La Septuagésime

Historique

Le Temps de la Septuagésime comprend la durée des trois semaines qui précèdent immédiatement le Carême. Il forme une des divisions principales de l'Année liturgique, et il est partagé en trois sections hebdomadaires, dont la première porte seulement le nom de Septuagésime, la seconde celui de Sexagésime, et enfin la troisième celui de Quinquagésime.

On voit, dès le premier abord, que ces noms expriment une relation numérique avec le mot Quadragésime, dont notre mot Carême est dérivé. Or, le mot Quadragésime signifie la série des quarante jours qu'il faut traverser pour arriver à la grande fête de Pâques. Les mots Quinquagésime, Sexagésime et Septuagésime nous montrent cette solennité dans un lointain plus prolongé ; mais elle n'en est pas moins le grand objet qui commence à préoccuper la sainte Église, et qu'elle propose à ses enfants comme le but vers lequel désormais doivent tendre tous leurs désirs et tous leurs efforts.

Or, la fête de Pâques exige pour préparation quarante jours de recueillement et de pénitence ; cette sainte carrière est l'un des principaux incidents de l'Année liturgique, et le plus puissant moyen qu'emploie l'Église pour raviver dans le cœur et dans l'esprit des fidèles le sentiment de leur vocation. Il est du plus haut intérêt pour eux de ne pas laisser s'écouler cette période de grâces, sans en avoir profité pour le renouvellement de leur vie tout entière. Il était donc convenable de les préparer à ce temps de salut, qui est lui-même une préparation, afin que les bruits du monde s'éteignant peu à peu dans leurs cœurs, ils fussent plus attentifs à l'avertissement solennel que l'Église leur doit faire, en imposant la cendre sur leurs fronts, à l'ouverture de la sainte Quarantaine.

Ce prélude aux saintes tristesses du Carême n'était pas en usage aux premiers siècles du christianisme ; l'institution paraît en avoir commencé dans les Églises d'Orient. La coutume de celle de Constantinople étant de ne pas jeûner le samedi, elle commence le jeûne rigoureux dès notre lundi de Quinquagésime, et s'y prépare progressivement dans les semaines précédentes en la manière que nous ferons connaître en son lieu.

L’Église Romaine, qui, de toute l’antiquité, a observé l’usage de jeûner le samedi en Carême et dans plusieurs autres circonstances, n’avait pas les mêmes motifs d’avancer le temps des privations qui sont propres à la Sainte Quarantaine. À la fin du VI° siècle, saint Grégoire le Grand, dans son Homélie seizième, reconnaissait même que la carrière n’était pas totalement remplie, à raison des dimanches qui se rencontrent dans Carême. « Il y a, dit-il, six semaines du premier dimanche de Carême à Pâques, ce qui donne quarante-deux jours. Comme on ne jeûne pas ces six dimanches, il en résulte qu’il n’y a que trente six jours de jeûne ; ainsi nous donnons à Dieu la dîme de l’année (*)».

C’est donc postérieurement au pontificat de saint Grégoire que les quatre jours de la semaine de Quinquagésime, à partir du Mercredi appelé des Cendres, ont été ajoutés au Carême, afin de compléter le nombre de quarante jours de jeûne. Il est certain toutefois que déjà, au IX° siècle, cet usage avait force de loi dans l’Église latine. Tous les manuscrits du Sacramentaire Grégorien qui datent de cette époque sont unanimes à désigner ce Mercredi par les mots In capite jejunii, c’est-à-dire commencement du jeûne ; et Amalaire, qui décrit en détail la Liturgie du IX° siècle, nous apprend que le jeûne commençait dès lors quatre jours avant le premier dimanche de Carême. Cette disposition se trouve confirmée dans le même siècle par les conciles de Meaux et de Soissons. Toutefois dans son respect de la forme du service divin établie par saint Grégoire, l’Église n’a admis aucun changement considérable dans ses Offices, durant ces quatre jours. Elle garde le rite de la semaine de Quinquagésime jusqu’aux Vêpres du samedi, auxquelles commence le rite quadragésimale.

Au XII° siècle, Pierre de Blois exprimait ainsi la pratique de son temps : « Tous les religieux commencent le Carême à la Septuagésime, les « Grecs à la Sexagésime, les Ecclésiastiques à la Quinquagésime ; enfin, toute l'armée des chrétiens qui milite sur la terre, le Mercredi suivant (*). » On voit par ce passage que le clergé séculier était astreint au jeûne quadragésimal quelques jours avant les simples fidèles. Cette abstinence ne commençait toutefois que le lundi, ainsi qu'il paraît par la Vie de saint Udalric, évêque d'Augsbourg, qui a été écrite au X° siècle. Le concile de Clermont, présidé par Urbain II en 1095, contient un décret qui sanctionne l'obligation pour les Clercs de s'abstenir de viande à partir de la Quinquagésime. Ce dimanche était appelé Dominica carnis privii, et encore Carnis priviam sacerdotum ; mais il faut entendre cette appellation en ce sens qu'on y proclamait l'abstinence comme devant commencer le lendemain. Nous observerons un usage analogue dans l'Église grecque pour les trois dimanches qui précèdent le Carême. Au XIII° siècle, les Clercs étaient encore obligés à ces deux jours de subrogation, comme on le voit par un concile d'Angers, qui frappe de suspense les prêtres qui ne commenceraient pas le Carême le lundi de Quinquagésime.

Cet usage cessa néanmoins peu après ; le clergé séculier et les moines eux-mêmes, dès le XV° siècle, commençaient le jeûne quadragésimal le Mercredi des Cendres avec tous les fidèles.

On ne saurait douter que l’intention première de cette anticipation, qui, après divers essais, a fini par s’arrêter aux quatre jours qui précèdent immédiatement le Carême, n’ait été produite par le désir d’empêcher le scandale que les Grecs affectaient de prendre en voyant les Latins jeûner moins de quarante jours ; Batramne, dans sa Controverse avec les Grecs, l’insinue assez clairement. Néanmoins, l’Église latine, tout en accordant quelque chose à leur susceptibilité, n’a pas jugé à propos d’imiter leurs usage qui, comme on l’a vu, ont pour raison première la coutume où ils sont de ne pas jeûner le samedi.

On sait que la Liturgie gallicane avait conservé plusieurs usages des Églises d'Orient, auxquelles elle devait en partie son origine, et ce ne fut pas sans difficulté qu'on parvint à introduire dans les Gaules l'abstinence et le jeûne du samedi. Avant que nos Églises eussent adopté sur ce point la coutume romaine, elles se trouvaient, comme celles de l'Orient, dans la nécessité d'anticiper le jeûne du Carême. Le premier concile d'Orléans, tenu au commencement du VI° siècle, ordonne aux fidèles d'observer avant Pâques Quadragésime et non Quinquagésime, afin, dit le Canon, de maintenir l'unité des usages. Vers la fin de ce siècle, le quatrième concile tenu dans la même ville répète la même défense, et en explique les intentions par l'injonction qu'il fait de jeûner les samedis de Carême. Déjà le premier et le second conciles d'Orange, en 511 et 541, avaient attaqué le même abus, en défendant pareillement d'obliger les fidèles à commencer le jeûne dès la Quinquagésime. L'introduction de la Liturgie Romaine en France, par les soins de Pépin et de Charlemagne, acheva d'établir chez nous l'usage déconsidérer le samedi comme un jour de pénitence ; et, comme on vient de le voir, l'anticipation du Carême au lundi de Quinquagésime ne fut plus pratiquée que par le clergé. Au XIII° siècle, de toutes les Églises du patriarcat d'Occident, il n'y avait plus que celles de Pologne qui fussent dans l'usage de commencer le Carême avant l'Église Romaine ; elles l'ouvraient au lundi de Septuagésime, par suite de leurs relations avec les rites des Églises orientales. Cette coutume fut abolie en 1248 par Innocent IV.

Mais si l'Église Romaine, au moyen d'une anticipation de quatre jours seulement, parvint à compléter d'une manière précise la sainte Quarantaine que le Sauveur lui-même avait inaugurée par son exemple, en même temps qu'elle maintenait son antique usage de considérer le samedi comme un jour propre aux exercices de la pénitence, elle emprunta volontiers à l'Église grecque l'usage de prévenir, par les saintes tristesses de la Liturgie, durant trois semaines entières, l'ouverture du Carême. On voit par Amalaire que, dès le commencement du IX° siècle, on suspendait déjà l’Alleluia et le Gloria in excelsis, à la Septuagésime. Les moines se conformèrent à cet usage, quoique la Règle de saint Benoît exprimât une disposition contraire. Enfin le règlement du Pape Alexandre II, dans la seconde moitié du XI° siècle, établit partout l'uniformité, en prescrivant la suspension absolue de l’Alléluia aux Vêpres du samedi qui précède le dimanche de Septuagésime. Ce Pontife ne faisait que renouveler une disposition déjà sanctionnée par saint Léon IX, et consignée au Corps du Droit (*).

C'est ainsi que cette importante période de l'Année liturgique, après divers essais, finit par s'établir sur le Cycle, où elle figure depuis plus de mille ans. Le nom qu'on lui a donné exprime, ainsi que nous l'avons dit, une relation numérique avec le Carême ; mais il n'y a en réalité que soixante-trois jours du dimanche de Septuagésime à Pâques. Une intention mystérieuse a présidé à cette dénomination ; nous en parlerons au chapitre suivant. Le premier dimanche de Carême portant le nom de Quadragésime, on est remonté en rétrogradant jusqu'aux trois dimanches qui précèdent, en gardant l'ordre par dizaine, de quarante à soixante-dix.

Le temps de la Septuagésime étant fondé sur l'époque de la Pâque, il est, par là même, sujet au retard ou à l'anticipation, selon le mouvement de cette grande Fête. On appelle le 18 janvier et le 22 février Clefs de la Septuagésime, parce que le Dimanche qui porte ce nom ne peut pas remonter plus haut que la première de ces deux époques, ni descendre plus bas que la seconde.

Homil. XVI in Evangel
Sermon XIII.
Cap. Hi duo, De consec. Dist. 1.

Mystique

Le temps où nous entrons renferme de profonds mystères ; mais ces mystères ne sont point propres seulement aux trois semaines que nous devons traverser pour arriver à la sainte Quarantaine ; ils s'étendent sur toute la période de temps qui nous sépare de la grande fête de Pâques.

Le nombre septénaire est le fondement de ces mystères. Nous avons vu comment la sainte Église avait été en travail pour la partie du Cycle que nous parcourons présentement. Aujourd'hui elle en est en possession, et elle nous invite à méditer les enseignements renfermés sous les symboles qui nous y sont proposés. Mais il est nécessaire de reprendre la doctrine de plus haut. Saint Augustin nous servira d'introducteur à tant de merveilleux secrets. « Il y a deux temps, dit ce grand Docteur dans son Enarration sur le Psaume CXLVIII : l'un, celui qui s'écoule maintenant dans les tentations et les tribulations de cette vie ; l'autre, celui qui doit se passer dans une sécurité et dans une allégresse éternelles. Ces deux temps, nous les célébrons, le premier avant la Pâque, le second après la Pâque. Le temps avant la Pâque exprime les angoisses de la vie présente ; celui que nous célébrons après la Pâque signifie la béatitude que nous goûterons un jour. Voilà pourquoi nous passons le premier de ces deux temps dans le jeûne et la prière, tandis que le second est consacré aux cantiques de joie ; et, pendant sa durée, le jeûne est suspendu. »

L'Église, interprète des saintes Ecritures, nous signale deux lieux différents qui sont en rapport direct avec les deux temps dont parle saint Augustin : ces deux lieux sont Babylone et Jérusalem. Babylone est le symbole de ce monde de péché, au milieu duquel le chrétien doit passer le temps de l'épreuve ; Jérusalem est la patrie céleste au sein de laquelle il se reposera de tous ses combats. Le peuple d'Israël, dont toute l'histoire n'est qu'une grande figure de l'humanité, fut littéralement exilé de Jérusalem et retenu captif à Babylone.

Or, cette captivité loin de Sion dura soixante-dix ans ; et c'est pour exprimer ce mystère que, selon Alcuin, Amalaire, Yves de Chartres, et généralement tous les princes de la Liturgie, l'Église a définitivement fixé le nombre septuagénaire pour les jours de l'expiation, prenant, selon l'usage des saintes Ecritures, le nombre ébauché pour le nombre parfait.

La durée du monde lui-même, comme portent les antiques traditions chrétiennes, se partage aussi selon le septénaire. La race humaine doit traverser sept âges, avant le lever du jour de la vie éternelle. Le premier âge s'est étendu depuis la création d'Adam jusqu'à Noé ; le second depuis Noé et le renouvellement qui suit le déluge jusqu'à la vocation d'Abraham ; le troisième commence à cette première ébauche du peuple de Dieu, et va jusqu'à Moïse par les mains duquel le Seigneur donna la loi ; le quatrième s'étend de Moïse à David, en qui la royauté commence dans la maison de Juda ; le cinquième embrasse la série des siècles puis le règne de David jusqu'à la captivité des Juifs à Babylone ; le sixième est la période qui s'écoula depuis le retour de la captivité jusqu'à la naissance de Jésus-Christ. Vient enfin le septième âge, qui s'est ouvert à l'apparition miséricordieuse du Soleil de justice, et doit durer jusqu'à l'avènement redoutable du Juge des vivants et des morts. Telles sont les sept grandes fractions des temps, après lesquelles il n'y a plus que l'éternité.

Pour encourager nos cœurs, au milieu des combats dont la route est semée, l'Église, qui luit comme un flambeau au milieu des ombres de ce séjour terrestre, nous montre un autre septénaire qui doit faire suite à celui que nous allons traverser. Après la Septuagésime de tristesse, la radieuse Pâque viendra avec ses sept semaines d'allégresse nous apporter un avant-goût des consolations et des délices du ciel. Après avoir jeûné avec le Christ et compati à ses souffrances, le jour viendra où nous ressusciterons avec lui, où nos cœurs le suivront au plus haut des cieux ; et, peu après, nous sentirons descendre en nous l'Esprit divin avec ses sept dons. Or, ainsi que le remarquent les mystiques interprètes des rites de l'Église, la célébration de tant de merveilles ne nous demandera pas moins de sept semaines entières, de Pâques à la Pentecôte.

Après avoir jeté un regard d'espérance sur cet avenir consolateur qui nous attend, et qui pourtant n'est que la figure de cet autre avenir que le Seigneur nous prépare dans les splendeurs de son éternité, il nous faut revenir aux réalités présentes. Que sommes-nous ici-bas ? exilés, captifs, en proie à tous les périls que Babylone recèle. Si nous aimons la patrie, si nous avons à cœur de la revoir, nous devons rompre avec les faux attraits de cette perfide étrangère, et repousser loin de nous la coupe dont elle enivre un grand nombre de nos frères de captivité. Elle nous convie à ses jeux et à ses ris ; mais nos harpes doivent demeurer suspendues aux saules des rives de son fleuve maudit, jusqu'au signal qui nous sera donné de rentrer dans Jérusalem (*). Elle voudrait nous engager à faire du moins entendre les chants de Sion dans sa profane enceinte, comme si notre cœur pouvait être à l'aise loin de la patrie, et quand nous savons qu'un exil éternel peut être la peine de notre infidélité ; mais comment pourrions-nous chanter les cantiques du Seigneur dans une terre étrangère (*) ? »

Tels sont les sentiments que la sainte Église cherche à nous inspirer durant ces longs jours de deuil, en appelant notre attention sur les dangers qui nous environnent, et au dedans de nous-mêmes et de la part des créatures. Dans tout le reste de l'année, elle nous provoque à répéter le chant du ciel, le divin Alleluia ! et voilà qu'aujourd'hui elle met la main sur notre bouche pour arrêter ce cri d'allégresse qui ne doit pas retentir dans Babylone. « Nous sommes en voyage, loin du Seigneur (*) » ; gardons nos cantiques pour le moment où nous arriverons près de lui. Nous sommes pécheurs, et trop souvent complices des profanes qui nous environnent ; purifions-nous par le repentir ; car il est écrit que « la louange du Seigneur perd toute sa beauté dans la bouche du pécheur (*). »

Le trait le plus caractéristique de la sainte carrière où nous entrons est donc la suspension rigoureuse de l’Alleluia, qui ne doit plus se faire entendre sur la terre jusqu'au moment où, ayant participé à la mort du Christ, ayant été ensevelis avec lui, nous ressusciterons avec lui pour une vie nouvelle (*).

Le beau cantique des Anges, Gloire à Dieu au plus haut des cieux, que nous avons fait retentir chaque dimanche, depuis la naissance du Rédempteur, nous est enlevé en même temps ; il ne nous sera permis de le répéter que les jours où l'on célébrera sur la semaine quelque fête en l'honneur des Saints. L'Office de la nuit, le Dimanche, va perdre aussi jusqu'à la Pâque son magnifique Hymne Ambrosien, Te Deum laudamus. Lorsque le Sacrifice sera achevé, le diacre ne congédiera plus l'assemblée des fidèles par ces solennelles paroles : Ite, Missa est ; il invitera seulement le peuple chrétien à continuer sa prière dans le silence, en bénissant le Dieu de miséricorde, qui a daigné ne pas nous rejeter malgré nos iniquités.

Après le Graduel de la Messe, à l'endroit où l’Alleluia, trois fois répété, préparait nos cœurs à s'ouvrir pour écouter la voix du Seigneur lui-même, dans la lecture de son saint Evangile, nous entendrons l'expressive mélodie du Trait, qui rendra les sentiments de repentir, d'instante supplication, d'humble confiance, qui doivent être les nôtres en ces jours.

Afin que nos yeux aussi soient avertis que la période où nous entrons est un temps de deuil et de tristesse, la sainte Église revêtira, le Dimanche et les jours où elle n'aura pas à fêter quelque Saint, la sombre couleur violette. Elle laisse cependant encore, jusqu'au Mercredi des Cendres, le diacre se parer de la dalmatique et le sous-diacre de la tunique ; mais, à partir de ce jour, ils devront déposer ces vêtements de joie, en attendant que l'austère Quarantaine, qui doit s'ouvrir alors, inspire à la sainte Église d'exprimer de plus en plus ses tristesses, par la suppression de tout ce qui ressentirait encore en quelque chose la pompe dont elle aimait, en d'autres temps, à environner les autels du Dieu qu'elle adore.

Psalm. CXXV.
Psalm. CXXXVI.
II Cor. V, 6.
Eccli. XV, 9.
Coloss. II, 12.

Pratique

Les joies du temps de Noël semblent avoir fui loin de nous. A peine avons-nous pu jouir quarante jours de l'allégresse que nous avait apportée la naissance de l'Emmanuel, et déjà le ciel de la sainte Église s'est assombri, et on nous annonce que bientôt il apparaîtra couvert de teintes plus lugubres encore. Avons-nous donc perdu pour jamais celui que nous attendîmes avec tant d'anxiétés et d'espérances durant les semaines mélancoliques de l'Avent ; et celui qui se montra enfin à nous comme le Soleil de justice, a-t-il donc détourné sa course, pour la diriger loin d'une terre coupable ?

Rassurons-nous. Le Fils de Dieu, le fils de Marie, ne nous a point quittés. Le Verbe s'est fait chair, et c'est afin d'habiter parmi nous. Une gloire plus grande encore que celle de sa naissance au milieu des concerts angéliques, lui est réservée, et nous devons la partager avec lui. Mais cette gloire, il doit l'acheter au prix de mille souffrances : il ne l'obtiendra que par la plus cruelle et la plus ignominieuse des morts ; et, si nous voulons avoir part au triomphe de sa Résurrection, il nous faut le suivre dans la voie douloureuse qu'il arrose de ses larmes et qu'il teint de son sang.

Bientôt la voix sévère et maternelle de l'Église se fera entendre pour nous convier à la pénitence quadragésimale ; mais, auparavant, dans le cours rapide des trois semaines de préparation à ce laborieux baptême, elle veut que nous nous arrêtions à sonder la profondeur des plaies que le péché a faites à nos âmes. Rien n'égale, sans doute, les charmes et la douceur de l'Enfant qui nous est né ; mais les leçons d'humilité et de simplicité qu'il nous a données ne suffisent plus aux besoins de nos âmes. Cette victime de la plus redoutable justice a crû rapidement ; déjà l'autel sur lequel on l'immolera se dresse ; et comme c'est pour nous qu'elle y doit expirer, le temps presse de nous demander compte à nous-mêmes des obligations que nous avons contractées envers cette justice qui s'apprête à sacrifier l'innocent à la place des coupables.

Le mystère d'un Dieu qui daigne s'incarner pour les hommes a ouvert pour nous les sentiers de la Vie illuminative ; mais nos yeux sont appelés à contempler une lumière plus vive encore. Que notre cœur ne se trouble pas ; les divines merveilles de Bethléhem seront dépassées au jour de la victoire de l'Emmanuel ; mais notre œil, s'il veut contempler ces merveilles, a besoin de s'épurer, en plongeant sans faiblesse son regard jusqu'au fond de l'abîme de nos misères. La lumière de Dieu ne nous sera pas refusée pour accomplir cette œuvre de justice ; et si nous parvenons à nous connaître nous-mêmes, à nous rendre compte de la profondeur de la chute originelle, à apprécier la malice de nos fautes personnelles, à comprendre, du moins en quelque degré, l'immense miséricorde du Seigneur envers nous, c'est alors que nous serons préparés aux salutaires expiations qui nous attendent, aux joies ineffables qui doivent les suivre. Le temps où nous entrons est donc consacré aux plus graves pensées, et nous ne saurions mieux exprimer les sentiments que l'Église attend du chrétien dans cette partie de l'année, qu'en traduisant ici quelques traits de l'éloquente exhortation que, dans le XI° siècle, le grand Yves de Chartres adressait à son peuple, à l'ouverture de la Septuagésime. « L'Apôtre l'a dit : « Toute créature gémit, et elle est dans les douleurs de l’enfantement. Nous-mêmes, qui avons les prémices de l'Esprit, nous gémissons aussi, attendant l’adoption des enfants et le rachat de notre corps (*). Cette créature qui gémit, c'est l'âme retirée de la corruption du péché, et qui, déplorant son sort d'être assujettie encore à tant de vanités, souffre les douleurs de l'enfantement, aussi longtemps qu'elle est éloignée de la patrie. C'est le cri du Psalmiste : Hélas ! pourquoi mon exil se prolonge-t-il  (*) ? L'Apôtre lui-même, qui avait reçu l'Esprit-Saint, étant l'un des premiers membres de l'Église, dans son anxiété de recevoir en effet l'adoption des enfants que déjà il possédait en espérance, disait : Je voudrais mourir et être avec Jésus-Christ (*). Nous devons donc durant ces jours, plus encore qu'en tout autre temps, nous livrer aux gémissements et aux larmes, pour mériter, par l'amertume et les lamentations de notre cœur, de retourner dans cette patrie dont nous exilèrent ces joies qui donnent la mort. Pleurons donc durant le voyage pour nous réjouir au terme ; parcourons l'arène de la vie présente, de manière à saisir au bout le prix de l'appel céleste. Ne soyons pas ces voyageurs insensés qui oublient leur patrie, s'attachent au lieu de l'exil et restent en route. Ne soyons pas ces malades insensibles qui ne savent pas chercher le remède à leurs maux. On désespère de la vie de celui qui n'a pas conscience de son mal. Courons au médecin du salut éternel. Découvrons-lui nos blessures ; faisons-lui entendre ce cri intime : Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis infirme : guérissez-moi, Seigneur, car tous mes os sont ébranlés (*). C'est alors que notre médecin nous pardonnera nos iniquités, qu’il guérira toutes nos langueurs, qu'il comblera tous nos désirs pour le bien. »

Comme on le voit, le chrétien au temps de la Septuagésime, s'il veut entrer dans l'esprit de l'Église, doit faire trêve à cette fausse sécurité, à ce contentement de soi qui s'établissent trop souvent au fond des âmes molles et tièdes, et n'y produisent que la stérilité. Heureux encore lorsque ces dispositions n'amènent pas insensiblement l'extinction du véritable sens chrétien ! Celui qui se croit dispensé de cette vigilance continuelle tant recommandée par le Sauveur (*), est déjà sous la main de l'ennemi ; celui qui ne sent le besoin d'aucun combat, d'aucune lutte pour se maintenir et pour cheminer dans le bien, à moins d'avoir été honoré d'un privilège aussi rare que dangereux, doit craindre de ne pas être dans la voie de ce royaume de Dieu qui ne s'enlève que de vive force (*) ; celui qui oublie les péchés que la miséricorde de Dieu lui a pardonnes, doit redouter d'être le jouet d'une illusion périlleuse (*). Rendons gloire à Dieu dans ces jours que nous allons consacrer à la courageuse contemplation de nos misères, et venons puiser, dans la connaissance de nous-mêmes, des motifs nouveaux d'espérer en celui que nos faiblesses et nos fautes n'ont point empêché de s'abaisser jusqu'à nous, pour nous relever jusqu'à lui.

Rom. VIII, 22.
Psalm. CXIX.
Philip., I, 23.
Psalm. VI.
Marc, XIII, 37.
Matth. XI, 12.
Eccli. V, 5.

De l'assistance à la sainte Messe

Pratique de la sainte Communion

Nous l'avons dit précédemment, le chrétien auquel les fortes impressions du Temps de la Septuagésime ont révélé plus clairement sa misère originelle et la malice de ses propres fautes, doit s'empresser d'autant plus ardemment d'assister au divin Sacrifice dans lequel est offerte l'Hostie du salut. Mais devra-t-il, parce qu'il s'en reconnaît plus indigne que jamais, s'abstenir de participer à la chair vivifiante et purifiante de cette victime universelle ? Telle n'est pas l'intention du Rédempteur, qui est descendu du ciel, non pour nous juger, mais pour nous sauver  (*). Il sait combien est longue et austère la voie qu'il nous reste à parcourir jusqu'au jour où nous nous reposerons avec lui dans les joies de sa Résurrection. Il a pitié de nous  ; il craint de nous voir défaillir dans la route (*) ; et, pour cela, il nous offre l'aliment divin qui donne aux âmes lumière et force, et qui les soutient dans le labeur. Nous sentons le besoin de nous purifier davantage ; allons donc, d'un cœur humble et contrit, à celui qui est venu pour rendre à nos âmes leur beauté première. En même temps, souvenons-nous de cet avertissement solennel qu'il a daigné nous donner : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez point la vie en vous (*). »

Si donc le péché ne règne plus en nous, si nous l'avons effacé par une vraie contrition et une confession sincère, rendues efficaces par l'absolution du Prêtre, quelque grandes que nous apparaissent nos infirmités, ne nous éloignons pas du Pain de Vie (*) ; car c'est pour nous que la table du Seigneur est dressée. Si nous sentons que les liens du péché nous captivent encore ; si, en réfléchissant sur nous-mêmes, au flambeau de la Vérité qui luit maintenant à nos yeux, nous découvrons dans nos âmes des taches que les préjugés mondains et une dangereuse mollesse nous avaient jusqu'ici empêché d'apercevoir, cherchons promptement la piscine du salut, et quand nous aurons fait notre paix avec le Dieu des miséricordes, hâtons-nous de venir recevoir le gage de notre réconciliation.

Allons donc à la table sainte, en ces jours de la Septuagésime, avec le sentiment profond de notre indignité. Plus d'une fois peut-être nous y sommes-nous présentés, dans le passé, avec une familiarité trop grande, faute de comprendre assez notre néant, notre misère et la souveraine sainteté de celui qui s'unit ainsi à l'homme pécheur. Désormais, notre cœur se rendra plus de justice, et, réunissant dans un même sentiment l'humilité et la confiance, il répétera avec une entière sincérité ces paroles que l'Église emprunte au Centurion de l'Evangile, et qu'elle nous invite à redire au moment où elle nous donne le Pain de Vie : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez en moi ; mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie »

Nous formulerons ici, selon notre usage, les Actes pour la préparation à la sainte Communion dans ce saint temps, à l'usage des personnes qui sentiraient le besoin d'être aidées en cette manière, et nous ajouterons, pour complément, les Actes de l'Action de grâces.

AVANT LA COMMUNION.

ACTE DE FOI.

La grâce insigne que vous m'avez accordée, ô mon Dieu, de me faire connaître les plaies de mon âme, m'a révélé toute la profondeur de mes maux. J'ai compris que je n'étais que ténèbres, et quel besoin j'avais de votre divine lumière. Mais si le flambeau de la foi a éclairé pour moi les tristes ombres de ma nature, il m'a fait voir aussi tout ce que votre amour pour une créature ingrate vous a fait entreprendre, dans le but de la relever et de la sauver. C'est pour moi que vous avez pris naissance dans une chair mortelle ; c'est pour moi que vous accomplissez en ce moment, dans le désert, un jeûne si rigoureux ; c'est pour moi que bientôt vous donnerez votre sang sur l'arbre de la croix : tels sont les prodiges de votre bonté que vous m'ordonnez de croire. Je les crois, ô mon Dieu, avec autant de soumission que de reconnaissance. Mais je crois aussi d'une foi non moins vive que dans peu d'instants, par le plus ineffable des mystères, vous allez venir vous unir à moi dans votre sacrement. Votre parole est formelle ; malgré le cri de mon indignité, je m'abaisse devant votre souveraine raison. Il n'y a rien de commun entre le Dieu de toute sainteté et ma misère coupable ; cependant, vous dites que c'est vous-même qui venez à moi. Je tremble, mais je crois en vous, ô Vérité éternelle ! Je confesse que votre amour pour moi est infini, et que rien ne saurait l'arrêter, quand il a résolu de se communiquer à une humble et infidèle créature.

ACTE D'HUMILITÉ.

Lorsque naguère je vous contemplais, ô mon Dieu ! descendant des splendeurs de votre gloire au sein d'une fille des hommes, unissant à votre divine substance notre faible et mortelle nature, naissant enfin dans la crèche abandonnée d'une pauvre étable, de tels abaissements d'un Dieu, en même temps qu'ils touchaient mon cœur, me révélaient toute la profondeur de mon néant. Je sentais mieux quelle distance infinie sépare la créature de son Créateur, et je confessais avec bonheur ma bassesse, à la vue des miracles de votre amour. Aujourd'hui, ô mon Sauveur, ce n'est plus seulement la faiblesse de ma nature que je reconnais en moi ; le néant n'est pas coupable de n'être que le néant ; mais ce que je considère avec effroi, c'est le mal qui m'a si longtemps dominé, qui règne encore par ses suites, par les tendances qu'il m'a inspirées, par la faiblesse avec laquelle je le combats. Adam, après son péché, alla se cacher, comme pour fuir vos regards ; et vous m'appelez en ce moment, non pour prononcer contre moi une trop juste sentence, mais pour me donner la plus grande marque de votre amour, pour m'unira vous. Et vous êtes, ô mon Dieu, la sainteté même ! Je me rends à votre appel, car vous êtes mon maître, et nul ne saurait vous résister ; mais je m'humilie et m'anéantis devant votre majesté offensée, la suppliant de considérer que c'est par ses ordres seulement que j'ose approcher d'elle.

ACTE DE CONTRITION.

Mais que me servirait de reconnaître, ô mon Sauveur, la grandeur et le nombre de mes fautes, si mon cœur n'était pas dans la résolution de s'en détacher pour jamais ? Vous voulez vous réconcilier avec votre ennemi, le presser contre votre cœur ; et il se contenterait de reconnaître l'honneur que vous lui faites, sans rompre avec la malheureuse cause qui lui fit encourir votre disgrâce et le mit en hostilité avec vous ! Il n'en peut être ainsi, ô mon Dieu 1 Je ne chercherai pas, comme mon premier père, à fuir inutilement l'œil de votre justice ; comme le Prodigue, je me lève et je vais vers mon Père ; comme Madeleine, j'ose entrer dans la salle du festin ; je me rends tout tremblant à l'invitation de votre amour. Mais mon cœur a renoncé sincèrement au péché ; je hais, je déteste cet ennemi de votre gloire et de mon bonheur. Désormais, je veux l'éviter et le poursuivre en moi sans ménagement. Je romps avec cette mollesse qui engourdissait ma volonté, avec cette indifférence calculée qui endormait ma conscience, avec ces habitudes dangereuses qui entraînaient mon âme loin de vous. Ne rejetez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié.

ACTE D'AMOUR.

Tel est, ô mon Sauveur, votre amour pour nous en ce monde, que, selon votre consolante promesse, vous n'êtes pas venu pour juger, mais pour sauver. Je ne m'acquitterais donc pas avec vous, en ce moment, si je n'avais à vous offrir que cette crainte si salutaire qui m'a ramené à vous, que cette confusion si légitime qui porte le pécheur à trembler en votre présence. C'est dans votre amour que vous venez me visiter. Le sacrement qui va m'unir à vous est le sacrement de votre amour. Vous l'avez dit, ô Pasteur plein de tendresse : C'est celui à qui on a remis davantage qui aime le plus son bienfaiteur. Il faut donc que mon cœur ose vous aimer, qu'il vous aime avec plénitude, que le souvenir de ses infidélités accroisse de plus en plus en lui le besoin et le sentiment de votre amour. Aidez-le, ô mon Dieu, rassurez-le ; chassez ses terreurs, et faites-vous sentir à lui. C'est parce qu'il vous a craint, qu'il s'est tourné vers vous ; s'il vous aime, il vous demeurera fidèle. Ô Marie, refuge du pécheur, aidez mon cœur à aimer celui qui est votre fils et notre frère. Saints Anges, qui vivez éternellement de cet amour qui ne s'est jamais éteint en vous, souvenez-vous qu'il m'a créé, comme vous-mêmes, pour l'aimer. Saints et Saintes, par l'amour dont il vous enivre au ciel, daignez vous souvenir de moi, et préparer mon cœur à s'unir à lui.

APRÈS LA COMMUNION.

ACTE D'ADORATION.

Vous êtes en moi, Majesté de mon Dieu ! Vous résidez en ce moment dans le cœur d'un pécheur : c'est là votre temple, votre trône, le lieu de votre repos. Que ferai-je pour vous adorer dignement, vous qui avez daigné descendre jusque dans l'abîme de ma bassesse et de ma misère ? Les Esprits bienheureux se voilent la face devant vous ; vos Saints déposent à vos pieds leurs couronnes immortelles ; et moi, qui suis encore dans la condition de pécheur, puis-je m'anéantir assez devant vous, qui êtes infini en puissance, en sagesse, en bonté ? Cette âme, dans laquelle vous résidez en ce moment, osa se mesurer avec vous ; souvent elle eut l'audace de vous désobéir et d'enfreindre vos volontés ; et vous venez en elle, et vous y faites descendre toutes vos grandeurs ! Recevez, ô mon Dieu ! l'hommage qu'elle vous offre en cette heure où elle succombe sous le poids de l'insigne honneur que vous lui faites. Oui, mon Dieu, je vous adore, je vous reconnais pour le souverain Etre, pour l'auteur et Je conservateur de toutes choses, pour mon Maître absolu ; je confesse avec bonheur ma dépendance, et j'ose vous offrir mon humble service.

ACTE DE REMERCIEMENT.

Vous êtes grand, ô mon Dieu ! mais vous êtes aussi plein de bonté envers votre humble créature. Votre présence en moi n'est pas seulement un trait de cette puissance qui se glorifie de la manière qu'elle veut ; elle est un nouveau gage de votre amour pour moi. Vous venez vous unir à mon âme, la rassurer, la rémunérer, lui apporter tous les biens. Oh ! qui me donnera de sentir un tel bienfait, de vous en remercier dignement ? Je ne le puis faire, ô mon Dieu ! car, dans ma faiblesse, je suis incapable de mesurer toute l'étendue de votre amour, tout le besoin que j'avais de votre présence. Et si je viens à considérer les moyens qui sont à ma disposition pour reconnaître la faveur que vous me faites, je tombe accablé sous mon impuissance. Cependant vous voulez, ô mon Dieu, que ce cœur, tout faible qu'il est, vous rende grâces ; vous prenez plaisir à recevoir l'hommage de sa chétive reconnaissance. Agréez-le donc ; mon âme tout entière vous l'offre, en vous suppliant de lui révéler de plus en plus l'immensité de vos dons, et de prendre pitié de son insuffisance.

ACTE D'AMOUR.

Mais je ne puis m'acquitter avec vous que par l'amour, ô mon souverain bien ! Vous m'avez aimé, vous m'aimez ; il faut que je vous aime. Vous m'avez supporté, vous m'avez pardonné, vous venez de me combler d'honneur et de richesse : l'amour vous a fait accomplir tous ces prodiges, et c'est mon amour que vous demandez en retour du vôtre. La reconnaissance ne suffit pas ; vous voulez être aimé. Si je jette un regard sur le passé, ces longs jours qui s'écoulèrent loin de vous dans la désobéissance se présentent à ma pensée, et il me semble que je devrais fuir vos bontés. Mais où irai-je, ô mon Dieu, que je ne vous y porte avec moi, maintenant que vous êtes établi au centre de mon âme ? Je resterai donc ; et, comme si jamais je ne vous eusse trahi, je réunirai toutes les forces de mon cœur, pour vous dire que je vous aime, que votre divine charité a rassuré mon âme, que cette âme est à vous, qu'elle vous préfère à tout, qu'elle met désormais toute sa joie, tout son bonheur, à vous complaire, à faire vos volontés.

ACTE D'OFFRANDE.

Je sais, ô mon Dieu, que ce que vous demandez de moi, ce n'est pas l'effusion passagère d'un cœur touché de vos bontés. Vous m avez aimé de toute éternité, vous m'avez gardé votre prédilection, alors même que je ne vous servais pas. Tant de lumières que vous m'avez données sur l'état de mon âme, tant e protection contre votre propre justice, tant de miséricorde à me pardonner, tant d'amour a vous incliner vers moi en ce moment ; toutes ces œuvres de votre droite n'avaient qu'un seul but : celui de m'attacher à vous, de m'amener à vivre enfin pour vous. Ce but, vous avez voulu l'atteindre, en me donnant aujourd'hui le précieux gage de votre amour. Vous avez dit, en parlant de ce don ineffable : De même que je vis par mon Père, ainsi celui qui mange ma chair vivra par moi. Vous êtes désormais, ô Pain vivant descendu du ciel, le principe de ma vie : elle est donc à vous, plus que jamais. Je vous la donne ; je vous dévoue mon âme, mon corps, mes facultés, mon existence tout entière. Dirigez-moi, réglez-moi : je m'abandonne à vous. Je suis aveugle, mais votre lumière me conduira ; je suis faible, mais votre force me soutiendra ; je suis inconstant, mais votre fermeté me maintiendra. Je me repose de tout sur votre miséricorde, qui ne manque jamais à ceux qui espèrent en vous. Ô Marie ! gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin fils. Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure que votre Maître a daigné habiter. Saints et Saintes de Dieu, priez pour le pécheur auquel il a donné un tel gage de réconciliation.

Johan, III, 17.
Matth. XV, 32.
Johan. VI, 54
Johan. VI, 35.

De l'Office des Vêpres

L’Office des Vêpres, ou Office du soir, se composent d'abord de cinq Psaumes accompagnés d'Antiennes. Nous les donnons ci-après, en les faisant précéder, selon notre usage, de quelques lignes dans lesquelles nous nous attachons à relever les expressions de ces divins Cantiques, qui se rapportent plus directement au temps de l'Année liturgique que nous parcourons.

L'Office commence par le cri ordinaire de l'Église :

V/. Deus, in adjutorium meum intende. V/. O Dieu ! venez à mon aide !
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir.
Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ; Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;
Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula sæculorum. Amen.

Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ. Louange à vous, Seigneur, Roi de l'éternelle gloire.

Le premier de ces Psaumes est prophétique sur les grandeurs du Messie. Nous y voyons l'Homme-Dieu dans son triomphe, après ses humiliations et sa Croix, s'asseyant à la droite de son Père. Mais il reviendra pour juger le monde, pour briser contre terre la tête des pécheurs. En célébrant ses grandeurs, n'oublions pas ses justices.

PSAUME CIX.
Dixit Dominus Domino meo : * Sede a dextris meis. Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;
Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum. Jusqu'à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : *dominare in medio inimicorum tuorum. O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force ! c'est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te. La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in sternum secundum ordinem Melchisedech. Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieu - Homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisedech.
Dominus a dextris tuis : * confregit in die iræ suæ reges. O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum. Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput. Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tête.

Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple, l'Alliance promise, la Rédemption, la fidélité du Seigneur à ses promesses ; mais il nous apprend aussi que le Nom du Seigneur est terrible, parce qu'il est saint, et il nous avertit que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.

PSAUME CX.
Confiteror. tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione. Je vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l'assemblée des justes.
Magna opera Domini : * exquisita in omnes voluntates cjus. Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.
Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi. Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dedit timentibus se. Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
Memor erit in sæculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo. Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
Ut det illis hæreditatem gentium : * opera manuum ejus veritas et judicium. Il donnera à son Église l'héritage des nations : tout ce qu'il fait est justice et vérité.
Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : * facta in veritate et æquitate. Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
Redemptionem misit populo suo : * mandavit in ærnum testamentum suum. Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.
Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiæ timor Domini. Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sæculum sæculi. La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

Le troisième Psaume chante la félicité de l'homme juste et ses espérances au jour où le Seigneur viendra. Il exprime aussi la confusion et le desespoir du pécheur qui aura été sourd à ses propres intérêts et aux invitations de la sainte Église.

PSAUME CXI.
Beatus vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis. Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir !
Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur. Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.
Gloria et divitiæ in domo ejus : * et justitia ejus manet in sæculum sæculi. La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus. Une lumière s'est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieu miséricordieux, clément et juste, qui s'est donné aux hommes.
Jucundus homo, qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in æternum non commovebitur. Heureux l'homme qui a fait miséricorde, qui a prête au pauvre, qui a régie jusqu'à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.
In memoria alterna erit justus : * ab auditione mala non timebit. La mémoire du juste sera éternelle ; s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos. Son cœur est toujours prêta espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manct in sæculum sæculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria. Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.
Peccator videbit et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit. Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

Le quatrième Psaume est un Cantique de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et a daigné aplanir les voies pour nous ramener à lui.

PSAUME CXII.
Laudate, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini. Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.
Sit Nomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in saeculum. Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.
A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini. De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Excelsus super omnes Gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus. Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ? Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles, et dans le ciel et sur la terre.
Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem. Par sa vertu divine, il soulève de terre l'indigent, il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui. Pour le placer avec les Princes, avec les Princes mêmes de son peuple.
Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem. C'est lui qui fait habiter, pleine de joie, dans sa maison, celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.   

Le cinquième Psaume rappelle les prodiges de l'ancienne Alliance, qui s'accompliront en nous, si nous voulons retourner au Seigneur notre Dieu : Israël délivré de la servitude de l'Egypte, les Gentils arrachés au culte des idoles, une bénédiction universelle répandue sur quiconque veut craindre et aimer Dieu.

PSAUME CXIII
In exitu Israël de Aegypto : * domus Jacob de populo barbaro. Quand Israël sortit d'Egypte, et la maison de Jacob élu milieu d'un peuple barbare ;
Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus. La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum. La mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium. Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.
Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum : O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montes, exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ? Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob. A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum. Qui changea la pierre en torrents, et la roche en source d'eaux vives.
Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam. Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ;
Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ? A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit. Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.
Simulacra gentium argentum et aurum : * opera manuum hominum. Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.
Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt. Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient pas.
Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt. Elles ont des oreilles, et n'entendent point ; des narines, et ne sentent point.
Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo. Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis. Que ceux qui les font leur deviennent semblables : avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
Domus Israël speravit in Domino ; * adjutor eorum, et protector eorum est. La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est. La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est. Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis. Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron. Il a béni la maison d'Israël : il a béni la maison d'Aaron.
Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus. Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur : grands et petits.
Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros. Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Benedicti vos a Domino : * qui fecitcœlum et terram. Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !
Cœlum cœli Domino : * terram autem dedii filiis hominum. Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum. Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans le tombeau ;
Sed nos qui vivimus benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sæculum. Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd'hui et à jamais.

Après les cinq Psaumes, l'Église place une petite Leçon des saintes Ecritures, désignée sous le nom de Capitule, parce qu'elle est toujours très courte. Les paroles qui composent celle-ci sont tirées de la deuxième Épître de saint Paul aux Corinthiens. L'Apôtre y encourage notre espérance, en portant nos pensées sur la miséricorde de Dieu.

CAPITULE.
Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. Béni soit Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations.
R/. Deo Gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.

On chante ensuite l'Hymne. Nous plaçons ici celle qui est particulière au Dimanche. Composée par saint Grégoire le Grand, elle célèbre la création et les avantages de la lumière que Dieu, en ce premier jour, fit sortir du néant. Le saint Docteur y demande, pour nous et avec nous, le réveil de notre âme, qui l'arrachera au charme perfide de la vie présente, et la rendra aux préoccupations de l'éternité.

HYMNE.
Lucis Creator optime
Lucem dierum proferens :
Primordiis lucis novae,
Mundi parans originem.
Qui mane junctum vesperi
Dieu bon, créateur de la lumière, qui avez produit le flambeau des jours, vous avez préludé à l'origine de ce monde, en produisant, au premier jour, cette lumière qui jusqu'alors n'avait pas brillé.
Diem vocari praecipis :
Illabitur tetrum chaos,
Audi preces cum fletibus.
O vous, qui nous apprenez à donner le nom de jour à l'espace qui s'étend du matin jusqu'au soir, un noir chaos menace encore de nous envelopper : écoutez nos prières, et voyez nos larmes.
Ne mens gravata crimine,
Vitae sit exsul munere :
Dum nil perenne cogitat,
Seseque culpis illigat.
Que notre âme appesantie par le péché ne demeure pas exilée de cette vie immortelle que vous lui avez préparée, cette âme si lâche quand il faut penser à l'éternité, si prompte à tomber dans les liens du péché.
Caeleste pulset ostium,
Vitale tollat prasmium :
Vitemus omne noxium,
Purgemus omne pessimum.
Qu'elle frappe enfin aux portes des cieux ; qu'elle enlève le prix de la vie ; qu'elle évite tout ce qui peut lui nuire ; qu'elle se purifie de toute iniquité.
Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne saeculum.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l'Esprit Consolateur, régnez dans tous les siècles.
Amen. Amen.

Le Verset qui suit est celui du Dimanche.

V/. Dirigatur, Domine, oratio mea, V/. Que ma prière s'élève vers vous, Seigneur !
R/. Sicut incensum in conspectu tuo. R/. Comme l'encens monte en votre présence.

Vient ensuite le Cantique de Marie Mère de Dieu, célébrant sa Maternité divine et tous les biens qui en résultent pour le monde. Ce cantique, si suave dans son ineffable douceur, fait partie essentielle de l'Office des Vêpres. Unissons-nous à toutes les générations, proclamant bienheureuse la Vierge qui nous a donné le Sauveur ; mais entrons aussi dans les sentiments d'humilité qu'elle nous recommande par ses paroles et par son exemple. C'est elle-même qui nous le dit de sa bouche inspirée : si le grand Dieu dont le triomphe éclatera à nos yeux

CANTIQUE DE MARIE.
Magnificat : * anima mea Dominum. Mon âme glorifie le Seigneur,
Et exsultavit spiritus meus : * in Deo salutari meo. Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
Quia respexit humilitatem ancillae suae : * ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et, pour cela, toutes les nations m'appelleront Bienheureuse.
Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus. Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant, et de qui le Nom est saint ;
Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum. Et sa miséricorde s'étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.
Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui. Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles. Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes. Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae. Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sæcula. Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

L'Oraison ou Collecte qui, à la fin de l'Office des Vêpres, résume tous les vœux de l'Église, se trouve plus loin, en son lieu, aux Vêpres de chacun des Dimanches du Temps de la Septuagésime.

Les Vêpres se terminent par les Versets suivants :

V/. Benedicamus Domino. V/. Bénissons le Seigneur.
R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.
V/. Fidelium animae per misericordiam Dei requiescant in pace. V/. Que les âmes des fidèles, par la miséricorde de Dieu, reposent en paix.
R/. Amen. R/. Amen.

De l'Office des Complies

Cet Office, qui est la conclusion de tous ceux de la journée, s'ouvre par un avertissement sur les périls de la nuit, lequel est bientôt suivi de la Confession générale des péchés, comme un moyen de se rendre favorable la justice divine, avant d'aller courir les hasards du sommeil, si voisin de la mort.

Le Lecteur s'adresse au Prêtre, et lui dit :

V/. Jube, Domne, benedicere. V/. Mon Père, veuillez me bénir !

Le Prêtre répond :

Noctem quietam, et finem perfectum concedat nobis Dominus omnipotens.
R/. Amen.
Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse.
R/. Amen.

Le Lecteur lit ensuite ces paroles de la première Epître de saint Pierre :

Fratres : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis. Mes Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous !

Le Chœur répond :

R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.

Puis le Prêtre :

V/. Adjutorium nostrum in Nomine Domini. V/. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur.

Le Chœur :

R/. Qui fecit cœlum et terram. R/. C'est lui qui a fait le ciel et la terre.

On récite ensuite l'Oraison Dominicale en silence, puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

Le Prêtre, après avoir prononcé la formule générale d'Absolution, s'écrie :

V/. Converte nos, Deus, Salutaris noster. V/. Convertissez-nous, ô Dieu notre Sauveur !
R/. Et averte iram tuam a nobis. R/. Et détournez votre colère de dessus nous.
V/. Deus, in adjutorium meum intende. V/. O Dieu ! venez à mon aide.
R/. Domine, ad adjuvandum me festina. R/. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.
Gloria Patri, etc. Gloire au Père, etc.

Le premier Psaume célèbre l'espérance avec laquelle le juste s'endort dans la paix ; mais il reprend aussi les tièdes, dont le cœur appesanti est trop souvent escalve de la vanité et du mensonge. Il les exhorte à examiner avec componction, dans le repos de leur couche, les pensées qu'ils laissent trop souvent dominer dans leurs cœurs.

PSAUME IV.
Cum invocarem exaudivit me Deus justifiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi. Au milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; vous m'avez mis au large, quand j'étais dans l'affliction.
Miserere mei : * et exaudi orationem meam. Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quœritis mendacium ? Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?
Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum. Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré : le Seigneur m'exaucera quand je crierai vers lui.
Irascimini, et nolite peccare : * quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini. Si vous vous irritez, faites-le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.
Sacrificate sacrificium justitine, et sperate in Domino : * multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ? Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?
Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti laetitiam in corde meo. La lumière de votre visage, Seigneur, a daigné luire sur nous : c'est vous qui donnez la joie à mon cœur.
A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt. Pour eux, la richesse est dans l'abondance du vin, de l'huile et du froment.
In pace in idipsum : * dormiam et requiescam. Mais moi, je dormirai et me reposerai dans la paix ;
Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me. Parce que vous seul, Seigneur, m avez affermi dans l'espérance.

L'Église a placé ici les six premiers versets du Psaume trentième, parce qu'ils contiennent la prière du Sauveur mourant : Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ! paroles qui viennent si à propos dans l'Office du soir.

PSAUME XXX.
In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : * in justitia tua libera me. En vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance ; que je en sois pas confondu : sauvez-moi dans votre justice.
Inclina ad me aurem tuam : * accelera ut eruas me. Inclinez votre oreille vers moi : hâtez-vous de me délivrer.
Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : * ut salvum me facias. Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge pour me sauver.
Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me. Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.
Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : * quoniam tu es protector meus. Vous me tirerez du piège qu'on m'a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.
In manus tuas commendo spiritum meum : * redemisti me, Domine, Deus veritatis. Je remets mon esprit entre vos mains : c'est vous qui m'avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité !

Le troisième Psaume expose d'abord les motifs de la confiance du juste, au milieu même des périls de la nuit. Le tableau de cette paix doit faire désirer au pécheur une prompte réconciliation avec Dieu, afin de jouir à son tour de ce repos du cœur et de cette protection divine, sans lesquels le séjour d'ici-bas n'offre ni bonheur ni sécurité.

PSAUME XC.
Qui habitat in adjutorio Altissimi : * in profectione Dei coeli commorabitur. Celui qui habite dans l'asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum. Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j'espérerai en lui.
Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero. Car c'est lui qui m'a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.
Scapulis suis obumbrabit tibi : * et subpennis ejus sperabis. Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l'espérance sous ses ailes.
Scuto circumdabit te veritas ejus : * non timebis a timore nocturno. Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,
A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano. Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.
Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : * ad te autem non appropinquabit. Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite ; mais la mort n'approchera pas de toi.
Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis. Cependant tu jetteras les veux autour de toi, et tu contempleras le sort de l'impie.
Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum. Parce que tu as dit : Seigneur, vous êtes mon espérance ! parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut.
Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo. Le mal n'approchera pas de toi, et les fléaux s'éloigneront de ta tente ;
Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ut custodiant te in omnibus viis tuis. Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.
In manibus portabunt te : * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem. Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
Quoniam in mesperavit. liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum. Dieu dira de toi : Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai, parce qu'il a connu mon nom.
Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum. Il criera vers moi, et je l'exaucerai : je suis avec lui dans la tribulation ; je l'en retirerai et le glorifierai.
Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum. Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai envoyé.

Le quatrième Psaume invite les Serviteurs de Dieu à faire entendre sans relâche la prière nocturne. Les fidèles doivent le réciter dans un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui suscite dans son Église des adorateurs de son Nom, dont la noble vocation est de lever les mains le jour et la nuit pour le salut d'Israël, et sur la prière desquels le monde se repose et accomplit ses destinées.

PSAUME CXXXIII.
Ecce nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini. Bénissez maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.
Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri. Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,
In noctibus extollite manus vestras in Sancta : * et benedicite Dominum. Elevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.
Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit cœlum et terram. Dites à Israël : Que le Seigneur te bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ant. Miserere mihi, Domine, et exaudi orationem meam. Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.
HYMNE.
Te lucis ante terminum,
Rerum Creator, poscimus,
Ut pro tua clementia,
Sis praesul et custodia.
Avant que la lumière disparaisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d'être, dans votre clémence, notre protecteur et notre gardien.
Procul recedant somnia,
Et noctium phantasmata,
Hostemque nostrum comprime,
Ne polluantur corpora.
Que les songes et les fantômes de la nuit s'enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu'il ne profane point nos corps.
Praesta, Pater piissime,
Patrique compar Unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne saeculum.
Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles.
Amen. Amen.
CAPITULE.

(Jérémie, XIV.)

Tu autem in nobis es, mine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster. Vous êtes en nous, Seigneur, et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seigneur notre Dieu !
R/. br. In manus tuas, Domine : * Commendo spiritum meum. In manus tuas. R/. br. Entre vos mains, Seigneur : * Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains, Seigneur, etc.
V/. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo. V/. Vous nous avez rachetés, Seigneur, Dieu de vérité. On répète : * Je remets, etc.
Gloria. In manus tuas. Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.
V/. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi. V/. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l'œil.
R/. Sub umbra alarum tuarum protege nos. R/. Protégez-nous à l'ombre de vos ailes.

Le Cantique du vieillard Siméon qui, tenant dans ses bras l'Enfant divin, le proclama la Lumière des nations, et s'endormit ensuite du sommeil des justes, offre une expression touchante du repos que le fidèle dont le cœur est uni à Dieu goûtera en Jésus-Christ, parce que, comme dit l'Apôtre, soit dans la veille, soit dans le sommeil, nous vivons avec lui. (II Thess. V. 10.)

CANTIQUE DE SIMÉON.
Nunc dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace. C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;
Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum, Parce que mes yeux ont vu le Sauveur
Quod parasti : * ante faciem omnium populorum. Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples,
Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël. Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.
Gloria Patri, et Filio, etc. Gloire au Père, et au Fils, etc.
Ant. Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescamus in pace. Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.
Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison. Seigneur, ayez pitié ! Christ, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié !
Pater noster, etc. Notre Père, etc.
V/. Et ne nos inducas in tentationem ; V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;
R/. Sed libera nos a malo. R/. Mais délivrez-nous du mal.
Credo in Deum. Je crois en Dieu, etc.
V/. Carnis resurrectionem, V/. La résurrection de la chair,
R/. Vitam æternam. Amen. R/. La vie éternelle. Amen.
V/. Benedictus es, Domine Deus patrum nostrorum ; V/. Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères !
R/. Et laudabilis et gloriosus in sæcula. R/. Digne de louange et de gloire dans l'éternité.
V/. Benedicamus Patrem et Filium cum Sancto Spiritu ; V/. Bénissons le Père et le Fils avec le Saint-Esprit ;
R/. Laudemus et superexaltemus eum in saecula. R/. Louons-le, et exaltons-le dans les siècles.
V/. Benedictus es, Domine, in firmamento cœli ; V/. Vous êtes béni, Seigneur, au firmament du ciel ;
R/. Et laudabilis, et gloriosus, et superexaltatus in saecula. R/. Digne de louange, de gloire et de triomphe dans l'éternité.
V/. Benedicat, et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus. V/. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous bénisse et nous conserve.
R/. Amen. R/. Amen.
V/. Dignare, Domine, nocte ista, V/. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,
R/. Sine peccato nos custodire. R/. Nous garder de tout péché.
V/. Miserere nostri, Domine. V/. Ayez pitié de nous, Seigneur !
R/. Miserere nostri. R/. Ayez pitié de nous !
V/. Fiat misericordia tua, Domine, super nos, V/. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,
R/. Quemadmodum speravimus in te. R/. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.
V/. Domine, exaudi orationem meam ; V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et clamor meus ad te veniat. R/. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.
ORAISONS.
Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Visitez, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
V/. Dominus vobiscum ; V/. Que le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et cum spiritu tuo. R/. Et avec votre esprit.
V/. Benedicamus Domino. V/. Bénissons le Seigneur.
R/. Deo gratias. R/. Rendons grâces à Dieu.
Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve.
R/. Amen. R/. Amen.
ANTIENNE À LA SAINTE VIERGE.
Ave Regina coelorum, Salut, Reine des cieux !
Ave Domina Angelorum : Salut, Souveraine des Anges !
Salve Radix, salve Porta, Salut, Tige féconde ! Salut, Porte du ciel,
Ex qua mundo lux est orta : par laquelle la lumière s'est levée sur le monde !
Gaude, Virgo gloriosa, Jouissez de vos honneurs, ô Vierge glorieuse,
Super omnes speciosa : qui l'emportez sur toutes en beauté !
Vale, o valde decora, Adieu, ô toute belle,
Et pro nobis Christum exora. et implorez le Christ en notre faveur.
V/. Dignare me laudare te, Virgo sacrata. V/. Souffrez, ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.
R/. Da mihi virtutem contra hostes tuos. R/. Donnez-moi le courage contre vos ennemis.
ORAISON.
Concede, misericors Deus, fragilitati nostrae praesidium : ut, qui sanctae Dei Genitricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen. Daignez, ô Dieu de miséricorde, venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l'aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.
V/. Divinum auxilium maneat semper nobiscum. V/. Que le secours divin demeure toujours avec nous.
R/. Amen. R/. Amen.

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