit leur inspirer l'attente du souverain Juge, ni les amis de l'Epoux (*) de l'espérance qu'ils nourrissent chèrement d'être bientôt conviés aux Noces de l'éternité.

Les yeux du peuple sont avertis de la tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte Église par la couleur de deuil dont elle se couvre. Hors les fêtes des Saints, elle ne revêt plus que le violet ; le Diacre dépose la Dalmatique, et le Sous-Diacre la Tunique. Autrefois même, on usait de la couleur noire en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, etc. Ce deuil de l'Église marque avec quelle vérité elle s'unit aux vrais Israélites qui attendaient le Messie sous la cendre et le cilice, et pleuraient la gloire de Sion éclipsée, et « le sceptre ôté de Juda, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui est l'attente des nations (*) ». Il signifie encore les œuvres de la pénitence, par lesquelles elle se prépare au second Avènement plein de douceur et de mystère, qui a lieu dans les cœurs, en proportion de ce qu'ils se montrent touchés de la tendresse que leur témoigne cet Hôte divin qui a dit : Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes (*). Il exprime enfin la désolation de cette veuve attendant l'Epoux qui tarde à paraître. Elle gémit sur la montagne, comme la tourterelle, jusqu'à ce que la voix se fasse entendre qui dira : « Viens du Liban, mon Epouse ; viens pour être couronnée, car tu as blessé mon cœur (*) ».

Pendant l'Avent, l'Église suspend aussi, excepté aux Fêtes des Saints, l'usage du Cantique Angélique : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonœ voluntatis. En effet, ce chant merveilleux ne s'est fait entendre qu'en Bethléhem sur la crèche de l'Enfant divin ; la langue des Anges n'est donc pas déliée encore ; la Vierge n'a pas déposé son divin fardeau ; il n'est pas temps de chanter, il n'est pas encore vrai de dire : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté !

De même, à la fin du Sacrifice, la voix du Diacre ne fait plus entendre ces paroles solennelles qui congédient l'assemblée des fidèles : Ite, Missa est ! les remplace par cette exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! comme si l'Église craignait d'interrompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolongées en ces jours d'attente.

A l'Office de la Nuit, la sainte Église retranche aussi, dans les mêmes jours, l'hymne de jubilation, Te Deum laudamus. C'est dans l'humilité qu'elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l'heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lever tout à coup, elle retrouvera sa voix d'action de grâces ; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d'enthousiasme : « Nous vous louons, ô Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! O Christ ! Roi de gloire, Fils éternel du Père ! pour la délivrance de l'homme, vous n'avez point eu horreur du sein d'une faible Vierge ».

Dans les jours de Férié, avant de conclure chaque heure de l'Office, les Rubriques de l'Avent prescrivent des prières particulières qui doivent se faire à genoux ; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie considérable de la Messe. Sous ce rapport, les usages de l'Avent sont totalement identiques à ceux du Carême.

Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c'est que le chant de l'allégresse, le joyeux Alleluia, n'est pas suspendu durant l'Avent, si ce n'est aux jours de Férie. A la Messe des quatre dimanches, on continue de le chanter ; et il forme contraste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l'orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l'Église, dit assez que, tout en s'unissant à l'ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l'humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n'oublie cependant pas que l'Emmanuel est déjà venu pour elle, qu'il est en elle, et qu'avant même qu'elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l'union éternelle. Voilà pourquoi l’Alleluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.

De Adventu, Sermo III.
Collecte du jour de Noël.
Apoc. XXII, 20.
Apoc. XXII, 20.
Apoc. XIX. 7.
Johan. III, 29.
Gen. XLIX, 10.
Prov. VIII, 31.
Cant. V, 8.

Pratique

Si la sainte Église, notre mère, passe le temps de l’Avent dans cette solennelle préparation au triple avènement de Jésus-Christ ; si à l’exemple des vierges sages, elle tient sa lampe allumée pour l'arrivée de l'Epoux, nous qui sommes ses membres et ses enfants, nous devons participer aux sentiments qui l'animent, et prendre pour nous cet avertissement du Sauveur : « Que vos reins soient ceints d'une ceinture comme ceux des voyageurs ; que des flambeaux allumés brillent dans vos mains ; et soyez semblables à des serviteurs qui attendent leur maître (*) ». En effet, les destinées de l'Église sont les nôtres ; chacune de nos âmes est, de la part de Dieu, l'objet d'une miséricorde, d'une prévenance, semblables à celles dont il use à l'égard de l'Église elle-même. Elle n'est le temple de Dieu, que parce qu'elle est composée de pierres vivantes ; elle n'est l'Epouse, que parce qu'elle est formée de toutes les âmes qui sont conviées à l'éternelle union. S'il est écrit que le Sauveur s'est acquis l’Église par son sang (*), chacun de nous peut dire en parlant de soi-même, comme saint Paul : Le Christ m'a aimé et s'est livré pour moi (*). Les destinées étant donc les mêmes, nous devons nous efforcer, durant l'Avent, d'entrer dans les sentiments de préparation dont nous venons de voir que l'Église elle-même est remplie.

Et d'abord, c'est pour nous un devoir de nous joindre aux Saints de l'ancienne Loi pour demander le Messie, et d'accomplir ainsi cette dette du genre humain tout entier envers la divine miséricorde. Afin de nous animer à remplir ce devoir, transportons-nous, par la pensée, dans le cours de ces quatre mille ans, représentés par les quatre semaines de l'Avent, et songeons à ces ténèbres, à ces crimes de tout genre au milieu desquels l'ancien monde s'agitait. Que notre cœur sente vivement la reconnaissance qu'il doit à celui qui a sauvé sa créature de la mort, et qui est descendu pour voir de plus près et partager toutes nos misères, hors le péché. Qu'il crie, avec l'accent de la détresse et de la confiance, vers Celui qui voulut sauver l'œuvre de ses mains, mais qui veut aussi que l'homme demande et implore son salut. Que nos désirs et notre espérance s'épanchent donc dans ces ardentes supplications des anciens Prophètes, que l'Église nous met à la bouche en ces jours d'attente ; prêtons nos cœurs, dans toute leur étendue, aux sentiments qu'ils expriment.

Ce premier devoir étant rempli, nous songerons à l'Avènement que le Sauveur veut faire en notre coeur : Avènement, comme nous avons vu, plein de douceur et de mystère, et qui est la suite du premier, puisque le bon Pasteur ne vient pas seulement visiter le troupeau en général, mais qu'il étend sa sollicitude à chacune des brebis, même à la centième qui s'était perdue. Or, pour bien saisir tout cet ineffable mystère, il faut se rappeler que, comme nous ne pouvons être agréables à notre Père céleste qu'autant qu'il voit en nous Jésus-Christ, son Fils, ce Sauveur plein de bonté daigne venir en chacun de nous, et, si nous y voulons consentir, nous transformer en lui, en sorte que nous ne vivions plus de notre vie, mais de la sienne. Et tel est le but du Christianisme tout entier, de diviniser l'homme par Jésus-Christ : telle est la tâche sublime imposée à l'Église. Elle dit aux Fidèles avec saint Paul : « Vous êtes mes petits enfants ; car je vous donne une « seconde naissance, afin que Jésus-Christ soit formé en vous (*). »

Mais, de même que, dans son apparition en ce monde, le divin Sauveur s'est d'abord montré sous la forme d'un faible enfant, avant de parvenir à la plénitude de l'âge parfait qui était nécessaire pour que rien ne manquât à son sacrifice, il tend à prendre en nous les mêmes développements. Or, c'est à la fête de Noël qu'il aime à naître dans les âmes, et qu'il répand par toute son Église une grâce de Naissance, à laquelle, il est vrai, tous ne sont pas fidèles.

Car voici la situation des âmes à l'approche de cette ineffable solennité. Les unes, et c'est le petit nombre, vivent avec plénitude de la vie du Seigneur Jésus qui est en elles, et aspirent à chaque heure après l'accroissement de cette vie. Les autres, en plus grand nombre, sont vivantes, il est vrai, par la présence du Christ ; mais elles sont malades et languissantes, faute de désirer le progrès de cette vie divine ; car leur charité s'est refroidie (*). Le reste des hommes ne jouit point de cette vie, et ils sont dans la mort ; car le Christ a dit : Je suis la vie (*).

Or, dans les jours de l'Avent, le Sauveur s'en va frappant à la porte de toutes ces âmes, tantôt d'une manière sensible, tantôt d'une manière cachée. Il vient leur demander si elles ont place pour lui, afin qu'il naisse en elles. Mais, quoique la maison qu'il réclame soit à lui, puisqu'il l'a bâtie et la conserve, il s'est plaint que les siens ne l'ont pas voulu recevoir (*) ; au moins le grand nombre d'entre eux. « Quant à ceux qui l'ont reçu, il leur a donné de devenir fils de Dieu, et non plus enfants de la chair et du sang (*). »

Préparez-vous donc à le voir naître en vous plus beau, plus radieux, plus fort encore que vous ne l'avez connu, ô vous, âmes fidèles qui le gardez en vous comme un dépôt chéri, et qui, dès longtemps, n'avez point d'autre vie que sa vie, d'autre cœur que son cœur, d'autres œuvres que ses œuvres. Sachez démêler, dans les paroles de la sainte Liturgie, ces mots cachés qui vont à votre amour, et qui charmeront le cœur de l'Epoux.

Dilatez vos portes pour le recevoir dans sa nouvelle entrée, vous qui déjà l'aviez en vous, mais sans le connaître ; qui le possédiez, mais sans le goûter. Il revient avec une nouvelle tendresse ; il a oublié vos dédains ; il veut renouveler toutes choses (*). Faites place à l'Enfant divin ; car il voudra croître en vous. Le moment approche : que votre cœur donc se réveille ; et dans la crainte que le sommeil ne vous ait surpris quand il passera, veillez et chantez. Les paroles de la liturgie sont aussi pour vous ; car elles parlent de ténèbres que Dieu seul peut dissiper, de plaies que sa bonté seule peut guérir, de langueurs qui ne cesseront que par sa vertu.

Et vous, Chrétiens, pour qui la bonne nouvelle est comme si elle n'était pas, parce que vos cœurs sont morts par le péché ; soit que cette mort vous retienne dans ses liens depuis longues années, soit que la blessure qui l'a causée ait été plus récemment portée à votre âme : voici venir celui qui est la vie. « Pourquoi donc voudriez-vous mourir ? Il ne veut pas la mort du pécheur, mais bien qu'ils se convertisse et qu'il vive (*). » La grande Fête de sa Naissance sera un jour de miséricorde universelle pour tous ceux qui voudront bien lui donner entrée. Ceux-là recommenceront à vivre avec lui ; toute autre vie antérieure sera abolie, et la grâce surabondera, là même où avait abondé l'iniquité (*).

Que si la tendresse, la douceur de cet Avènement mystérieux ne vous séduisent pas, parce que votre cœur appesanti ne saurait encore comprendre la confiance, parce que, ayant longtemps avalé l'iniquité comme l'eau, vous ne savez ce que c'est que d'aspirer par l'amour aux caresses d'un père dont vous aviez méprisé les invitations ; songez à l'Avènement plein de terreur, qui suivra celui qui s'accomplit silencieusement dans les âmes. Entendez les craquements de l'univers à l'approche du Juge redoutable ; voyez les cieux s'enfuir devant lui, et se rouler comme un livre à sa vue (*) ; soutenez, si vous pouvez, son aspect, ses regards étincelants ; regardez sans frémir le glaive à deux tranchants qui s'élance de sa bouche (*) ; écoutez enfin ces cris lamentables : Montagnes, tombez sur nous ; rochers, couvrez-nous, dérobez-nous sa vue effrayante (*) ! Ces cris sont ceux que feront entendre, en vain, les âmes infortunées qui n'ont pas su connaître le temps de la visite (*). Pour avoir fermé leur cœur à cet Homme-Dieu qui pleura sur elles, tant il les aimait ! elles descendront vivantes dans ces ardeurs éternelles, dont la flamme est si vive qu'elle dévore le germe de la terre et les fondements les plus cachés des montagnes (*). C'est là que l'on sent le ver éternel d'un regret qui ne meurt jamais (*).

Que ceux-là donc que n'attendrit pas la douce nouvelle de l'approche du céleste Médecin, du généreux Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, méditent pendant l'Avent sur l'affreux et pourtant incontestable mystère de la Rédemption rendue inutile par le refus que l'homme fait trop souvent de s'associer à son propre salut. Qu'ils sondent leurs forces, et s'ils dédaignent l’Enfant qui va naître (*), qu'ils voient s'ils seront en mesure de lutter avec le Dieu fort, au jour où il viendra non plus sauver, mais juger. Pour le connaître de plus près, ce Juge devant qui tout doit trembler, qu'ils interrogent la sainte Liturgie : là, ils apprendront à le craindre.

Au reste, cette crainte n'est pas seulement le propre des pécheurs, elle est un sentiment que tout chrétien doit éprouver. La crainte, si elle est seule, fait l'esclave ; si elle balance l'amour, elle convient au fils coupable, qui cherche le pardon de son père qu'il a irrité ; même quand c'est l'amour qui la chasse dehors (*), elle revient parfois comme un éclair rapide ; et jusqu'en ses fondements le cœur fidèle en est heureusement ébranlé. Il sent alors se réveiller le souvenir de sa misère et de la gratuite miséricorde de l'Epoux. Nul ne doit donc se dispenser, dans le saint temps de l'Avent, de s'associer aux pieuses terreurs de l'Église qui, tout aimée qu'elle est, dit chaque jour, dans l'Office de Sexte : Percez ma chair, Seigneur, de l'aiguillon de votre crainte ! Mais cette partie de la Liturgie sera utile surtout à ceux qui commencent à se donner au service de Dieu.

De tout ceci, on doit conclure que l'Avent est un temps principalement consacré aux exercices de la Vie Purgative ; ce qui est signifié par cette parole de saint Jean-Baptiste, que l'Église nous répète si souvent dans ce saint temps : Préparez la voie du Seigneur ! Que chacun donc travaille sérieusement à aplanir le sentier par lequel Jésus-Christ entrera dans son âme. Que les justes, suivant la doctrine de l'Apôtre, oublient ce qu'ils ont fait dans le passe (*), et travaillent sur de nouveaux frais. Que les pécheurs se hâtent de rompre les liens qui les retiennent, de briser les habitudes qui les captivent ; qu'ils affaiblissent la chair, et commencent le dur travail de la soumettre à l'esprit ; qu'ils prient surtout avec l'Église ; et quand le Seigneur viendra, ils pourront espérer qu'il ne franchira pas le seuil de leur porte, mais qu'il entrera ; car il a dit, en parlant de tous : « Voici que je suis à la porte et que je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui (*) ».

LUC. XIII, 35.
Act. XX, 28.
Gal, II. 20.
Gal. IV, 19.
Apoc. II, 4.
JOHAN. XIV, 6.
JOHAN. I, 11.
JOHAN. . 12-13
Apoc. XXI, 5.
EZECH. XVIII, 31.
Rom. V, 29.
Apoc. VI, 14.
Apoc. I, 16.
LUC. XXIII, 3o.
LUC. XXIII, 19, 44.
Deut. XXXVII, 22.
MARC, IX, 43.
ISAI. IX, 6.
JOHAN. IV, 18.
Phil. III, 13.
Apoc, III, 20.

De l'assistance à la sainte Messe

Dans toutes les saisons de l'Année Chrétienne, mais surtout au saint temps de l'Avent, il n'est point d'œuvre plus agréable à Dieu, plus méritoire et plus propre à nourrir la véritable piété, que l'assistance au saint Sacrifice de là Messe. Les fidèles doivent donc faire tous leurs efforts pour se procurer ce précieux avantage aux jours mêmes où la sainte Eglise ne leur en fait pas une obligation.

En assistant au divin Sacrifice dont l'oblation a été l'objet de l'attente du genre humain durant quarante siècles, ils devront éprouver une vive reconnaissance, s'ils réfléchissent que Dieu les a fait naître en ce monde depuis ce grand et miséricordieux événement, et n'a pas marqué leur place parmi ces générations qui se sont éteintes avant même d'en avoir pu saluer l'aurore. Ils ne s'en joindront pas moins avec instance à la sainte Eglise, pour demander, au nom de toute la création, la venue du Rédempteur, acquittant ainsi avec plénitude la grande dette imposée à tous les hommes, tant à ceux qui ont vécu avant l'accomplissement du mystère de l'Incarnation, qu'à ceux qui ont le bonheur de le voir accompli.

Ils sentiront aussi que le grand Sacrifice qui perpétue sur la terre, jusqu'à la consommation des siècles, l'oblation réelle, quoique non sanglante, du Corps et du Sang de Jésus-Christ, a pour but spécial de préparer, et même d'opérer, dans les cœurs des fidèles, l'Avènement mystérieux du Dieu qui n'est venu délivrer nos âmes que pour en prendre possession.

Enfin, ils aimeront à profiter de la présence et de la conversation du Fils de Dieu, dans ce mystère caché où il sauve le monde, afin qu'au jour où il viendra le juger dans sa majesté terrible, il les reconnaisse comme ses amis et les sauve encore, à cette heure où il n'y aura plus de miséricorde, mais seulement la justice.

Nous allons essayer de réduire à la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d'initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d'Actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les actions et les sentiments de l'Eglise et du Prêtre.

La première chose qui doit occuper les fidèles lorsqu'ils assistent à la sainte Messe dans l'Avent, est de savoir si cette Messe va être célébrée suivant le rite de l'Avent, ou si elle est en l'honneur de la Sainte Vierge, ou de quelque Saint, ou enfin pour les défunts. Pour cela, il leur suffira de considérer la couleur des ornements du Prêtre. Ils seront violets, si la Messe est de l'Avent ; d'une autre couleur, blanche ou rouge, si elle est de la Sainte Vierge ou d'un Saint ; enfin noire, si elle est pour les défunts. Si le Prêtre est revêtu de violet, les fidèles s'efforceront d'entrer dans l'esprit de pénitence que l'Eglise veut exprimer par cette couleur. Ils le feront également dans le cas où le Prêtre serait revêtu d'une autre couleur ; car, quelle que soit la solennité qu'on célèbre en Avent, le célébrant est toujours obligé de faire mémoire de l'Avent en trois endroits, et en usant des mêmes paroles de supplication et de componction qu'il aurait à prononcer dans une Messe propre de l'Avent. Il n'y a d'exception que pour les Messes des défunts.

Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l'Aspersion de l'Eau bénite, et, en beaucoup d'églises, la Procession, devront d'abord intéresser la piété.

Pendant l'Aspersion, on demandera la pureté de cœur nécessaire pour prendre part au double Avènement de Jésus-Christ ; et en recevant sur soi-même cette eau sainte, dont l'aspersion nous prépare à assister dignement au grand Sacrifice dans lequel est épanché, non plus une eau figurative, mais le Sang même de l'Agneau, on pensera au Baptême d'eau par lequel saint Jean-Baptiste préparait les Juifs à cet autre Baptême qui devait être l'effet de la puissance et de la miséricorde du Médiateur.

ANTIENNE DE L’ASPERSION.
Asperges me, Domine, hyssopo, et mundabor : lava bis me, et super nivem dealbabor. Vous m'arroserez, Seigneur, avec l'hysope, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.
Ps. Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Gloria Patri. Asperges me. Ps. O Dieu, ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Nous m'arroserez.
V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ; V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
R/. Et Salutare tuum da nobis. R/. Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.
V/. Domine, exaudi orationem meam ; V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et clamor meus ad te veniat. R/. Et que mon cri monte jusqu'à vous.
V/. Dominus vobiscum ; V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.
ORAISON.
Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens, reterne Deus : et mittere digneris sanction Angelum tuum de cœlis, qui custodiat. foveat, protegat, visitet, atque defendat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen. Exaucez-nous, Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

La Procession qui précède la Messe nous rappellera l'obligation où nous sommes de nous tenir debout, ayant des flambeaux allumes dans nos mains, et prêts à marcher au-devant de celui qui doit venir (*). L'Eglise est sans cesse en marche vers son Epoux, et nos âmes doivent aussi courir au-devant de leur souverain bien, jusqu'à ce qu'elles l'aient rencontré.

Enfin, le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l'autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l'Eglise est unie au Prêtre qui n'a qu'un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix.

L'ORDINAIRE DE LA MESSE.
In nomine Patris, et Filii. et Spiritus Sancti. Amen. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
V/. Introibo ad altare Dei, Je m'unis, ô mon Dieu, a votre sainte Eglise qui vient chercher la consolation en Jésus-Christ votre Fils, l'autel véritable.
R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me. Comme elle, je vous supplie de me défendre contre la malice des ennemis de mon salut.
Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me repulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ? C'est en vous que j'ai mis mon espérance ; et cependant je me sens triste et inquiet, à cause des embûches qui me sont tendues.
Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua. Envoyez donc bientôt celui qui est la Lumière et la Vérité : c'est lui qui nous ouvrira l’accès à votre sainte montagne, à votre céleste tabernacle.
Et introibo ad al tare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam. Il est le médiateur, l'Autel vivant ; je m'approcherai de lui, et je serai dans la joie.
Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus : quare tristis es, anima mea : et quare conturbas me ? Quand il sera venu, je chanterai avec allégresse. O mon âme ! ne t'attriste plus, ne sois plus troublée.
Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus. Espère en son Avènement ; bientôt il va paraître celui qui est ton Sauveur et ton Dieu.
Gloria Patri, et Filio. et Spiritui Sancto. Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen. Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
V/. Introibo ad altare Dei, Je vais donc m'approcher de l'autel de Dieu, et sentir la présence de Celui qui me console.
R/. Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
V/. Adjutorium nostrum in nomine Domini, Cette confiance est en moi, non à cause de mes mérites, mais par le secours tout-puissant de mon Créateur.
R/. Qui fecit cœlum et terram.

L'annonce de la venue du Seigneur excite dans l'âme du Prêtre un vif sentiment de componction. Il ne veut pas aller plus loin sans confesser publiquement qu'il est pécheur et indigne de cette grâce. Ecoutez avec respect cette confession de l'homme de Dieu, et demandez sincèrement au Seigneur qu'il daigne lui faire miséricorde ; car le Prêtre est votre père ; il est responsable de votre salut, pour lequel il expose le sien tous les jours.

Faites ensuite votre confession, avec le ministre, disant à votre tour avec contrition :

Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Maria ; semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptista ; sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater, quia peccavi nimis, cogitatione, verbo et opere : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, Pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum. Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les Saints, et a vous, mon Père, que j'ai beaucoup péché en pensées, en paroles et en œuvres, par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute. C'est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les Saints, et vous, mon Père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Recevez avec reconnaissance le souhait paternel du Prêtre qui vous dit :

V/. Misereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis peccatis vestris, perducat vos ad vitam aeternam. V/. Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, qu’il vous remette vos péchés, et vous conduise à la vie éternelle.
R/. Amen. R/. Amen.
V/. Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum, tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l'indulgence, l'absolution et la rémission de nos péchés.
R/. Amen. R/. Amen.

Relevez maintenant la tête, et appelez le secours divin pour vous approcher de Jésus-Christ.

V/. Deus, tu conversus vivificabis nos ; V/. O Dieu, d'un seul regard vous nous donnerez la vie ;
R/. Et plebs tua laetabitur in te. R/. Et votre peuple se réjouira en vous.
V/. Ostende nobis, Domine, misericordiam tuam ; V/. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ;
R/. Et Salutare tuum da nobis. R/. Et donnez-nous le Sauveur que vous nous préparez.
V/. Domine, exaudi orationem meam ; V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et clamor meus ad te veniat. R/. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.

Le Prêtre vous salue, en vous quittant, pour monter à l'autel.

V/. Dominus vobiscum ; V/. Le Seigneur soit avec vous ;

Répondez-lui avec révérence :

R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.

Il monte les degrés et arrive au Saint des Saints, Demandez pour lui et pour vous la délivrance des péchés.

OREMUS. PRIONS.
Aufer a nobis, quaesumus Domine, iniquitates nostras ; ut ad Sancta Sanctorum puris mereamur mentibus introire. Per Christum Dominum nostrum. Amen. Faites disparaître de nos cœurs, ô mon Dieu ! toutes les taches qui les rendent indignes de votre visite ; nous vous le demandons par votre divin Fils, notre Seigneur.

Quand le Prêtre baise l'autel par respect pour les os des Martyrs qu'il couvre, on dira :

Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tuorum quorum reliquiae hic sunt, et omnium Sanctorum, ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen. Généreux soldats de Jésus-Christ, qui avez mêlé votre sang au sien, faites instance pour que nos péchés soient remis, afin que nous puissions, comme vous, approcher de Dieu.

Si la Messe est solennelle, le Prêtre encense l'autel avec pompe. Cette fumée qui s'exhale de toutes les parties de l'autel signifie la prière de l'Eglise qui s'adresse à Jésus-Christ, et que ce divin Médiateur fait ensuite monter, avec la sienne propre, vers le trône de la majesté de son Père.

Le Prêtre dit ensuite l'Introït. Dans les messes de l'Avent, c'est un cri vers le Messie qui, partant de l'autel même, a d'autant plus de force sur le cœur de Dieu

Il est suivi de neuf cris plus expressifs encore, car ils demandent miséricorde. En les proférant, l'Eglise s'unit aux neuf chœurs des Anges réunis autour de l'Autel du ciel, qui est le même que celui de la terre.

Au Père qui doit envoyer son Fils :

Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié !
Seigneur, ayez pitié !
Seigneur, ayez pitié !

Au Fils qui doit venir :

Christe, eleison.
Christe, eleison.
Christe, eleison.
Christ, ayez pitié !
Christ, ayez pitié !
Christ, ayez pitié !

Au Saint-Esprit dont l'opération accomplira le mystère :

Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.
Seigneur, ayez pitié !
Seigneur, ayez pitié !
Seigneur, ayez pitié !

Si l'on célèbree une fête ce jour-là, le Prêtre dit l'Hymne Angélique dont l'Église est en possession depuis la naissance du Sauveur ; si la Messe est de l'Avent, l'Église s'interdit ce Cantique de joie, qu'elle ne reprendra qu'en la nuit de la nouvelle Naissance de son Époux.

L'HYMNE ANGÉLIQUE.
Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.
Laudamus te : benedicimus te : adoramus te : glorificamus te : gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam. Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous glorifions ; nous vous rendons grâces, à cause de votre grande gloire.
Domine Deus, Rex coelestis, Deus Pater omnipotens. Seigneur Dieu, Roi céleste. Dieu Père tout-puissant !
Domine, Fili unigenite, Jesu Christe. Seigneur Jésus-Christ, Fils unique !
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris. Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père !
Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram. Vous qui ôtez les péchés du monde, recevez notre humble prière.
Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis. Vous qui êtes assis à la droite du Père, ayez pitié de nous.
Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen. Car vous êtes le seul Saint, vous êtes le seul Seigneur, vous êtes le seul Très-Haut, ô Jésus-Christ ! avec le Saint-Esprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

Le Prêtre salue encore le peuple, comme pour s'assurer de sa persévérance dans l'attention religieuse que réclame l'Action sublime qui se prépare. Les paroles de ce salut ont une beauté particulière au temps de l'Avent : Le Seigneur soit avec vous ! Isaïe l'avait prédit et l'Ange du Seigneur le confirme à saint Joseph : Il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous.

Vient ensuite la Collecte ou Oraison, dans laquelle l'Eglise expose à Dieu, d'une manière expresse, ses intentions particulières dans la Messe qui se célèbre. On pourra s'unir à cette prière en récitant avec le Prêtre les Oraisons qui se trouvent ci-après, au Propre du Temps, ou au Propre des Saints, et surtout en répondant Amen avec le ministre qui sert la Messe.

On lira ensuite l'Epître, qui est, pour l'ordinaire, un fragment des Lettres des Apôtres, ou quelquefois un passage des livres de l'Ancien Testament. En faisant cette lecture, en recevant avec respect et soumission la parole des Envoyés de Dieu, on soupirera après Celui qui est la parole éternelle et qui s'apprête à naître parmi les hommes pour converser avec eux.

Le Graduel est un intermède entre la lecture de l'Epître et celle de l'Evangile. Il remet sous nos yeux les sentiments qui ont déjà été exprimés dans l'Introït. On doit le lire avec dévotion, pour s'en bien pénétrer et développer en soi, de plus en plus, l'esprit de préparation, à mesure que le sauveur approche.

L’Alleluia est comme un éclair de joie qui traverse l’âme de la sainte Église et la fait tressaillir en songeant que l’Époux qu’elle attend est toujours avec elle ; mais bientôt elle reprend son attitude de suppliante ; car elle sent qu’elle a besoin qu’il vienne encore.

En attendant qu’il paraisse en personne le voici qui s’apprête à venir par sa parole qui est esprit et vie. L’Évangile va être proclamé dans l’assemblée ; les pauvres vont être évangélisés. Si c’est une Messe solennelle que l’on célèbre, le Diacre se dispose à remplir son noble ministère, qui consiste à annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Il prie Dieu de purifier son cœur et ses lèvres puis il demande à genoux la bénédiction du Prêtre, et l’ayant obtenue il se rend bientôt au lieu d où il doit chanter l’Évangile.

Pour préparation à le bien entendre, on peut dire en union avec le Prêtre et avec le Diacre :

Munda cor meum, ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiae Prophetae calculo mundasti ignito : ita me tua grata miseratione dignare mundare, ut sanctum Evangelium tuum digne valeam nuntiare. Per Christum Dominum nostrum. Amen. Seigneur, purifiez mes oreilles trop longtemps remplies des vaines paroles du siècle, afin que j'entende la Parole de la vie éternelle, et que je la conserve dans mon cœur ; par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Amen.
Dominus sit in corde meo, et in labiis meis : ut digne et competenter annuntiem Evangelium suum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. Donnez à vos ministres la grâce d'être les fidèles interprètes de votre loi, afin que, pasteurs et troupeau, nous nous réunissions tous en vous à jamais.

On se tiendra debout, comme dans l'attente, pendant la lecture de l'Evangile ; on fera sur soi le signe de la Croix, et on suivra toutes les paroles du Prêtre ou du Diacre. Que le cœur donc soit prêt, et qu'il se montre docile. L'Epouse du Cantique dit : Mon âme s'est fondue en moi comme la cire, pendant que le Bien-Aimé me parlait. Mais tous n'ont pas cet amour. Disons-lui du moins, avec l'humble soumission de Samuel : Parlez, Seigneur ; votre serviteur écoute.

Après l'Évangile, si le Prêtre récite le Symbole de la Foi, on le dira avec lui. La Foi est le don suprême de Dieu. C'est par elle que nous sommes dans l'attente du Rédempteur que nous ne voyons pas encore ; c'est elle qui nous vaudra les grâces de son ineffable visite. La Foi est la marque des vrais Israélites qui cherchent le Messie et qui le trouveront. Disons donc avec l'Église Catholique :

LE SYMBOLE DE NICÉE.
Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilium omnium et invisibilium. Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant. qui a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles.
Et in unum Dominum Iesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines et propter nostram salutem, descendit de cœlis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : ET HOMO FACTUS EST. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato, passus et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qui est né du Père avant tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n'a pas été fait, mais engendré : consubstantiel au Père : par qui toutes choses ont été faites. Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour notre salut ; qui a pris chair de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit ; ET QUI S'EST FAIT HOMME. Qui a été aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qui a souffert, qui a été mis dans le sépulcre ; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures. Et qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts ; et dont le règne n'aura point de fin.
Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum, et vitam venturi sæculi Amen. Et au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a parlé par les Prophètes. Je crois l'Eglise qui est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse qu'il y a un Baptême pour la rémission des péchés, et j'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

Le cœur du Prêtre et celui du peuple doivent maintenant être prêts : il est temps de préparer l'offrande elle-même. Nous entrons dans cette seconde partie de la sainte Messe qui est appelée Oblation, et qui fait suite à celle qu'on désigne sous le nom de Messe des Catéchumènes, parce qu'elle était autrefois la seule à laquelle les aspirants au Baptême eussent le droit de prendre part.

Voici donc que le pain et le vin vont être offerts à Dieu, comme les plus nobles éléments de la création matérielle, puisqu'ils sont destinés à la nourriture de l'homme ; mais ce n'est là qu'une figure grossière de leur destination dans le Sacrifice chrétien. Leur substance va bientôt s'évanouir ; il n'en demeurera plus que les apparences. Heureuses créatures qui cèdent la place au Créateur ! Nous aussi, nous sommes appelés à éprouver une ineffable transformation, lorsque, comme dit l'Apôtre, ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie (*). En attendant, offrons-nous à Dieu, au moment opendant que le pain et le vin lui vont être présentés ; préparons-nous pour l'arrivée de celui qui, en prenant notre nature humaine, nous a rendus participants de la nature divine  (*).

Le Prêtre salue encore le peuple, pour l'avertir d'être de plus en plus attentif. Lisons avec lui l'Offertoire, et, quand il présente à Dieu l'Hostie, joignons-nous à lui et disons :

Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam hostiam, quam ego indignus famulus tuus offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis, et pro omnibus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus christianis vivis atque defunctis : Ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aeternam. Amen. Tout ce que nous avons, Seigneur, vient de vous et est à vous : il est donc juste que nous vous le rendions. Mais combien vous êtes admirable dans les inventions de votre puissante charité ! Ce pain que nous vous offrons va bientôt céder la place à votre sacré Corps ; recevez, dans une même oblation, nos cœurs qui voudraient vivre de vous, et non plus d'eux-mêmes.

Quand le Prêtre met dans le calice le vin, auquel il mêle ensuite un peu d'eau, afin de représenter l'union de la nature divine à la faible nature humaine de Jésus-Christ, pensez au divin mystère de l'Incarnation qui doit sous peu de jours être manifesté, et dites :

Deus, qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidisti, et mirabilius reformasti, da nobis per humus aquae et vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps, Jesus Christus, Filius tuus, Dominus noster ; qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Seigneur, qui êtes la véritable Vigne, et dont le sang, comme un vin généreux, s'est épanché sous le pressoir de la Croix, vous daignez unir votre nature divine à notre faible humanité, figurée ici par cette goutte d'eau ; venez nous faire participants de votre divinité, en vous manifestant en nous par votre douce et puissante visite.

Le Prêtre offre ensuite le mélange de vin et d'eau, priant Dieu d'avoir pour agréable cette oblation, dont la figure va bientôt se transformer en réalité ; pendant ce temps, dites en union avec lui :

Offerimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae Majestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen. Agréez ces dons, souverain Créateur de toutes choses : qu'ils soient ainsi préparés pour la divine transformation qui, de cette simple offrande de créatures, va faire l'instrument du salut du monde.

Puis le Prêtre s'incline, après avoir élevé les dons ; humilions-nous avec lui et disons :

In spiritu humilitatis, et in animo contrito suscipiamur a te, Domine : et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus. Si nous avons la hardiesse d'approcher de votre autel, Seigneur, ce n'est pas que nous puissions oublier ce que nous sommes. Faites-nous miséricorde, et ne diférez pas trop d'envoyer votre Fils, qui est notre Hostie salutaire.

Invoquons ensuite l'Esprit-Saint, dont l'opération va bientôt produire sur l'autel la présence du Fils de Dieu, comme elle la produisit au sein de la Vierge Marie, dans le divin mystère de l'Incarnation.

Veni, Sanctificator omnipotens, aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini praeparatum. Venez, Esprit divin, féconder cette offrande qui est sur l'autel, et produire en nos cœurs celui que nos cœurs attendent.

Si c'est une Messe solennelle, le Prêtre, avant de passer outre, prend pour la seconde fois l'encensoir. Il encense le pain et le vin qui viennent d'être offerts, et ensuite l'autel lui-même ; afin que la prière des fidèles, signifiée par la fumée de ce parfum, devienne de plus en plus ardente, à mesure que le moment solennel approche davantage. Saint Jean nous dit que l'encens qui brûle sur l'Autel du ciel est formé par les prières des Saints ; au temps de l'Avent, nous devons considérer, sous l'emblème de ce nuage odorant qui environne l'Autel de la terre, les soupirs des Patriarches et des Prophètes vers le Messie et nous y joindre de toute l'ardeur de nos désirs.

Mais la pensée de son indignité se ranime plus forte au cœur du Prêtre. La confession publique qu'il a faite au pied de l'autel ne suffit plus à sa componction. A l'autel même, il donne, en présence du peuple, un témoignage solennel du pressant besoin qu'il éprouve de se purifier à l'approche de Dieu : il lave ses mains. Or, les mains signifient les œuvres ; et le Prêtre, s'il porte en lui-même, comme Prêtre, le caractère de Jésus-Christ, est un homme par les œuvres. Que les fidèles s'humilient en contemplant ainsi l'humilité de leur Père, et disent comme lui :

DU PSAUME XXV.
Lavabo inter innocentes manus meas : et circumdabo altare tuum, Domine. Je veux laver mes mains, Seigneur, et me rendre semblable à ceux qui sont dans l'innocence, pour être digne d'approcher de votre autel,
Ut audiam vocem laudis : et enarrem universa mirabilia tua. D'entendre vos sacrés Cantiques, et de raconter vos merveilles.
Domine, dilexi deco rem domus tua : : et locum habitationis gloriae tuae. J'aime la beauté de votre Maison, le lieu dont vous allez faire l'habitation de votre gloire.
Ne perdas cum impiis, Deus, animam meatn : et cum viris sanguinum vitam meam. Ne me laissez pas retourner, ô Dieu ! dans la compagnie de vos ennemis et des miens.
In quorum manibus iniquitates sunt : dextera eorum repleta est muneribus. Depuis que votre miséricorde m'en a retiré, je suis revenu à l'innocence, en rentrant en grâce avec vous ;
Ego autem in innocentia mea ingressus sum : redime me, et miserere mei. Mais ayez encore pitié de mes faiblesses, rachetez-moi encore,
Pes meus stetit in directo : in ecclesiis benedicam te, Domine. Vous qui avez, par votre bonté, remis mes pas dans le sentier : ce dont je vous rends grâces au milieu de cette assemblée.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in sæcula sæculorum. Amen. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Le Prêtre, rassuré par l'acte d'humilité qu'il vient d'accomplir, reparaît au milieu de l'autel et s'incline respectueusement. Il demande à Dieu de recevoir avec bonté le Sacrifice qui va lui être offert, et détaille les intentions de ce Sacrifice. Offrons avec lui.

Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam Passionis, Resurrectionis, et Ascensionis Jesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Johannis Baptistae, et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium Sanctorum : ut illis proficiat ad honorem, nobis autem ad salutem : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. Trinité sainte, agréez ce Sacrifice ainsi préparé, qui va renouveler la mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, notre Seigneur. Souffrez que votre Eglise y joigne l'intention d'honorer la glorieuse Vierge qui bientôt nous donnera le divin fruit de ses entrailles, les saints Apôtres Pierre et Paul, les Martyrs dont les ossements attendent la résurrection sous cet autel, et les Saints dont aujourd'hui nous honorons la mémoire. Augmentez la gloire dont ils jouissent, et qu'ils daignent eux-mêmes intercéder pour notre salut.

Le Prêtre se retourne une dernière fois vers le peuple. Il sent le besoin de raviver encore l'ardeur des fidèles. Mais la pensée de son indignité ne l'abandonne pas. Il veut s'appuyer sur les prières de ses frères, avant d'entrer dans la nuée avec le Seigneur. Il dit donc :

Orate, Fratres : ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem. Priez, mes Frères, afin que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit acceptable auprès de Dieu le Père tout-puissant.

Cela dit, il se retourne ; et les fidèles ne verront plus sa face, jusqu'à ce que le Seigneur lui-même soit descendu. Rassurez-le, en lui répondant par ce souhait :

Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam Nominis sui, ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae. Que le Seigneur reçoive ce Sacrifice de vos mains, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Eglise.

Le Prêtre récite les Oraisons secrètes, dans lesquelles il offre les vœux de toute l'Eglise pour l'acceptation du Sacrifice ; et bientôt il s'apprête à remplir l'un des plus grands devoirs de la Religion, l’Action de grâces. Jusqu'ici, il a adoré, il a demandé miséricorde ; il lui reste encore à rendre grâces pour les bienfaits octroyés par la munificence du Père, et dont le principal est le Messie. Dans l'attente de la nouvelle visite du fils de Dieu, le Prêtre, au nom de l'Eglise, va ouvrir la bouche et épancher la reconnaissance du monde entier pour exciter l'enthousiasme des fidèles qui priaient en silence avec lui, il termine son Oraison à haute voix :

Per omnia sæcula sæculorum. Dans tous les siècles des siècles.

Réunissez-vous à lui, et répondez : Amen !

Il vous salue en disant :

Dominus vobiscum. Le Seigneur soit avec vous.

Répondez-lui :

Et cum spiritu tuo. Et avec votre esprit.

Puis il dit :

Sursum corda ! Les cœ urs en haut !

Répondez avec vérité :

Habemus ad Dominum. Nous les avons vers le Seigneur.

Puis il ajoute :

Gratias agamus Domino Deo nostro. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.

Protestez du fond de votre âme :

Dignum et justum est. C'est une chose digne et juste.

Alors, le Prêtre :

PREFACE.
ere dignum et justum est, sequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens, œterne Deus; per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli,adorant Dominationes, tremnnt Polestates. Cœli, cœlorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exultatione concelebrant. Cum quibus et nostras voces, ut admitti jubeas depreeamur, supplici confessione dicentes : Oui, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par JésusChrist, Notre-Seigneur. Pair qui les Anges louent votre Majesté , les Dominations l'adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession :

Unissez-vous au Prêtre, qui lui-même s'unit aux Esprits bienheureux, pour rendre grâce du Don inestimable, et dites aussi :

Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus sabaoth ! Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées !
Pleni sunt cœli et terra gloria tua. Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.
Hosanna in excelsis ! Hosannah au plus haut des cieux !
Benedictus qui venit in Nomine Domini. Béni soit celui qui va venir au Nom du Seigneur qui l'envoie.
Hosanna in excelsis ! Hosannah soit à lui au plus haut des cieux !

Le Canon s'ouvre après ces paroles, prière mystérieuse, au milieu de laquelle le ciel s'abaisse, et Dieu descend. On n'entendra plus retentir la voix du Prêtre ; le silence se fait, même à l'autel. Ce fut aussi, dit le livre de la Sagesse, « au milieu du silence, et au sein des ombres d'une nuit mystérieuse, que le Verbe tout-puissant s'élança de sa royale demeure ». Qu'un silence semblable apaise nos distractions, contienne toutes nos puissances ; suivons d'un œil respectueux les mouvements du Prêtre.

LE CANON DE LA MESSE.

Dans ce colloque mystérieux avec le grand Dieu du ciel et de la terre, la première prière du sacrificateur est pour l'Eglise catholique, sa Mère et la nôtre.

Te igitur, clementissime Pater, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas,et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata ; in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum, una cum famulo tuo Papa nostro N., et Antistite nostro N., et omnibus orthodoxis, atque catholicae et apostolica ; fidei cultoribus. O Dieu ! qui vous manifestez au milieu de nous par le moyen des Mystères dont vous avez fait dépositaire notre Mère la sainte Eglise, nous vous supplions, au nom de ce divin Sacrifice, de détruire tous les obstacles qui s'opposent à son pèlerinage en ce monde. Donnez-lui la paix et l'unité ; conduisez vous-même notre Saint-Père le Pape, votre vicaire sur la terre : dirigez notre Evêque qui est pour nous le lien sacré de l'unité ; sauvez le prince qui nous gouverne, afin que nous menions une vie tranquille ; conservez tous les orthodoxes enfants de l'Eglise Catholique-Apostolique-Romaine.

Priez maintenant, avec le Prêtre, pour les personnes qui vous intéressent davantage :

Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N., et omnium circumstantium, quorum tibi fides cognita est, et nota devotio : pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero. Permettez-moi, ô mon Dieu, de vous demander de répandre vos bénédictions spéciales sur vos serviteurs et vos servantes, pour lesquels vous savez que j'ai une obligation particulière de prier… Appliquez-leur les fruits de ce divin Sacrifice, qui vous est offert au nom de tous. Visitez-les par votre grâce ; pardonnez leurs péchés ; accordez-leur les biens de la vie présente et ceux de la vie éternelle.

Faisons mémoire des Saints, qui sont la partie déjà glorieuse du Corps de Jésus-Christ.

Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ, semper Virginis Mariæ, Genitricis Dei et Domini nostri Jesu Christi : sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum Pétri et Pauli, Andreæ, Jacobi, Johannis,Thomæ, Jacobi, Philippi, Bartholomæi, Matthæi, Simonis et Thaddæi, Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmae et Damiani, et omnium Sanctorum tuorum : quorum meritis precibusque concedas, ut in omnibus protectionis tua ; muniamur auxilio. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. Mais non seulement, ô mon Dieu, l'offrande de ce Sacrifice nous unit à nos frères qui sont encore dans cette vie voyagère de l'épreuve : mais aussi il resserre nos liens avec ceux qui déjà sont établis dans la gloire. Nous l'offrons donc pour honorer la mémoire de la glorieuse et toujours Vierge Marie, qui bientôt nous conviera aux joies de son divin enfantement ; des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, des Vierges, en un mot de tous les Justes, afin qu'ils nous aident par leur puissant secours à devenir dignes de soutenir votre Avènement, et de vous contempler à jamais comme eux, dans le séjour de votre gloire.

Le Prêtre, qui jusque-là priait les mains étendues, les unit et les impose sur le pain et le vin. Il imite ainsi le geste du Pontife de l'ancienne loi sur la victime figurative, pour désigner ces dons d'une manière spéciale à l'œil de la Majesté divine, comme l'offrande matérielle qui atteste notre dépendance, et qui va bientôt faire place à l'Hostie vivante sur laquelle ont été placées toutes nos iniquités.

Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae, quaesumus Domine, ut placatus accipias ; diesque nostros in tua pace disponas, atque ab alterna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Quam oblationem tu Deus in omnibus, quaesumus, benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris ; ut nobis Corpus et Sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.
Daignez recevoir, ô Dieu ! cette offrande que toute votre famille vous présente, comme l'hommage de son heureuse servitude. En échange, donnez-nous la paix, sauvez-nous de votre colère, mettez-nous au nombre de vos élus ; par Jésus-Christ notre Seigneur qui va venir.
Car il est temps que ce pain devienne son Corps sacré qui est notre nourriture, et que ce vin se transforme en son Sang qui est notre breuvage ; ne tardez donc plus à nous envoyer ce divin Fils notre Sauveur.

Ici le Prêtre cesse d'agir en homme ; il n'est plus simplement le député de l'Eglise. Sa parole devient celle de Jésus-Christ ; elle en a la puissance et l'efficacité. Prosternez-vous, car l'Emmanuel, le Dieu avec nous, descend du ciel.

Qui pridie quam pateretur, accepit panem in sanctas ac venerabiles manus suas ; et elevatis oculis in cœlum, ad te Deum Pat rem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite, et manducate ex hoc omnes : HOC EST ENIM CORPUS MEUM. Que ferai-je en ce moment, ô Dieu du ciel et de la terre ! Sauveur ! Messie tant désiré ! si ce n'est de vous adorer en silence comme mon souverain Maître, de vous offrir mon cœur, comme à son Roi plein de douceur ? Venez donc, Seigneur Jésus ! Venez !

L'Agneau divin est maintenant au milieu de nous. Gloire et amour soient à lui ! Mais il ne vient que pour être immolé ; c'est pourquoi le Prêtre, ministre des volontés du Très-Haut, prononce tout aussitôt sur le calice ces paroles sacrées qui opèrent la mort mystique par la séparation du Corps et du Sang de la victime. La substance du pain et du vin s'est évanouie, les espèces seules sont restées comme un voile sur le Corps et le Sang du Rédempteur, afin que la terreur ne nous éloigne pas d'un mystère qui ne s'accomplit que pour rassurer nos cœurs. Unissons-nous aux Anges qui contemplent en tremblant cette divine merveille.

Simili modo postquam coenatum est, accipiens et hunc praeclarum Calicem in sanctas ac venerabiles manus suas : item tibi gratias agens, benedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes. HIC EST ENIM CALIX SANGUINIS MEI, NOVI ET AETERNI TESTAMENTI : MYSTERIUM FIDEI : QUI PRO VOBIS ET PRO MULTIS EFFUNDETUR IN REMISSIONEM PECCATORUM. Haec quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis. Sang divin, prix de mon salut, je vous adore. Lavez mes iniquités, et rendez-moi plus blanc que la neige. Agneau sans cesse immolé, et cependant toujours vivant, vous venez effacer les péchés du monde ; venez aussi régner en moi par votre force et par votre douceur.

Le Prêtre est maintenant face à face avec Dieu ; il éiève de nouveau ses bras, et représente au Père céleste que l'Oblation qui est devant lui n'est plus une offrande matérielle, mais le Corps et le Sang, la personne tout entière de son divin Fils.

Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta, ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae Passionis, nec non et ab inferis Resurrectionis, sed et in cœlos gloriosae Ascensionis : offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis ac La voici donc, ô Père saint ! l'Hostie si longtemps attendue. Voici ce Fils éternel qui a souffert, qui est ressuscité glorieux, qui est monté triomphant au ciel. Il est votre Fils ; mais il est aussi notre Hostie, Hostie pure et sans tache, notre Pain et notre Breuvage d'immortalité.
datis Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam : Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae. Vous avez agréé autrefois le sacrifice des tendres agneaux que vous offrait Abel ; le sacrifice qu'Abraham vous fit de son fils Isaac, immolé sans perdre la vie ;
Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris, et accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium Patriarchae nostri Abrahae, et quod tibi obtulit summus Sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam. Enfin le sacrifice mystérieux du pain et du vin que vous présenta Melchisédech. Recevez ici l'Agneau par excellence, la victime toujours vivante, le Corps de votre Fils qui est le Pain de vie, son Sang qui est à la fois un breuvage pour nous et une libation à votre gloire.

Le Prêtre s'incline vers l'autel, et le baise comme le trône d'amour sur lequel réside le Sauveur des hommes.

Supplices te rogamus, omnipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti Angeli tui in sublime Altare tuum, in conspectu divinæ Majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui Corpus et Sanguinem sumpserimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. Mais, ô Dieu tout-puissant, ces dons sacrés ne reposent pas seulement sur cet autel terrestre ; ils sont aussi sur l'Autel sublime du ciel, devant le trône de votre divine Majesté ; et ces deux autels ne sont qu'un même autel, sur lequel s'accomplit le grand mystère de votre gloire et de notre salut : daignez nous rendre participants du Corps et du Sang de l'auguste Victime, de laquelle émanent toute grâce et toute bénédiction.

Mais le moment est favorable aussi pour implorer un soulagement à l'Eglise souffrante. Demandons que le Libérateur, qui est descendu, daigne visiter les sombres demeures du Purgatoire par un rayon de sa lumière consolatrice ; et que, découlant de cet autel, le sang de l'Agneau, comme une miséricordieuse rosée, rafraîchisse ces âmes haletantes. Prions particulièrement pour celles qui nous sont chères.

Memento etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum N. et N. qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas, deprecamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. N'excluez personne de votre visite, ô Jésus ! Votre aspect réjouit la Cité sainte avec ses élus ; nos yeux encore mortels vous contemplent, quoique sous un voile ; ne vous cachez plus à ceux de nos frères qui sont dans le lieu des expiations. Soyez-leur un rafraîchissement dans leurs flammes, une lumière dans leurs ténèbres, une paix dans leurs douloureux transports.

Ce devoir de charité étant rempli, prions pour nous-mêmes pécheurs, qui profitons si peu de la visite que le Sauveur daigne nous faire, et frappons notre poitrine avec le Prêtre :

Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostoliset Martyribus ; cum Iohanne, Stephano, Mathia, Barnaba, Ignatio, Alexandro, Marcellino, Petro, Felicitate, Perpetua, Agatha, Lucia, Agnete, Concilia, Anastasia et omnibus Sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non estimator meriti, sed veniae, quaesumus, targitor admitte : per Christum Dominum nostrum. Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis : per ipsum, et cum ipso, et in ipso, est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria. Nous sommes pécheurs, ô Père saint ! et cependant nous attendons de votre infinie miséricorde une part dans votre royaume, par le mérite de ce Sacrifice que nous vous offrons, et non à cause de nos œuvres, qui ne sont dignes que de votre colère. Mais souvenez-vous de vos saints Apôtres, de vos saints Martyrs, de vos saintes Vierges, de tous les Bienheureux, et donnez-nous, par leur intercession, la grâce et la gloire éternelle que nous vous demandons au nom de Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils. C'est par lui que vous répandez sur nous vos bienfaits de vie et de sanctification ; par lui encore, avec lui et en lui, dans l'unité du Saint-Esprit, soit à vous honneur et gloire à jamais.

En disant ces dernières paroles, le Prêtre a pris l'Hostie sainte qui reposait sur l'autel ; il l'a placée au-dessus de la coupe, réunissant ainsi le Corps et le Sang de la divine victime, afin de montrer qu'elle est maintenant immortelle ; puis, élevant à la fois le Calice et l'Hostie, il a présenté à Dieu le plus noble et le plus complet hommage que puisse recevoir la Majesté infinie.

Cet acte sublime et mystérieux met fin au Canon ; le silence des Mystères est suspendu. Le Prêtre a terminé ses longues supplications ; il sollicite pour ses prières l'acquiescement du peuple fidèle, en prononçant à haute voix les dernières paroles :

Per omnia sæcula sæculorum. Dans tous les siècles des siècles.

Répondez avec foi et dans un sentiment d'union avec la sainte Eglise :

Amen. Amen ! je crois le mystère qui s'est opéré, je m'unis à l'offrande qui a été faite et aux demandes de l'Eglise.

Il est temps de répéter la prière que le Sauveur lui-même nous a apprise. Qu'elle s'élève jusqu'au ciel avec le Sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Pourrait-elle n'être pas agréée, en ce moment où celui-là même qui nous l'a donnée est entre nos mains, pendant que nous la proférons ? Cette prière étant le bien commun de tous les enfants de Dieu, le Prêtre la récite à haute voix, afin que tous puissent s'y unir. Prions, dit-il.

Oremus. Praeceptis salutaribus moniti, et divina institutione formati, audemus dicere : Instruits par un précepte salutaire, et suivant fidèlement la forme de l’instruction divine qui nous a été donnée, nous osons dire :
L'ORAISON DOMINICALE.
Pater noster, qui es in cœlis : Sanctificetur Nomen tuum : Adveniat regnum tuum : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : Et ne nos inducas in tentationem. Notre Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre Pain quotidien ; et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

Répondons avec l'accent de notre misère :

Sed libera nos a malo. Mais délivrez-nous du mal.

Le Prêtre retombe dans le silence des Mystères. Sa prière insiste sur cette dernière demande : Délivrez-nous du mal  ; et certes avec raison ; car le mal nous déborde ; et c'est pour l'expier et le détruire que nous a été envoyé l'Agneau.

Libera nos, quaesumus Domine, ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Genitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque Andrea, et omnibus Sanctis, da propitius pacem in diebus nostris : ut ope misericordiae tuae adjuti, et a peccato simus semper liberi, et ab omni perturbatione securi. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus. Trois sortes de maux nous désolent, Seigneur : les maux passés, c'est-à-dire les péchés dont notre âme porte les cicatrices, et qui ont fortifié ses mauvais penchants ; les maux présents, c'est-à-dire les taches actuellement empreintes sur cette pauvre âme, sa faiblesse et les tentations qui l'assiègent ; enfin les maux à venir, c'est-à-dire les châtiments de votre justice. En présence de l'Hostie du salut, nous vous prions, Seigneur, de nous délivrer de tous ces maux, et d'agréer en notre faveur l'entremise de Marie, Mère de Dieu, et de vos saints Apôtres Pierre, Paul et André. Affranchissez-nous, délivrez-nous, donnez-nous la paix. Par Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.

Le Prêtre, qui vient de demander à Dieu la Paix, et qui l'a obtenue, s'empresse de l'annoncer ; il conclut l'Oraison à haute voix :

Per omnia sæcula sæculorum.
R/. Amen.
Dans tous les siècles des siècles.
R/. Amen.

Puis il dit :

Pax Domini sit semper vobiscum. Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !

Répondez à ce souhait paternel :

Et cum spiritu tuo. Et avec votre esprit.

Le Mystère touche à sa fin ; Dieu va s'unir à l'homme, et l'homme va s'unir à Dieu par la Communion ; mais auparavant un rite imposant et sublime doit s'accomplir dans le silence de l'autel. Jusqu'ici le Prêtre a annoncé l'immolation du Seigneur ; il est temps qu'il annonce sa Résurrection. Il divise donc l'Hostie sainte avec révérence, et l'ayant séparée en trois parts, il met une de ces parts dans le Calice, réunissant ainsi le Corps et le Sang de l'immortelle Victime. Adorez et dites :

Haec commixtio et consecratio Corporis et Sanguinis Domini nostri Jesu Christi, fiat accipientibus nobis in vitam aeternam.
R/. Amen.
Gloire à vous, Sauveur du monde, qui avez souffert que. dans votre Passion, votre précieux Sang fût séparé de votre sacré Corps, et qui les avez réunis ensuite par votre vertu !

Priez maintenant l'Agneau, toujours vivant, que saint Jean a vu sur l'autel du ciel, debout, quoique immolé, et dites à ce souverain Roi :

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem. Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-nous la Paix.

La Paix est le grand objet de la venue du Sauveur en ce monde : il est le Prince de la Paix : le divin Sacrement de l'Eucharistie doit donc être le Mystère de la Paix, le lien de l'Unité catholique ; puisque, comme parle l'Apôtre, nous ne sommes tous qu'un seul Pain et un seul Corps, nous tous qui participons au même Pain. C'est pourquoi le Prêtre, au moment de communier à l'Hostie sainte, demande la conservation de la paix fraternelle, principalement dans cette portion de la sainte Eglise qui est là réunie autour de l'autel. Implorez-la avec lui :

Domine Jesu Christe, qui dixisti Apostolis tuis : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesiae tuae : eamque secundum voluntatem tuam pacificare et coadunare digneris. Qui vivis et regnas Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos Apôtres : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix », ne regardez pas mes péchés, mais la foi de cette assemblée qui est à vous, et daignez la pacifier et la réunir selon votre sainte volonté : vous qui étant Dieu, vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.

Après cette Oraison, le Prêtre, en signe de Paix, si la Messe est solennelle, donne le baiser fraternel au Diacre qui le donne lui-même au Sous-Diacre, lequel va le porter au Chœur. Pendant ce temps, ranimez en vous les sentiments de la charité chrétienne, et pardonnez à vos ennemis, si vous en avez. Dites ensuite avec le Prêtre :

Domine Jesu Christe, Fili Dei vivi, qui ex voluntate Patris, cooperante Spiritu Sancto, per mortem tuam mundum vivificasti : libera me per hoc sacrosanctum Corpus, et Sanguinem tuum, ab omnibus iniquitatibus meis, et universis malis, et fac me tuis semper inhœrere mandatis, et a te nunquam separari permittas. Qui cum eodem Deo Patre et Spiritu Sancto vivis et régnas Deus in sæcula sæculorum, Amen. Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui, par la volonté du Père et la coopération du Saint-Esprit, avez donné par votre mort la vie au monde ; délivrez-moi par ce saint et sacré Corps, et par votre Sang, de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Faites que je m'attache toujours inviolablement à votre loi, et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous : qui étant Dieu, vivez et régnez avec le Père, et le Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Si vous devez communier à cette Messe, dites la troisième Oraison qui suit ; autrement, préparez-vous à faire la Communion spirituelle.

Perceptio Corporis tui, Domine Jesu Christe, quod ego indignus sumere præsumo, non mihi proveniat in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietate prosit mihi ad testamentum mentis et corporis, et ad medelam percipiendam. Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Seigneur Jésus-Christ, faites que la réception de votre Corps, que je me propose de prendre, tout indigne que j'en suis, ne tourne pas à mon jugement et à ma condamnation ; mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, et qu'il me soit un remède salutaire vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Quand le Prêtre prend l'Hostie et se dispose à s'en communier, dites :

Panem coelestem accipiam, et Nomen Domini invocabo. Venez, Seigneur Jésus !

Quand il frappe sa poitrine et confesse son indignité, répétez avec lui, trois fois, dans les sentiments du Centurion de l'Evangile :

Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea. Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi, mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.

Au moment où il consomme la sainte Hostie, si vous devez vous-même communier, adorez profondément votre Dieu qui s'apprête à descendre en vous, et dites encore avec l'Epouse : Venez, Seigneur Jésus ! (Apoc. XXII, 20. )

Si vous ne devez pas communier sacramentellement, communiez en ce moment spirituellement, et adorant Jésus-Christ qui visite votre âme par sa grâce, dites :

Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen. Je me donne à vous, ô mon Sauveur, pour être votre demeure : faites en moi selon votre bon plaisir.

Puis le Prêtre prend le Calice avec action de grâces, disant :

Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et Nomen Domini invocabo. Laudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero. Que pourrai-je rendre à Dieu pour tous les biens qu'il m'a faits ? Je prendrai le Calice du salut, j'invoquerai le Nom du Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.

Si vous devez communier, dans le moment où le Prêtre prend le Calice pour s'abreuver du Sang divin, adorez encore le Dieu qui s'approche de vous, et dites toujours : Venez, Seigneur Jésus !

Si, au contraire, vous faites seulement la Communion spirituelle, adorez de nouveau Jésus-Christ, et dites :

Sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat animam meam in vitam aeternam. Amen. Je m’unis à vous, ô mon Sauveur ! unissez-vous à moi ; que nous ne nous séparions jamais !

C'est à ce moment, si vous devez communier, que le Prêtre vous donnera le Corps de Jésus-Christ. Les sentiments que l'on doit apporter à la Sainte Communion, au saint temps de l'Avent, sont développés ci-après, Chapitre VI.

La Communion étant faite, pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la première fois, dites :

Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus : et de munere temporali fiat nobis remedium sempiternum. Vous m'avez visité dans le temps, ô mon Dieu ! Faites que je garde les fruits de cette visite pour l'éternité.

Pendant que le Prêtre purifie le Calice pour la seconde fois, dites :

Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhaereat visceribus meis : et praesta ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt Sacramenta. Qui vivis et regnas in sæcula sæculorum. Amen. Béni soyez-vous, ô mon Sauveur, qui m'avez initié au sacré mystère de votre Corps et de votre Sang. Que mon cœur et mes sens conservent, par votre grâce, la pureté que vous leur avez donnée, afin qu'ils puissent soutenir l'éclatante lumière de votre glorieux Avénement, et n'être pas confondus. Amen.

Le Prêtre ayant lu l'Antienne dite Communion, qui est le commencement de l'Action de Grâces pour le nouveau bienfait que Dieu vient de nous accorder en renouvelant en nous sa présence, se retourne enfin vers le peuple et le salue ; après quoi il récite les Oraisons appelées Postcommunion, qui sont le complément de l'Action de Grâces. Joignez-vous encore à lui, remerciant Dieu pour le bien inénarrable dont il vous a comblé, et demandez avec ardeur l'Avènement du Messie, qui vient accomplir les augustes mystères dont le renouvellement sur l'autel est le principal soutien de la vie chrétienne.

Les Oraisons terminées, le Prêtre se tourne de nouveau vers le peuple, et lui envoie le salut, pour se féliciter avec lui de l'insigne faveur que Dieu vient d'accorder à l'assistance ; il dit :

Dominus vobiscum. Le Seigneur soit avec vous.

Répondez-lui :

Et cum spiritu tuo. Et avec votre esprit.

Puis si l'on a célébré la Messe d'une Fête, le Diacre, ou le Prêtre lui-même, si la Messe n'est pas solennelle dit ces paroles :

Ite, Missa est. Retirez-vous : la Messe est finie.

Autrement, il ne congédie pas l'assemblée, parce que, dans ce saint temps, il convient de prolonger la prière, il dit donc seulement :

Benedicamus Domino. Bénissons le Seigneur.
Deo gratias. Grâces soient rendues à Dieu.

Le Prêtre prie une dernière fois avant de vous bénir ; priez avec lui :

Placeat tibi, sancta Trinitas, obsequium servitutis meae et praesta ut sacrificium, quod oculis tuae Majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique, et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen. Grâces vous soient rendues, adorable Trinité, pour la miséricorde dont vous avez daigné user envers moi, en me permettant d'assister à ce divin Sacrifice ; pardonnez la négligence et la froideur avec lesquelles j'ai reçu un si grand bienfait, et daignez ratifier la bénédiction que votre ministre va répandre sur moi en votre saint Nom.

Le Prêtre étend ses mains et bénit, en disant :

Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Amen. Que le Dieu tou-puissant, vous bénisse : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Amen.

Il lit enfin la Leçon de l'Evangile selon saint Jean, qui annonce l'éternité du Verbe et la miséricorde qui l'a porté à prendre notre chair et à habiter parmi nous. Demandez d'être au nombre de ceux qui le recevront, quand bientôt il va venir au milieu de son héritage.

V/. Dominus vobiscum ; V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.
LE DERNIER EVANGILE.
Initium sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. I. Le commencement du saint Evangile selon saint Jean. Chap. I.
In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt ; et sine ipso factum est nihil. Quod factum est, in ipso vita erat, et vita erat lux hominum : et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Johannes. Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum. Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. Erat lux vera, quæ illuminat omnem hominem venientem in hune mundum. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognovit. In propria venit, et sui eum non receperunt. Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri, his qui credunt in Nomine ejus : qui non ex sanguinihus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. ET VERBUM CARO FACTUM EST, et habitavit in nobis : et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratia ? et veritatis.  Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était dans le principe avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui : et rien n'a été fait sans lui. Ce qui a été fait était vie en lui, et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s'appelait Jean. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à celui qui était la lumière. Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne l'ont point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l'ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son Nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu même. ET LE VERBE S'EST FAIT CHAIR, et il a habité en nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
Luc XII, 35.
II Cor. V, 4.
II Petr. I, 4.

Pratique de la sainte Communion

Bien que toutes choses soient disposées pour l'Avènement du Sauveur en la fête de Noël, et que les fidèles doivent, durant ce saint temps, vivre dans une attente solennelle, telle est cependant l'heureuse condition des enfants de la Loi nouvelle, qu'il ne dépend que d'eux de recevoir, par avance, Celui que L'Église attend, en sorte que cette visite secrète devienne une préparation à la solennelle visite. Que ceux-là donc qui sont déjà vivants par la grâce, ci auxquels le grand jour de la Naissance de Jésus-Christ doit apporter un surcroît de vie spirituelle, n'oublient pas de venir, de temps en temps, préluder à la réception qu'ils comptent faire au céleste Epoux, dans la Nuit mystérieuse, par quelques-unes de ces entrevues qui ouvrent le cœur et servent à nourrir en lui les sentiments dont il devra faire l'offrande à celui qui vient plein de grâce et de vérité.

Pour bien comprendre ceci, il suffira de porter sa pensée sur l'auguste Marie, et de méditer sur les sentiments de son âme dans les jours qui précédèrent le divin Enfantement. Certes, cet enfantement est un événement plus décisif pour le salut du genre humain, et pour la gloire de Marie elle-même, que celui qui s'accomplit à l'instant même de l'Incarnation, puisque le Verbe ne s'incarnait que pour naître L'insigne bonheur de voir entre ses bras son Fils et son Dieu, dut rendre plus délicieuse pour elle l'heure sacrée de la Naissance du Sauveur, que ne l'avait été cette autre heure en laquelle l'Esprit-Saint survint en elle, et la rendit divinement féconde ; mais aussi quelle ne fut pas la félicité dont son cœur était inondé, durant les neuf mois où elle le sentit vivre tout à elle, dans son heureux sein ! De pareilles joies préludaient dignement aux joies de la nuit fortunée de Bethléhem.

Ames chrétiennes, la sainte Communion, au temps de l'Avent, doit vous associer à ces joies intimes delà Mère de Dieu. Lors donc que, rendues au pied de l'autel, vous travaillerez, dans le recueillement et la prière, à vous disposer d'une manière prochaine à l'entrée du Sauveur en vous, peut être pourrez-vous tirer quelque profit des sentiments et des affections que nous avons cru pouvoir vous suggérer par les Actes suivants.

AVANT LA COMMUNION.

ACTE DE FOI.

Au moment de vous sentir entrer en moi, ô Dieu éternel, Fils du Père, j'éprouve le besoin de ranimer ma foi. C'est donc vous-même qui allez venir à moi, vous qui êtes descendu en la Vierge Marie, et avez fait de son sein virginal le sanctuaire de votre Majesté ! Vous lui envoyâtes votre Ange, et elle crut à sa parole, quand il lui eut dit : Rien n'est impossible à Dieu ; l'Esprit-Saint surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Elle crut, et conçut dans ses chastes entrailles celui qui l'avait tirée du néant. Vous ne m'avez pas envoyé un Ange, ô mon Sauveur ! pour m'assurer que vous allez venir en moi. Vous avez parlé vous-même, et vous avez dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Cette parole que vous avez proférée il y a dix-huit siècles, vous avez voulu qu'elle me parvînt par l'organe de votre Église, afin que j'eusse en même temps la certitude de vous entendre, et le mérite d'abaisser ma raison devant le plus profond des mystères. Je crois donc, ô mon Sauveur ! Aidez la faiblesse de ma foi. Donnez-moi de m'incliner, comme Marie, devant votre souveraine raison ; et puisque voulez venir en moi, je veux dire comme elle, en baissant la tête : Qu'il me soit fait selon votre parole ; car je ne suis que néant et vous n'êtes que sagesse et puissance.

ACTE D'HUMILITE.

Mais, ô mon Sauveur ! en venant choisir votre demeure au sein de la glorieuse Vierge, vous ne descendiez du ciel que pour entrer en un autre Paradis. Vous l'aviez préparée, dès sa conception, par toutes sortes de grâces ; elle-même vous avait été fidèle plus que tous les Anges et tous les hommes ensemble. Comment pourrez-vous donc choisir mon cœur si indigne, pour le lieu de votre repos ? Combien de fois, frappant amoureusement à sa porte, n'avez-vous pas été refusé ? Et, eût-il été toujours fidèle, quelle proportion de sa bassesse à votre souveraine dignité : Elisabeth s'humilie de recevoir la visite de Marie : D'où me vient cet honneur ? dit-elle ; et voici que non plus seulement la Mère de Dieu, mais Dieu même veut me visiter, et d'une manière si intime, qu'il ne se peut d'union plus étroite. Celui qui me reçoit, dites-vous, demeure en moi et moi en lui. O Fils de Dieu ! votre œil se plaît donc à rechercher ce qu'il y a de plus infirme, pour que votre coeur prenne ensuite plaisir à s'y attacher ? J'admire cette conduite ; mais lorsque je viens à sentir que j'en suis moi-même l'objet, je m'abîme dans mon néant, et je vous supplie de me le faire mieux connaître encore, afin que tout en moi, quand vous y viendrez, confesse votre gloire, votre miséricorde, votre souverain pouvoir.

ACTE DE CONTRITION.

Encore si je pouvais, ô mon Sauveur ! me rendre le témoignage de ne sentir en moi que mon néant, qui fit obstacle à l'union glorieuse à laquelle vous me conviez ! je m'approcherais de vous à la suite de Marie l'immaculée, mon auguste Reine, et j'oserais porter ma main sur les miettes du festin auquel elle s'assied près de vous. Mais il n'y a rien de commun entre l'innocence et le péché, entre la lumière et les ténèbres. J'ai été votre ennemi, ô mon Sauveur ! et vous voulez entrer en mon cœur à peine cicatrisé de ses plaies honteuses. Vous annoncez vouloir y prendre vos ébats comme en celui de Marie. Oh ! combien vous me faites comprendre par là la malice de mes fautes, puisque c'est à vous, si généreux, si plein d'amour, que j'ai osé m'attaquer ! Que ferai-je donc, en attendant l'instant où vous allez descendre au milieu de mes ténèbres, pour les transformer en lumière, si ce n'est de renouveler le repentir que me causent les péchés si nombreux par lesquels je vous ai perdu, ceux aussi par lesquels je vous ai contristé sans vous perdre ? Agréez ma contrition, ô mon Sauveur ! c'est ainsi que je veux préparer votre voie jusqu'à mon cœur, en redressant en moi tout ce qui s'oppose à la rectitude de votre sainte Loi.

ACTE D'AMOUR.

Car, ô mon Sauveur ! je voudrais vous aimer, comme Marie elle-même vous a aimé. N'êtes-vous pas mon Souverain, comme vous étiez le sien ? Et, de plus, ne m'avez-vous pas donné, en me remettant mes péchés, des marques de tendresse qu'elle n'a pas connues ? Je vous aime donc, ô Jésus ! qui allez venir en moi, et je me réjouis de votre venue ; car vous augmenterez mon amour. Marie, jusqu'au moment où vous entrâtes en elle, avait vécu dans la sainteté et la justice ; elle vous avait aimé uniquement ; mais lorsqu'elle vous sentit en elle, lorsqu'elle sentit que vous n'étiez plus qu'une seule et même chose avec elle, son amour s'accrut encore et perdit toute mesure. Qu'il en arrive ainsi de mon cœur, au moment où vous entrerez en lui, ô mon Sauveur ! Mais venez bientôt ; car si, d'une part, je suis indigne de votre visite, de l'autre je suis contraint de la désirer, puisque vous êtes le Pain qui donne la vie au monde, le Pain de chaque jour, à l'aide duquel nous devons prolonger notre vie, jusqu'au jour de l'éternité. Venez donc, Seigneur Jésus ! mon cœur est prêt et se confie en vous. Sainte Vierge Marie, par la joie que vous avez ressentie de posséder en vous Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, soyez-moi en aide, afin qu'il trouve mon âme purifiée et attentive. Saints Anges qui considériez avec tant d'étonnement et de respect cette simple créature portant Dieu en elle, ayez pitié d'un pécheur, dont le cœur, naguère au démon, va dans un moment devenir le tabernacle de Dieu. Saints et Saintes du ciel, et vous spécialement, mes fidèles Patrons, environnez-moi au moment où va descendre en moi, homme pécheur et mortel, Celui en qui vous vivez à jamais, justes et immortels.

Pour compléter cette Préparation, suivez avec foi et avec une religieuse attention tous les mystères de la Messe à laquelle vous devez communier, produisant les actes que nous avons exposes au Chapitre V ; et quand vous aurez reçu la visite du Seigneur, vous pourrez vous aider des prières suivantes, dans l'Action de grâces qui reste à faire.

APRÈS LA COMMUNION.

ACTE D'ADORATION.

Souveraine Majesté de Dieu, vous avez donc daigné descendre en moi. Ce privilège accordé autrefois à la Vierge bénie est donc aussi le mien. Qui me donnera en ce moment de vous adorer profondément, comme elle vous adora ? Le sentiment de sa bassesse et de son indignité, dans cet instant suprême, l'eût anéantie, si, d'autre part, voire amoureuse tendresse ne l'eût soutenue, en favorisant cette ineffable union du Créateur et de la créature. O mon Dieu ! je ne sens point aussi vivement ma bassesse, et surtout mon indignité, qui pourtant est bien plus grande ; mais je vois du moins qu'il vous a fallu franchir des obstacles infinis pour venir ainsi jusqu'à moi, pour devenir ainsi mon bien et mon trésor. Que ferai-je donc qui soit digne de vous, et qui puisse vous dédommager de l'humiliation que vous encourez pour mon amour ? Je ne puis que vous adorer, que m'humilier, s'il était possible, jusqu'au néant ; et comme cette adoration est trop indigne de vous, j'ose vous représenter en ce moment celle que vous offrit Marie elle-même, au moment où elle se sentit Mère de son Dieu, et durant les neuf mois que vous lui demeurâtes uni. Vous me l'avez donnée pour mère ; souffrez que je dispose ainsi des biens qui sont à elle : elle les tient, pour votre gloire, à la disposition de tous ses enfants.

ACTE DE REMERCIEMENT.

Mais, ô mon Sauveur ! Marie ne se borna pas à vous adorer en elle-même ; son heureux cœur s'épancha bientôt dans l'effusion de la reconnaissance. Elle se voyait distinguée par vous entre toutes les filles de son peuple ; que dis-je ? entre toutes les générations qui l'avaient précédée et toutes celles qui devaient la suivre : son âme tressaillait donc d'allégresse, et sa bouche put à peine rendre l'expression affaiblie de la joie qui était en elle. Oh ! disait-elle, Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses ; il a regardé ma bassesse, et toutes les générations me proclameront Bienheureuse. Et moi, ô mon Sauveur, ne m'avez-vous pas distingué entre mille et entre dix mille, par le bienfait que vous venez de m'accorder ? Vous m'avez fait naître dans les temps qui ont suivi votre Incarnation, et aujourd'hui même à combien d'autres de mes frères ne me préférez-vous pas ? Je vous possède en moi ; je connais le prix de votre Avènement ; mais combien d'hommes ne vous possèdent point ainsi, ne vous connaissent même pas ! Vous les avez tous invités, il est vrai ; mais un grand nombre n'ont pas voulu venir ; et tandis que vous m'avez contraint de venir à vous par les forts et doux moyens de votre miséricorde, vous les avez négligés dans votre justice. Soyez béni, ô mon Dieu, qui aimez toutes les œuvres de vos mains, et voulez que personne ne périsse, sinon par sa faute ; mais qui multipliez en faveur de plusieurs les infinies ressources de votre amour.

ACTE D'AMOUR.

Je vous aimerai donc aussi, ô mon Dieu ! puisque J vous m'avez aimé le premier, et je vous aimerai d'autant plus qu'étant venu en moi, vous ayez centuplé mes forces pour vous aimer. N'en a-t-il pas été ainsi de Marie, lorsque vous eûtes choisi en elle votre habitation ? Jusque-là, nulle créature ne vous avait été plus fidèle, n'avait mieux mérité d'être préférée à toutes les autres pour cette riche faveur que vous destiniez de toute éternité à une fille des hommes. Mais lorsque vous fûtes entré en elle, quand votre personne divine eut touché sa sainte mais faible mortalité, Marie, transformée, pour ainsi dire, en vous, connut un amour que jusque-là elle n'avait pas connu. Ainsi puisse-t-il en être de moi, ô Jésus ! Puisse ma vie propre se perdre dans la vôtre ! car la visite que vous venez de me faire n'est point une visite à la façon de celles que les hommes se rendent entre eux. Vous avez pénétré, non dans ma maison, mais dans le plus intime de mon âme ; et selon la parole de votre saint Apôtre, je ne vis plus, mais c’est vous-même qui vivez en moi. Je dois donc vous aimer, si je m'aime moi-même, puisque vous demeurez en moi et moi en vous, je ne veux plus me séparer de vous ; je veux au contraire n'avoir plus avec vous qu'un seul cœur et une seule vie, jusque dans l'éternité.

ACTE DE DÉVOUEMENT.

Mais, ô mon âme, si tu aimes le Seigneur ton Dieu, songe à vivre pour lui. La présence de Jésus-Christ en Marie ne produit pas seulement en elle, au moment où elle se fait sentir, un dévouement complet aux intérêts et à la gloire de Celui qui est à la fois son Dieu et son fils. Marie puise dans cette présence intime le principe de ce ferme attachement à toutes les volontés divines, qui lui donnera de traverser sans faiblir toutes les épreuves qui l'attendent. Vous avez voulu pareillement, ô mon Sauveur ! m'encourager par cette visite. Jusqu'au jour où je dois sortir de ce monde et paraître devant vous, je sens qu'il me faut cheminer dans une voie souvent semée d'obstacles, et quelquefois dure à gravir. Si je vous aime, je triompherai de tout ; et comment ne vous aimerai-je pas, au seul souvenir de cette visite que vous venez de me faire, et que vous daignerez renouveler toutes les fois que j'en aurai le désir sincère ? Je suis donc à vous, comme vous êtes à moi ; considérez ma grande faiblesse et fortifiez-moi. Je me repose de tout sur votre miséricorde, dont je viens de recevoir la plus riche de toutes les preuves.

O Marie, gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin Fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure de votre Maître. Saints et Saintes, priez, afin que je ne perde pas le souverain bien dont l'immuable possession vous rend à jamais heureux

De l'Office des Vêpres

Les limites étroites de ce volume ne nous permettant pas de donner le texte de tous les Offices du jour et de la semaine, au temps de l'Avent, nous nous bornons à expliquer ici les Vêpres du Dimanche et les Complies, qui, avec la Messe, sont les seuls Offices auxquels, pour l'ordinaire, les simples fidèles prennent part, durant cette partie de l'Année Liturgique. L'Office des Vêpres, ou Office du soir, se compose d'abord de cinq Psaumes, dont on trouvera les Antiennes à chaque Dimanche, au Propre du Temps.

L'Office commence par le cri ordinaire de l'Église :

V/. Deus, in adjutorium meum intende. V/. O Dieu ! venez à mon aide !
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ. Louange à vous, Seigneur, Roi de l'éternelle gloire.

Le premier Psaume est prophétique sur les grandeurs du Messie, et il convient d'autant mieux de confesser en ce temps la gloire du Verbe Incarné, qu'il nous apparaît plus anéanti par son amour dans les jours qui précèdent sa divine Naissance.

PSAUME CIX.
Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis. Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;
Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum. Jusqu'à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum. O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c'est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te. La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in sternum secundum ordinem Melchisedech. Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu - Homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisedech.
Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges. O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum. Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput. Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tête.

Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple, l'Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses.

PSAUME CX.
Confiteror. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione. Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l'assemblée des justes.
Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates cjus. Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi. Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se. Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo. Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium. Il donnera à son Église l'héritage des nations : tout ce qu'il fait est justice et vérité.
Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate. Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
Redemptionem misit populo suo : * mandavit in ærnum testamentum suum. Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.
Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini. Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi. La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

Le troisième Psaume chante la félicité de l'homme juste et ses espérances au jour du second avènement. Il exprime aussi la confusion du pécheur en ce jour terrible.

PSAUME CXI.
Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis. Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !
Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur. Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.
Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi. La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors , et miserator, et justus. Une lumière s'est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieu miséricordieux , clément et juste, qui s'est donné aux hommes.
Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur. Heureux l'homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu'à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.
In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit. La mémoire du juste sera éternelle ; s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos. Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manct in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria. Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.
Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit. Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné la relever par l'Incarnation.

PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini. Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum. Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.
A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini. De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus. Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ? Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.
Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem. Par sa vertu divine, il soulève de terre l'indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui. Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.
Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem. C'est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.   

Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l'ancienne Alliance, et doit réveiller par là même l'espérance de voir s'accomplir, à la venue du Messie, les figures du peuple d'Israël.

PSAUME CXIII
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro. Quand Israël sortit d'Egypte, et la maison de Jacob élu milieu d'un peuple barbare ;
Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus. La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum. La mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium. Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum : O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ? Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob. A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum. Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d'eaux vives.
Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam. Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;
Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ? A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit. Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.
Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum. Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.
Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt. Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.
Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt. Elles ont des oreilles, et n'entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent , et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo. Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis. Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est. La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est. La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est. Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis. Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron. Il a béni la maison d'Israël : il a béni la maison d'Aaron.
Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus. Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.
Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros. Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Benedicti vos a Domino : * qui fecitcœlum et terram. Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Cœlum cœli Domino : * terram autem dedii filiis hominum. Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum. Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;
Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum. Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd'hui et à jamais.

Après les cinq Psaumes, l'Église place une petite Leçon des saintes Ecritures, désignée sous le nom de Capitule, parce qu'elle est toujours très courte. Elle se trouve en son lieu, à chaque dimanche. On chante ensuite l'Hymne.

HYMNE.
Creator alme siderum,
Aeterna lux credentium,
Jesu, Redemptor omnium,
Intende votis supplicum.
Fécond auteur des cieux, lumière éternelle des croyants, Rédempteur de tous les hommes, ô Jésus ! écoutez nos supplications.
Qui daemonis ne fraudibus
Periret orbis, impetu
Amoris actus, languidi
Mundi medela factus es.
Le monde allait périr par les pièges du démon ; dans l'élan de votre amour, vous vous êtes fait le remède de ses maux.
Commune qui mundi nefas
Ut expiares, ad crucem
E Virginis sacrario
Intacta prodis victima.
Pour expier le crime universel de notre race, victime destinée à la croix, vous sortez de l'auguste sein de la Vierge.
Cujus potestas gloriae,
Nomenque cum primum sonat,
Et caelites et inferi
Tremente curvantur genu.
Au bruit de votre gloire et de votre puissance, à votre Nom seul, tout tremble, cieux et enfer ; tout fléchit le genou.
Te deprecamur, ultimae
Magnum diei Judicem,
Armis supernae gratiae
Defende nos ab hostibus.
Juge souverain du grand jour, nous vous en supplions, daignez nous défendre de nos ennemis par les armes de la grâce céleste.
Virtus, honor, laus, gloria,
Deo Patri cum Filio,
Sancto simul Paraclito,
In saeculorum saecula.
Louange, honneur, puissance et gloire à Dieu le Père et à son Fils, ainsi qu'au saint Consolateur, dans les siècles des siècles.
Amen. Amen.

Après l'Hymne, l'Église chante, tous les jours de l'année, à l'Office des Vêpres, le Cantique dans lequel la sainte Vierge, toute remplie du Dieu qu'elle portait dans son sein, fit éclater, en présence de sainte Élisabeth, les transports de sa joie et de sa reconnaissance. Ce Cantique convient surtout au temps de l'Avent ; car nous voici maintenant dans les jours où l'auguste Vierge est encore unie à son précieux fardeau. Chantons donc avec elle l'honneur insigne qu'elle a reçu de Dieu, le triomphe de cette humilité profonde qui l'a rendu digne d'un tel honneur, la défaite des esprits superbes chassés du ciel, l'exaltation de la création humaine, si faible et si misérable, à la place des anges tombés.

CANTIQUE DE MARIE.
Magnificat : * anima mea Dominum. Mon âme glorifie le Seigneur,
Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo. Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m'appelleront Bienheureuse.
Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus. Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;
Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum. Et sa miséricorde s'étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui. Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles. Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes. Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae. Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula. Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

Les Antiennes de Magnificat et les Oraisons se trouvent à chaque Dimanche.


De l'Office des Complies

Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s'ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d'aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

Le Lecteur s'adresse au Prêtre, et lui dit :

V/. Jube, Domne, benedicere. V/. Mon Père, veuillez me bénir !

Le Prêtre répond :

Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.
R/. Amen.
Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.
R/. Amen.

Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Epître de saint Pierre :

Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis. Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

Le Chœur répond :

R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.

Puis le Prêtre :

V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini. V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

Le Chœur :

R/. Qui fecit cœlum et terram. R/. C'est lui qui a fait le ciel et la terre.

On récite ensuite l'Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d'Absolution, s'écrie :

V/. Converte nos, Deus, Salutaris noster. V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !
R/. Et averte iram tuam a nobis. R/. Et détournez votre colère de dessus nous.
V/. Deus, in adjutorium meum intende. V/. O Dieu ! venez à mon aide.
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.

Le premier Psaume célèbre l'espérance avec laquelle le juste s'endort dans la paix, bien différent du pécheur qui s'agite dans l'inquiétude. Il annonce le Verbe éternel, Lumière du Père, qui s'apprête à luire sur nous.

PSAUME IV.
Cum invocarem exaudivit me Deus justifiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi. Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; vous m'avez mis au large, quand j'étais dans l'affliction.
Miserere mei : * et exaudi orationem meam. Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quœritis mendacium ? Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?
Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum. Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m'exaucera quand je crierai vers lui.
Irascimini, et nolite peccare : * quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini. Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.
Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ? Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?
Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo. La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c'est vous qui donnez la joie à mon cœur.
A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt. Pour eux, la richesse est dans l'abondance du vin, de l'huile et du froment.
In pace in idipsum : * dormiam et requiescam. Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;
Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me. Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l'espérance.

L'Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu'ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l'Office du soir. Au temps de l'Avent, l'Église s'approprie d'une manière spéciale les endroits de ce Psaume où David implore celui qui est le Libérateur et le Sauveur.

PSAUME XXX.
In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me. En vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.
Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me. Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.
Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias. Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.
Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me. Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.
Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus. Vous me tirerez du piège qu'on m'a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.
In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis. Je remets mon esprit entre vos mains : c'est vous qui m'avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !

Le troisième Psaume expose d'abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit ; ensuite Dieu parle lui-même et promet de manifester le Sauveur promis.

PSAUME XC.
Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur. Celui qui habite dans l'asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum. Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j'espérerai en lui.
Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero. Car c'est lui qui m'a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.
Scapulis suis obumbrabit tibi : * et subpennis ejus sperabis. Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l'espérance sous ses ailes.
Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno. Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,
A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano. Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.
Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit. Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n'approchera pas de toi.
Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis. Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l'impie.
Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum. Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.
Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo. Le mal n'approchera pas de toi, et les fléaux s'éloigneront de ta tente ;
Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis. Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.
In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem. Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Quoniam in mesperavit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum. Dieu dira de toi : Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai, parce qu'il a connu mon nom.
Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum. Il criera vers moi, et je l'exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l'en retirerai et le glorifierai.
Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum. Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des Serviteurs de son Nom, dont la noble vocation est de lever les mains le jour et la nuit pour le salut d'Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

PSAUME CXXXIII.
Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini. Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.
Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri. Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,
In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum. Elevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.
Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram. Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ant. Miserere mihi, Domine, et exaudi orationem meam. Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.
HYMNE.
Te lucis ante terminum,
Rerum Creator, poscimus,
Ut pro tua clementia,
Sis praesul et custodia.
Avant que la lumière disparaisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d'être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.
Procul recedant somnia,
Et noctium phantasmata,
Hostemque nostrum comprime,
Ne polluantur corpora.
Que les songes et les fantômes de la nuit s'enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu'il ne profane point nos corps.
Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne saeculum.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles.
Amen. Amen.
CAPITULE.

Jérémie. XIV.

Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster. Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !
R/. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas. R/. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.
V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo. V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.
Gloria. In manus tuas. Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.
V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi. V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l'œil.
R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos. R/. Protégez-nous à l'ombre de vos ailes.

Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l'Enfant divin, le proclama la lumière des nations, et s'endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ, parce que, comme dit l'Apôtre «soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec celui qui est mort pour nous. » (I Thess. v. 10.)

CANTIQUE DE SIMÉON.
Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace. C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;
Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum, Parce que mes yeux ont vu le Sauveur
Quod parasti : * ante faciem omnium populorum. Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,
Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël. Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.
Gloria Patri, et Filio, etc. Gloire au Père, et au Fils, etc.
Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace. Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
PRIÈRES.
Kyrie eleïson. Christe eleïson. Kyrie eleïson. Seigneur, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Pater noster, etc. Notre Père, etc.
V/. Et ne nos inducas in tentationem ; V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;
R/. Sed libera nos a malo. R/. Mais délivrez-nous du mal.
Credo in Deum. Je crois en Dieu, etc.
V/. Carnis resurrectionem, V/. La résurrection de la chair,
R/. Vitam æternam. Amen. R/. La vie éternelle. Amen.
V/. Benedictus es, Domine Deus patrum nostrorum ; V/. Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères !
R/. Et laudabilis et gloriosus in sæcula. R/. Digne de louange et de gloire dans l'éternité.
V/. Benedicamus Patrem et Filium cum Sancto Spiritu ; V/. Bénissons le Père et le Fils avec le Saint-Esprit ;
R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula. R/. Louons-le, et exaltons-le dans les siècles.
V/. Benedictus es, Domine, in firmamento cœli ; V/. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel ;
R/. Et laudabilis, et gloriosus, et superexaltatus in saecula. R/. Digne de louange, de gloire et de triomphe dans l'éternité.
V/. Benedicat, et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus. V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous bénisse et nous conserve.
R/. Amen. R/. Amen.
V/. Dignare, Domine, nocte ista, V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,
R/. Sine peccato nos custodire. R/. Nous garder de tout péché.
V/. Miserere nostri, Domine. V/. Ayez pitié de nous, Seigneur !
R/. Miserere nostri. R/. Ayez pitié de nous !
V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos, V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,
R/. Quemadmodum speravimus in te. R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.
V/. Domine, exaudi orationem meam ; V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et clamor meus ad te veniat. R/. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.
V/. Dominus vobiscum ; V/. Que le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.
ORAISONS.
Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Visitez, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
V/. Dominus vobiscum ; V/. Que le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.
V/. Benedicamus Domino. V/. Bénissons le Seigneur.
R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.
Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.
R/. Amen. R/. Amen.
ANTIENNE À LA SAINTE VIERGE.
Alma Redemptoris Mater, quae pervia cœli Porta manes, et Stella maris, succurre cadenti. Mère féconde du Rédempteur, vous qui  êtes  la Porte du ciel et l'Etoile de la mer,
Surgere qui curat populo, Tu quae genuisti, Secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relever.
Natura mirante, tuum sanctum Genitorem. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin auteur.
Virgo prius ac posterius, Gabrielis ab ore Sumens illud Ave, peccatorum miserere. Vierge dans la conception, Vierge après l'enfantement, vous à qui Gabriel adresse le salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.
V/. Angelus  Domini nuntiavit Mariae ; V/. L'Ange du Seigneur annonça à Marie,
R/. Et concepit de Spiritu Sancto. R/. Et elle conçut du Saint-Esprit.
OREMUS. PRIONS.
Gratiam tuam, quaesumus Domine, mentibus nostris infunde, ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per Passionem ejus et Crucem ad Resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Répandez, s'il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous qui avons connu, par la voix de l'Ange, l'Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
R/. Amen. R/. Amen.

Textes du jour

Prière du matin

Textes du jour

Prière du soir